Sondage Ifop : le RN en tête, quels impacts économiques ?

Le dernier sondage Ifop pour Sud Radio et L’Opinion ne se limite pas à une lecture politique : il révèle aussi l’impact économique potentiel d’une présidentielle dominée par le RN. La fragmentation du centre et l’émergence de Raphaël Glucksmann modifient les anticipations des marchés, des investisseurs et des entreprises.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Last modified on 30 septembre 2025 16h26
Sondage Ifop Rn Tete Impacts Economiques
Sondage Ifop : le RN en tête, quels impacts économiques ? - © Economie Matin

Réalisé les 24 et 25 septembre 2025, ce sondage Ifop place Jordan Bardella et le Rassemblement national au-dessus de 33 % des intentions de vote, loin devant un camp présidentiel divisé et une gauche en recomposition. Ces résultats, largement commentés, intéressent également les acteurs économiques, pour qui les rapports de force électoraux dessinent des perspectives d’instabilité ou de continuité.

Le sondage et ses effets sur la perception économique

Jordan Bardella s’impose avec 33 % à 35 % d’intentions de vote selon le sondage Ifop, confirmant l’ancrage du RN. Marine Le Pen atteint un niveau similaire lorsqu’elle est testée. Ce leadership ne constitue pas seulement un enjeu politique : il modifie aussi les projections des milieux financiers, qui scrutent la probabilité d’une alternance.

Une victoire de Jordan Bardella ou Le Pen au second tour pourrait entraîner un ajustement des anticipations budgétaires, fiscales et européennes. Les investisseurs scrutent les sondages pour anticiper d’éventuelles ruptures sur les politiques industrielles, les normes de concurrence ou les dépenses sociales, autant de paramètres scrutés par les marchés.

Le centre fragilisé et l’incertitude des politiques publiques

Édouard Philippe est mesuré par le sondage Ifop à 16 % à 19 %, Gabriel Attal à environ 10 % et Gérald Darmanin à 7 %. Ce morcellement inquiète les acteurs économiques, car il réduit la probabilité de continuité des réformes menées depuis 2017. François Bayrou, limité à 3 %, illustre lui aussi l’affaiblissement du socle présidentiel.

Quand au bloc central, il peine à décoller, laissant planer un doute sur la capacité du centre à construire une majorité stable. Pour les entreprises, cela signifie un risque accru de volatilité réglementaire. Le scénario d’un second tour sans candidat centriste est désormais plausible, ce qui fragilise la visibilité sur la fiscalité, l’investissement public et la stratégie énergétique.

La gauche en progression : quelles implications économiques ?

Raphaël Glucksmann progresse à 14 %-16 %, s’imposant comme la surprise du sondage. Jean-Luc Mélenchon reste stable entre 12 % et 13 %. Cette recomposition pourrait entraîner un débat renouvelé sur la fiscalité des entreprises, l’investissement public et la répartition des richesses.

Cependant, l’absence des écologistes dans le sondage a provoqué la colère de Marine Tondelier, ce qui souligne le déficit de visibilité pour une partie de la gauche. Si cette famille politique retrouvait une place, l’impact économique serait majeur, avec une orientation centrée sur la transition énergétique et la régulation accrue de certains industries considérées comme polluantes.

Implications économiques concrètes : budget, dette, énergie et fiscalité

Les résultats du sondage, s’ils venaient à se confirmer dans les urnes, pourraient entraîner des inflexions majeures sur plusieurs dossiers économiques. D’abord le budget : une victoire du RN pourrait peser sur la trajectoire de réduction du déficit public, en raison de promesses de dépenses sociales et de baisses d’impôts ciblées. Les agences de notation surveillent déjà ces débats, anticipant un possible relèvement de la prime de risque sur la dette française.

Ensuite, l’énergie : les orientations du RN, souvent critiques vis-à-vis des objectifs européens, pourraient ralentir les investissements dans le renouvelable, alors que les écologistes, invisibles dans ce sondage, défendraient l’inverse. Pour les entreprises du secteur, ce flou stratégique complique les arbitrages d’investissement. Enfin, la fiscalité : Glucksmann et Mélenchon évoquent une répartition plus équitable, avec des prélèvements accrus sur les hauts revenus et le capital, ce qui inquiète certains investisseurs mais pourrait stimuler la consommation intérieure.

Perspectives de second tour : incertitudes et marchés attentifs

Un duel Bardella-Philippe placerait le RN en position favorable, mais avec un risque de crispation institutionnelle. Les marchés redoutent l’instabilité qui pourrait en résulter, notamment sur la dette et les relations avec Bruxelles.

Un second tour Bardella-Glucksmann changerait la donne : le candidat social-démocrate attirerait une partie des électeurs de gauche, ce qui ouvrirait un débat économique sur l’investissement public et les dépenses sociales. Mais là encore, la lisibilité pour les acteurs économiques reste faible, ce qui se traduit par une prudence des investisseurs.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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