Surveillance : Google transmet les données personnelles à l’ICE

Google a transmis des données personnelles et financières d’un étudiant britannique à l’ICE aux USA, sans validation préalable par un juge. Derrière cette diffusion d’informations sensibles, un mécanisme juridique discret mais redoutable interroge frontalement la vie privée des utilisateurs de Google.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 12 février 2026 6h36
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Le 10 février 2026, Google a confirmé avoir répondu à une assignation administrative émise par l’Immigration and Customs Enforcement (ICE) aux USA. Google a transmis des données personnelles et financières liées au compte d’un étudiant et journaliste britannique. Or, cette demande ne provenait pas d’un juge, mais d’une « administrative subpoena », un outil juridique interne à l’administration américaine.

Une diffusion de données personnelles par Google à l’ICE sans décision judiciaire

D’après TechCrunch, Google a fourni une série d’informations particulièrement sensibles : identifiants de compte, adresses physiques, adresses IP, numéros de téléphone, identifiants d’abonné, ainsi que des numéros de carte bancaire et de compte associés. Le média précise que la personne visée est Amandla Thomas-Johnson, étudiant à Cornell University en 2024. Selon TechCrunch, la demande d’ICE serait intervenue « dans les deux heures » suivant l’annonce de la révocation de son visa étudiant par les autorités américaines. Deux heures. Le timing interroge. D’autant plus que, selon le même média, l’assignation administrative n’avait pas été validée par un juge.

La nature même de la procédure soulève un débat majeur. TechCrunch rappelle qu’une assignation administrative n’implique pas de contrôle judiciaire préalable. Elle est émise directement par une agence fédérale. Toutefois, comme le souligne l’Electronic Frontier Foundation dans une lettre ouverte publiée le 10 février 2026, ces demandes ne permettent pas d’obtenir le contenu des communications, mais visent des métadonnées : nom, adresse, IP, durée de service. Autrement dit, elles permettent d’identifier et de cartographier un utilisateur. Dans ce cas précis, la diffusion d’informations financières élargit considérablement la portée.

Google face aux assignations administratives : cadre légal et zones grises

Contrairement à une décision d’un juge, une assignation administrative n’est pas auto-exécutoire. TechCrunch précise que les entreprises ne sont pas légalement contraintes d’y répondre immédiatement. Elles peuvent contester. Pourtant, Google a choisi de transmettre les données personnelles demandées par l’ICE. Cette décision s’inscrit dans un contexte de pression accrue des autorités migratoires aux USA et de volonté de la part de Google de se montrer affable envers l’administration Trump.

L’Electronic Frontier Foundation, organisation spécialisée dans la défense des libertés numériques, a publiquement interpellé Google et dix autres entreprises technologiques. Dans sa lettre ouverte du 10 février 2026, l’EFF appelle « les entreprises à insister pour que le Département de la Sécurité intérieure obtienne la confirmation d’un tribunal avant de divulguer la moindre information utilisateur ». L’organisation précise avoir adressé ce courrier à 11 entreprises, dont Google, Apple et Microsoft.

Dans un communiqué distinct du 10 février 2026, l’ACLU rapporte un cas parallèle où la DHS a retiré une assignation visant un autre citoyen après contestation judiciaire. Stephen A. Loney, de l’ACLU de Pennsylvanie, affirme que ces pratiques constituent « des tactiques abusives destinées à dissuader la liberté d’expression ». De son côté, Jennifer Granick, également citée par l’ACLU, rappelle que « les entreprises comme Google savent énormément de choses sur nous ». La phrase est sobre. Elle résume pourtant l’enjeu : la concentration massive d’informations chez Google crée un point de vulnérabilité systémique.

Quelles conséquences pour les utilisateurs Google ?

L’affaire dépasse le cas individuel. En effet, la diffusion de données personnelles par Google à l’ICE aux USA montre qu’un compte peut devenir un dossier administratif complet. Identité, coordonnées, traces techniques, et désormais éléments bancaires. Même si le contenu des emails ou des recherches n’a pas été transmis, la somme des métadonnées suffit à établir un profil détaillé. Or, cette logique concerne potentiellement des millions d’utilisateurs de Google.

Selon Nieman Journalism Lab, une partie des métadonnées aurait déjà été transmise antérieurement, avant que l’ampleur exacte de la demande ne soit révélée. Cela signifie que la diffusion peut intervenir en plusieurs temps, parfois sans visibilité publique immédiate et toujours sans demande judiciaire validée. De plus, certaines assignations incluent des clauses de confidentialité, empêchant l’utilisateur d’être informé rapidement. Dans ce contexte, le contrôle d’un juge devient un garde-fou central. Sans lui, la frontière entre enquête administrative et surveillance extensive devient floue.

Pour les utilisateurs de Google, la conséquence est double. D’abord, une prise de conscience : les données personnelles stockées dans un écosystème unique peuvent être mobilisées par une autorité fédérale. Ensuite, un risque juridique accru dans des situations liées à l’immigration, à la contestation politique ou à l’activisme. Aux USA, l’ICE dispose de larges pouvoirs administratifs dont elle abuse régulièrement. Or, lorsqu’une entreprise comme Google coopère sans exiger l’arbitrage d’un juge, la balance entre sécurité nationale et protection des informations privées penche vers l’administration.

Cette affaire révèle enfin un dilemme stratégique pour Google. Refuser une assignation administrative expose à un bras de fer judiciaire. Accepter implique d’assumer la diffusion de données personnelles sensibles et de trahir la confiance des utilisateurs. Entre conformité réglementaire et défense de la vie privée, l’équation devient délicate. Toutefois, pour les utilisateurs de Google, l’enjeu est clair : comprendre que chaque compte concentre une masse d’informations dont la circulation peut, grâce à l’aide de l’entreprise elle-même, se retrouver dans les mains des autorités sans justification valide.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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