L’industrie dans l’UE se décarbonise tout en devenant plus résiliente et plus compétitive afin d’atteindre les objectifs climatiques et énergétiques à long terme de l’Union européenne. Pourtant, le rôle de la symbiose industrielle, souvent négligé dans les politiques industrielles et énergétiques, reste sous-exploité. En connectant efficacement l’industrie et les villes, la symbiose industrielle urbaine offre une voie puissante pour réduire la demande énergétique, renforcer la résilience et libérer des gains d’efficacité systémiques.
Symbiose industrielle urbaine : une voie vers des partenariats durables

Des relations symbiotiques au service de la transition énergétique de l’Europe
Personne n’a dit que la transition climatique et énergétique de l’UE serait simple — et elle ne l’est pas. Pourtant, cette transition ouvre de nombreuses opportunités à explorer pour des bénéfices sociétaux plus larges et durables. Une opportunité demeure : relier concrètement l’industrie et les communautés afin de travailler ensemble au développement d’une relation symbiotique en matière de durabilité.
La symbiose industrielle urbaine transforme la localité en partenariat. Elle permet des échanges structurés dans lesquels la chaleur excédentaire, les sous-produits ou les services d’un acteur deviennent les intrants d’un autre. Le concept de circularité devient alors une expérience partagée.
L’efficacité énergétique demeure la ressource énergétique la plus rentable de l’Union européenne, mais d’importantes opportunités sont encore perdues à l’interface entre l’industrie et les villes. La symbiose industrielle urbaine comble cette lacune en créant des boucles énergétiques locales qui réduisent la demande en énergie primaire et les émissions dans plusieurs secteurs simultanément.
Les bénéfices d’une expérience partagée
Ces systèmes ne sont pas statiques. Les premiers projets démontrent leur faisabilité et leur valeur ajoutée. Les initiatives suivantes bénéficient de données partagées, de pratiques commerciales plus claires et de dispositifs de gouvernance établis. Ce qui commence comme un échange unique peut évoluer en un cercle vertueux d’amélioration continue de l’efficacité, porté par l’apprentissage entre pairs et la réplication. Ce partenariat devient alors un véritable modèle gagnant-gagnant à long terme.
De la même manière que les communautés deviennent plus résilientes lorsque les voisins coopèrent, les régions se renforcent lorsque les villes et les industries travaillent ensemble. Des systèmes symbiotiques planifiés à l’échelle d’un quartier ou d’une métropole peuvent stabiliser l’approvisionnement énergétique local, réduire l’exposition aux prix volatils de l’énergie et renforcer la sécurité d’approvisionnement.
Pour l’industrie, cela se traduit par une baisse des coûts opérationnels, une réduction des risques et une plus grande prévisibilité. Pour les villes, cela signifie des systèmes énergétiques plus robustes et une création de valeur locale. Ces bénéfices partagés renforcent la participation, faisant de la symbiose industrielle urbaine non seulement une solution environnementale, mais aussi une stratégie de compétitivité alignée sur les objectifs de l’Union européenne.
Des bonnes intentions aux systèmes finançables
L’expérience montre que la symbiose industrielle urbaine ne se développe pas automatiquement. Si les solutions techniques sont essentielles, les facteurs organisationnels et institutionnels sont souvent déterminants. Il s’agit notamment de l’accès aux données, de la clarté juridique, de la confiance entre partenaires et du développement de modèles économiques solides, en particulier lorsque les échanges impliquent des organisations de tailles différentes.
Les initiatives réussies reposent donc sur des structures de coordination dédiées ou des facilitateurs tiers neutres. À l’image de figures de confiance dans les transitions énergétiques de quartier, ces facilitateurs peuvent aider à aligner les intérêts, gérer les échanges et assurer la continuité dans le temps. Leur rôle est crucial pour dépasser les projets pilotes isolés et évoluer vers des systèmes stables et finançables capables de soutenir la planification industrielle, le développement d’infrastructures et des gains d’efficacité énergétique à long terme.
Rendre la coopération contagieuse
Heureusement, plusieurs projets financés par l’UE liés à la symbiose industrielle peuvent mettre en lumière les bénéfices, expliquer comment la mettre en œuvre et convaincre les entreprises ainsi que les autorités locales d’agir. Ces projets démontrent la faisabilité et l’impact. La prochaine étape consiste à tirer parti de ces enseignements et à les généraliser sur le marché : intégrer les modèles de gouvernance, les critères d’efficacité énergétique et les normes dans les cadres politiques, la planification des infrastructures et les décisions d’investissement.
Faire connaître l’inconnu
La symbiose industrielle urbaine est complexe, car elle rassemble de nombreux acteurs dans une relation symbiotique orientée vers la durabilité. Ces acteurs se connaissent peu, car il s’agit souvent de mettre en relation des entreprises et des administrations publiques — et très souvent aussi la société civile. Il a été démontré que cela fonctionne et que cela crée un véritable lien communautaire autour d’objectifs communs de durabilité à long terme.
Il existe, surtout, de nombreux bénéfices à long terme. Des projets financés par l’UE tels que REDOL apportent un niveau de confiance grâce à un impressionnant historique d’expériences dans différents pays et contextes. L’industrie européenne comprend qu’il s’agit d’un tournant important pour s’adapter aux nouvelles conditions des marchés régionaux et mondiaux. La symbiose industrielle a un rôle clé à jouer pour mieux faire connaître les inconnues. Et surtout, nous apprenons tous ensemble.
Cet éditorial d’opinion est produit en coopération avec la Semaine européenne de l’énergie durable (EUSEW) — le plus grand événement annuel consacré aux énergies renouvelables et à l’utilisation efficace de l’énergie en Europe. #EUSEW2026 marque la 20e édition et réunira une fois de plus la communauté des personnes engagées pour construire un avenir énergétique sûr et propre pour les générations futures.
Liens utiles
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CEN EC for S (2018) CEN Workshop Agreement CWA 17354 : Industrial Symbiosis: Core Elements and Implementation Approaches
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WG2 Workshop & Conference, Industrial Symbiosis from a business perspective
L’auteure
Irene Paoletti est cheffe de projet, avec une formation en économie d’entreprise et en innovation sociale, spécialisée dans l’intégration de la technologie, de la durabilité et des solutions orientées marché. Son expertise consiste à traduire des défis technologiques complexes en stratégies viables et à fort impact, renforçant la compétitivité industrielle tout en générant de la valeur environnementale et sociale.
