Le monde numérique n’est plus cet espace sans frontières que l’on imaginait aux débuts d’Internet. Il est devenu un champ de forces géopolitiques où s’affrontent souverainetés, modèles économiques et valeurs. Dans ce contexte de recomposition permanente, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche pose avec une acuité renouvelée la question de la souveraineté numérique européenne.
La souveraineté numérique européenne à l’ère Trump

Un contexte géopolitique sous tension
L'ère Trump accroit les incertitudes sur la scène internationale alors que l'extraterritorialité du droit américain existe déjà. Ainsi l'adoption du Cloud Act permet aux autorités américaines d'accéder aux données stockées à l'étranger par des entreprises basées aux États-Unis. Face aux GAFAM, à la Chine qui investit massivement dans l'IA et les infrastructures quantiques, aux cybermenaces grandissantes et à l'installation de mafias spécialisées dans les crimes numériques, la souveraineté numérique est devenue une urgence.
Toutes les transformations numériques contemporaines se caractérisent par leur célérité et affectent les individus, la société civile et les États. Ces derniers sont à la fois victimes et agresseurs dans un écosystème peu propice à l’établissement de normes communes.
La régulation européenne : un rempart nécessaire mais non-suffisant ?
L’Union Européenne tente depuis plusieurs années de construire une voie propre. La souveraineté numérique européenne et française, pour le moins fragile, fait aujourd'hui l'objet d'un consensus qui reconnaît notre grande dépendance aux États-Unis. Paradoxalement, la situation actuelle, qui semble défavorable, peut constituer une opportunité pour se réapproprier les technologies et le savoir.
Certaines initiatives ont déjà été amorcées. Le règlement eIDAS v2 établit ainsi un cadre juridique pour une identité numérique européenne fiable et sécurisée. Mais ce rempart réglementaire reste poreux face à la rapidité des innovations et leur puissance.
Toutefois, la régulation seule ne peut tout, tant les enjeux sont nombreux et diversifiés. Pour répondre aux intersectionnalités du numérique, plusieurs chantiers structurants s'imposent tels que la guerre des infrastructures comme le cloud souverain, la gouvernance de l’IA, et les problématiques de défense numérique. Ces dernières, plus connues, ont une dimension critique en période de tensions internationales : ingérences étrangères, guerre hybride, piratage… Autant de menaces et d’opportunités qui exigent une approche collective intégrant les dimensions technique, politique et citoyenne.
Le numérique comme lieu de la souveraineté : un défi collectif
Ainsi, s'il est essentiel, en tant qu'État, d'affirmer un positionnement dans la transition numérique, il faut pour ce faire mettre tous les acteurs affectés ou moteurs autour de la table.
Les nouvelles dynamiques de pouvoir qu'instaurent les technologies numériques - entre États, entre États et entreprises technologiques - redéfinissent les équilibres géopolitiques traditionnels : elles invitent à une pensée et des actions audacieuses à l’échelle de l’UE. En effet, saura-t-elle transformer ses atouts réglementaires en puissance industrielle ? Pourra-t-elle faire de ses valeurs une arme diplomatique dans le cyberespace ? Jusqu’où aller dans l'encadrement du numérique sans freiner l'innovation européenne ?
Face à ces défis, tous les acteurs du numérique européen doivent se mettre en ordre de marche. Et rapidement. Le futur numérique de l'Europe ne doit pas se décider ailleurs.
