SpaceX promet des centres de données orbitaux dès 2027 avant son IPO géante

SpaceX avance ses tests de centres de données d’IA orbitaux à fin 2027, soit un an plus tôt que prévu, pour séduire les investisseurs avant son IPO historique de 75 milliards de dollars. Malgré des contrats terrestres lucratifs de 26 milliards annuels, l’entreprise mise sur un pari spatial aux défis techniques considérables.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 10 juin 2026 21h16
SpaceX promet des centres de données orbitaux dès 2027 avant son IPO géante
SpaceX promet des centres de données orbitaux dès 2027 avant son IPO géante - © Economie Matin

SpaceX accélère ses ambitions spatiales avec l'IA orbitale avant son IPO historique

SpaceX frappe fort à l'approche de son introduction en Bourse. L'entreprise d'Elon Musk avance d'un an son calendrier pour les centres de données d'intelligence artificielle dans l'espace, prévoyant désormais des tests dès fin 2027. Cette accélération intervient lors des présentations aux investisseurs pour l'IPO la plus ambitieuse de l'histoire : 555,6 millions d'actions à 135 dollars, visant 75 milliards de dollars de levée pour une valorisation totale de 1 770 milliards.

L'opération dépasserait largement celle de Saudi Aramco en 2019 (29,4 milliards de dollars). Pourtant, les comptes de 2025 révèlent des résultats contrastés : 18,67 milliards de dollars de chiffre d'affaires pour une perte nette de 4,9 milliards, alourdie par l'acquisition de xAI en février 2026. La croissance du chiffre d'affaires ralentit de 35% à 33% en un an.

AI1 : un satellite géant aux dimensions d'un Boeing

Le prototype AI1 illustre l'ampleur technique du défi. Haut de 20 mètres, il déploie une envergure de 70 mètres, soit davantage qu'un Boeing 747-8. Sa puissance de calcul atteint 150 kilowatts en pic et 120 kilowatts en continu, équivalant à un rack Nvidia GB300.

Les panneaux solaires proviennent de la nouvelle usine Gigasat de Bastrop, au Texas, étendue sur 11 millions de pieds carrés. Le refroidissement représente le défi majeur : un radiateur liquide déployable de 110 mètres carrés, orienté pour minimiser l'absorption solaire. Contrairement aux centres terrestres qui utilisent l'air ou l'eau, l'espace impose d'évacuer la chaleur par rayonnement infrarouge.

Les composants informatiques demeurent modulaires : Nvidia au démarrage, puis potentiellement les puces durcies contre les radiations développées par Terafab, projet commun de SpaceX, Tesla et Intel. L'industrie spatiale multiplie les innovations technologiques pour s'adapter aux contraintes de l'environnement orbital.

Une constellation d'un million de satellites : l'ambition démesurée

SpaceX a déposé auprès de la Federal Communications Commission une demande pour déployer jusqu'à un million de satellites dédiés aux centres de données orbitaux. Le cabinet MoffettNathanson chiffre le projet en milliers de milliards de dollars, nécessitant environ 3 000 lancements de Starship par an, soit huit quotidiennement.

Les premières capacités commerciales pourraient voir le jour en 2028, à condition que Starship atteigne sa maturité opérationnelle. La fusée géante reste cruciale pour déployer les composants volumineux à un coût viable : actuellement plusieurs milliers de dollars par kilogramme, ils doivent descendre à quelques centaines pour que l'équation économique fonctionne.

Des revenus terrestres déjà colossaux mais un pari orbital incertain

Paradoxalement, SpaceX génère déjà des revenus substantiels dans l'intelligence artificielle, mais sur Terre. Anthropic verse 1,25 milliard de dollars par mois pour louer l'intégralité du centre Colossus 1 de xAI à Memphis jusqu'en mai 2029. Google ajoute 920 millions mensuels pour environ la moitié de cette capacité jusqu'en juin 2029.

Les contrats terrestres représentent 26 milliards de dollars de revenus annualisés, démontrant l'appétit du marché pour les infrastructures de calcul d'IA. Ils soulignent aussi la disponibilité d'alternatives terrestres moins risquées.

L'orbital impose des défis considérables : les rayonnements spatiaux provoquent erreurs de calcul et dommages permanents, les puces durcies accusent plusieurs générations de retard, le renouvellement nécessite de nouveaux lancements tous les deux à trois ans, et la latence peut limiter certaines applications.

Un scepticisme industriel face aux promesses spatiales

L'industrie demeure partagée sur la viabilité commerciale. Tim Farrar, analyste chez TMF Associates, recentre le débat : "La question n'est pas de savoir si une chose peut fonctionner, mais si elle a un sens économique par rapport à la simple construction de capacités supplémentaires au sol."

Jensen Huang de Nvidia plaide pour donner priorité aux installations terrestres, tandis qu'Amazon Web Services juge l'idée "peu économique" et "loin de disposer d'un million de centres orbitaux". Claude Rousseau d'Analysys Mason estime "improbable" que les centres spatiaux remplacent un jour les installations terrestres.

Le précédent de Microsoft alimente le scepticisme. Le projet Natick, un centre immergé au large de l'Écosse en 2015, avait atteint ses objectifs techniques mais fut abandonné faute de demande et de viabilité économique. Comme les modules sous-marins, les satellites de calcul partagent une conception scellée, difficile à réparer ou faire évoluer.

Une IPO aux risques multiples pour les investisseurs

Pour les investisseurs potentiels, SpaceX présente un portefeuille hétérogène : un opérateur satellitaire rentable avec Starlink, une activité de calcul terrestre déjà contractualisée, et un pari orbital lointain à l'issue incertaine. Morningstar évalue la juste valeur autour de 780 milliards de dollars, soit la moitié du prix demandé.

Le document S-1 ne dissimule pas les risques, décrivant des "technologies non éprouvées" qui "pourraient ne pas atteindre leur viabilité commerciale". L'environnement spatial "dur et imprévisible" expose les équipements à des défaillances spécifiques plus sévères que sous l'eau. Les défis de sécurité dans l'espace restent nombreux et imprévisibles.

Le contrôle reste fermement entre les mains d'Elon Musk, qui dispose d'environ 85% des droits de vote. Concentration du pouvoir que l'entreprise mentionne explicitement comme risque de gouvernance dans ses documents d'introduction.

Les actions commenceront leurs échanges vendredi sur le Nasdaq sous le symbole SPCX, marquant potentiellement un tournant dans le financement de l'exploration spatiale commerciale. Entre vision futuriste et réalités économiques, l'accueil réservé par les marchés constituera un test grandeur nature pour les ambitions orbitales d'Elon Musk.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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