Les récentes tensions géopolitiques, en faisant augmenter les prix de l’énergie et le coût des infrastructures électriques, ont rappelé une vérité fondamentale aux pouvoirs publics : la sécurité énergétique est une condition de la souveraineté nationale.
Souveraineté : le défi électrique

La relocalisation industrielle, la sécurité énergétique et l’électrification ont évolué au-delà de simples thèmes cycliques de marché. Elles constituent désormais la principale défense contre l’instabilité mondiale et redéfinissent l’allocation globale du capital pour les investisseurs. Les capitaux se dirigent vers les fondations physiques de la croissance, notamment les réseaux électriques, les systèmes énergétiques et les matériaux critiques. Nous pensons que cela marque le début d’un cycle durable pour les actifs réels. Les entreprises et secteurs exposés à la transition énergétique devraient en bénéficier.
À l’échelle mondiale, la capacité active des centres de données atteint environ 100 gigawatts et devrait doubler d’ici 2030.[1]
Un gigawatt d’électricité peut alimenter une ville d’environ un million d’habitants. Produire cette quantité d’électricité nécessite environ 3 millions de panneaux solaires ou 300 éoliennes terrestres.[2]
Le pipeline de centres de données planifiés représente une demande d’électricité comparable à celle de pays entiers.
Cette échelle oblige les opérateurs à sécuriser des contrats d’achat d’électricité renouvelable à long terme.
L’ère de l’électricité
Le XXIᵉ siècle est façonné par l’importance stratégique de l’électricité. La transition énergétique ne concerne pas uniquement les objectifs de décarbonation. Elle touche également la souveraineté nationale et la résilience économique. Les nations accélèrent le développement des énergies renouvelables et modernisent des réseaux électriques vieillissants, dont beaucoup sont anciens et mal équipés pour gérer une production décentralisée et intermittente.
Parallèlement, la demande mondiale d’électricité augmente, portée par les véhicules électriques (EV), l’automatisation industrielle et les infrastructures numériques. Cette transformation nécessite des réseaux plus intelligents, davantage de capacités de stockage et des lignes de transmission à haute tension pour équilibrer l’offre régionale, ce qui entraine un cycle d’investissements importants dans les infrastructures.
Naviguer dans la chaîne de valeur de l’électrification
Pour capter cette opportunité, les investisseurs doivent regarder au-delà des grandes tendances et s’intéresser aux chaînes de valeur spécifiques. L’électrification constitue une succession d’étapes industrielles interconnectées, chacune offrant des opportunités distinctes.
Investir dans la chaîne de valeur de l’électrification[3]
La chaîne de valeur de l’électrification commence par l’extraction et le traitement de matériaux critiques, tels que le cuivre ou l’aluminium. Les entreprises du secteur intermédiaire (midstream) permettent ensuite le traitement et le recyclage des métaux essentiels aux batteries et aux équipements. Plus en aval (downstream), les fabricants d’éoliennes et les fournisseurs spécialisés de solutions énergétiques durables soutiennent le déploiement à grande échelle des capacités de production d’énergie renouvelable.
Une fois produite, l’électricité doit être transportée via des câbles à haute capacité vers différentes unités de conversion. Les spécialistes du cuivre fournissent l'infrastructure conductrice nécessaire aux turbines et aux réseaux électriques.
Au niveau des systèmes, les technologies de conversion de puissance sont essentielles pour la stabilité du réseau. Les fabricants de transformateurs et de systèmes HVDC[4] (courant continu haute tension) sont requis pour injecter à grande échelle l’électricité renouvelable dans les réseaux à haute tension. Les opérateurs de transmission gèrent ensuite ces « artères » énergétiques qui permettent de transporter l’électricité à travers les frontières.
Infrastructures et solutions de stockage
Les spécialistes de l’ingénierie déploient physiquement les lignes électriques, transformant les plans en infrastructures concrètes. Le stockage agit comme stabilisateur de ces systèmes énergétiques complexes. Les leaders des batteries fournissent des systèmes de stockage à l’échelle du réseau, capables de lisser la volatilité de l’offre. Enfin, cette énergie parvient aux utilisateurs finaux à travers les infrastructures numériques, les sites industriels et les ménages privés.
Par ailleurs, certaines entreprises spécialisées optimisent la distribution d’électricité dans les centres de données, où la fiabilité est critique. D’autres facilitent l’adoption rapide du solaire sur différents marchés, tandis que les leaders des semi-conducteurs fournissent l’électronique de puissance essentielle à la révolution des véhicules électriques.
Les centres de données : là où le numérique rencontre la croissance verte
La convergence entre numérisation et électrification est particulièrement visible dans les centres de données modernes. Le boom de l’intelligence artificielle a transformé ces infrastructures en une nouvelle classe d’infrastructures critiques. Nous prévoyons que les dépenses d'investissement des hyperscalers dépasseront les 620 milliards de dollars en 2026.
Il s’agit avant tout d’une histoire d’énergie. Les centres de données se situent à l’intersection de la production d’électricité, la transmission et la gestion de l’énergie.
Le pouvoir du positionnement
Ces transformations structurelles augmentent la dispersion des marchés et créent un environnement favorable à la gestion active. Identifier un alpha durable nécessite de comprendre où se situent les goulets d’étranglement ou les avantages compétitifs structurels au sein de la chaîne de valeur. La résilience et l’électrification définissent désormais le cœur des politiques économiques mondiales. Les gouvernements et les entreprises engagent des capitaux importants pour développer les infrastructures essentielles à la croissance de long terme.
Les entreprises exposées à la transition énergétique ne sont pas seulement des leaders environnementaux, mais les architectes d’une économie mondiale plus résiliente et autosuffisante.

