Souveraineté numérique : le virage open source que les entreprises ne peuvent plus ignorer

Les entreprises européennes doivent adopter l’open source pour satisfaire aux exigences réglementaires croissantes en matière de souveraineté numérique. Cette approche offre la transparence, l’auditabilité et l’indépendance technologique nécessaires pour se conformer aux normes NIS2, DORA et Cyber Resiliency Act.

David Szegedi Officielle
By David Szegedi Published on 6 juin 2026 9h00
apple, piratage, logiciel, espion risque
apple, piratage, logiciel, espion risque - © Economie Matin
20%L'Open source en France a connu une croissance annuelle de 20% des communautés actives en 2024

La souveraineté numérique n'est plus seulement un objectif stratégique optionnel pour les entreprises européennes, mais une exigence de conformité. Les différents cadres réglementaires en vigueur (NIS2, DORA, Cyber Resiliency Act au niveau européen, SecNumCloud au niveau local…) incluent des exigences précises en matière de transparence, de traçabilité et de réversibilité des infrastructures numériques. Pour les intégrer à leur stratégie et se mettre en conformité, l'open source apparaît comme l'une des approches technologiques les plus viables pour les entreprises, car elle adresse trois piliers fondamentaux de la souveraineté numérique : offrir des solutions pour s'aligner avec la conformité réglementaire, faciliter la résilience opérationnelle et favoriser l'indépendance technologique. Le choix de l'open source, en plus d'aider à protéger les entreprises des risques réglementaires actuels, constitue une solution d'avenir sur le long terme.

Conformité réglementaire et obligations légales

L'Union européenne impose désormais un cadre réglementaire qui structure les choix technologiques des entreprises : NIS2 a pour objectif de minimiser les risques pour les systèmes informatiques des organisations essentielles (états, fournisseurs d'énergie ou télécoms) et impose une gestion auditable de la sécurité ; DORA, sa déclinaison pour les institutions financières, met en avant la résilience tant technique que opérationnelle et impose à ce titre de diversifier les fournisseurs tout en démontrant la réversibilité des briques de son SI; enfin, le Cyber Resiliency Act (CRA) exige une cartographie exhaustive des composants logiciels, incluant leur cycle de vie et la mise à disposition des correctifs de sécurité.

Suivant leur secteur ou leurs enjeux en termes de souveraineté, les entreprises doivent pouvoir permettre un basculement rapide vers un autre prestataire de services en cas d'incident - ce qui nécessite d'éviter toute concentration chez un même fournisseur - ou encore à privilégier la portabilité des données et des applications dans un souci de réversibilité.

L'open source aide à répondre à ces obligations, car le code source ouvert permet l'auditabilité par des tiers indépendants; les licences encadrant l'usage de l'open source permettent également de continuer à utiliser les technologies indépendamment de l'existence d'un contrat de support avec des éditeurs ; enfin, la nature même du logiciel open source et la mise à disposition d'outils spécifiques facilitent grandement l'inventaire et l'audit des composants logiciels fréquemment exigés dans le cadre des réglementations.

Transparence, traçabilité et auditabilité

L'open source permet l'auditabilité : le code est consultable par des tiers indépendants, les modifications sont documentées et traçables, et les vulnérabilités découvertes peuvent être corrigées sans devoir attendre la réaction du fournisseur. Grâce à l'open source, les entreprises dont l'activité commerciale est centrée sur le logiciel peuvent également générer de façon automatique une cartographie complète de leurs composants applicatifs, une responsabilité qui leur incombe vis à vis de leurs clients et leurs utilisateurs selon les exigences du Cyber Resiliency Act, et ainsi identifier systématiquement les vulnérabilités.

Face aux risques de sécurité, aux exigences réglementaires toujours plus précises et strictes, et à la menace d'amendes prononcées par les autorités pour sanctionner les cas de non-conformité, les entreprises ont encore trop souvent tendance à choisir des solutions propriétaires. Si l'approche open source représente un territoire inconnu, notamment pour les organisations qui ne l'ont pas encore déployée et qui manquent de maturité en la matière, elle offre une véritable flexibilité. L'Union européenne soutient d'ailleurs activement cette voie par des initiatives (notamment l'European Open Digital Ecosystem Strategy). Dans ce contexte, investir dans le logiciel open source, en particulier pour les organisations critiques et d'importance stratégique, permet de faire face aux risques réglementaires actuels et de demain.

David Szegedi Officielle

Chief Architect - Field CTO Organisation, Red Hat

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