Un terminal de pétrole russe suspend ses activités après une attaque ukrainienne

Une frappe ukrainienne contre le terminal pétrolier stratégique de Novorossiysk a brièvement coupé près de 2 % de l’offre mondiale de pétrole. L’incident, spectaculaire et inédit par son impact immédiat, relance les interrogations sur les risques géopolitiques qui pèsent désormais sur les flux mondiaux d’or noir.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 17 novembre 2025 14h24
Terminal Petrole Russe Attaque Ukrainienne
Un terminal de pétrole russe suspend ses activités après une attaque ukrainienne - © Economie Matin

Dans la nuit du 14 novembre 2025, une attaque coordonnée de drones et de missiles venus d’Ukraine a visé le port pétrolier de Novorossiysk, l’un des principaux débouchés maritimes du pétrole brut russe sur la mer Noire. La Russie a été contrainte de suspendre temporairement ses exportations via cette plateforme, provoquant une réaction instantanée des marchés pétroliers.

Un choc immédiat sur l’offre mondiale de pétrole

L’attaque a touché le complexe pétrolier géré par Transneft et Rosneft, un site profondément intégré dans la chaîne d’exportation russe. Selon plusieurs sources concordantes, les frappes ont endommagé deux postes d’amarrage, interrompant du jour au lendemain environ 2,2 millions de barils par jour, soit près de 2 % de l’offre mondiale. Dans un marché tendu, où la moindre perturbation se répercute rapidement, cette donnée suffit à expliquer l’onde de choc quasi instantanée observée sur les cours internationaux.

Dès l’annonce de la suspension, le Brent a progressé de plus de 2 % pour atteindre environ 64 dollars le baril, tandis que le WTI gagnait près de 2,4 %. Ce rebond illustre une sensibilité persistante du marché au risque géopolitique, malgré la diversification des approvisionnements amorcée par les pays occidentaux depuis 2022. Novorossiysk, qui représente presque un cinquième des exportations maritimes de brut de la Russie, constitue en effet un point névralgique de la logistique énergétique du pays. Toute interruption y prend une dimension globale.

La Russie peut-elle réparer aussi vite qu’elle le dit ?

La reprise des exportations dès le 16 ou 17 novembre peut donner l'impression d’une capacité russe quasi automatique à absorber les chocs. Depuis plusieurs années, le pouvoir revendique d’ailleurs une résilience industrielle héritée d’une longue culture de gestion de crise, renforcée depuis le début du conflit. Le précédent du pont de Crimée est souvent cité : après l’explosion d’octobre 2022, la circulation automobile légère avait été rétablie en quelques heures et la ligne ferroviaire en quelques mois seulement.

Cependant, réactiver partiellement un terminal ne signifie pas que l’ensemble de la structure est réellement restauré. Certaines opérations peuvent être réorientées vers des postes non touchés, des flux peuvent être réduits, et des réparations temporaires peuvent être appliquées pour relancer un minimum d’activité. Restaurer la pleine capacité, en revanche, peut prendre plusieurs semaines voire plusieurs mois, selon la nature des dégâts et la disponibilité de pièces détachées — un sujet sensible pour un pays soumis à des sanctions technologiques.

De plus, si la Russie a développé des circuits parallèles d’approvisionnement et un savoir-faire en contournement industriel, les attaques répétées pourraient finir par saturer ses capacités de maintenance. Le cas de Novorossiysk illustre donc autant la robustesse du système que ses fragilités structurelles.

Un épisode qui rebat les cartes énergétiques et géopolitiques

Au-delà de l’effet immédiat sur les prix et la logistique, l’attaque envoie un signal stratégique. Elle montre que les infrastructures énergétiques russes, même éloignées du front, sont désormais vulnérables à des opérations ciblées. Pour l’Ukraine, qui cherche à affaiblir les revenus de guerre de Moscou, frapper un terminal pétrolier revêt une dimension économique majeure : réduire temporairement les exportations russes revient à toucher le cœur financier du Kremlin.

Pour les marchés européens et asiatiques, cet incident rappelle que les flux pétroliers ne sont jamais totalement sécurisés. Un arrêt prolongé aurait pu entraîner des fermetures de puits en Sibérie occidentale, une perspective rare mais non théorique dans l’industrie pétrolière, où la continuité d’exploitation est essentielle. Cela aurait également redessiné les routes d’acheminement, la Russie pouvant intensifier l’usage de sa flotte dite « fantôme » pour contourner les risques en mer Noire et réorienter ses cargaisons vers l’Asie.

Enfin, cet épisode contribue à remodeler les équilibres géopolitiques. En frappant un maillon stratégique du dispositif énergétique de Moscou, l’Ukraine rappelle sa capacité d’action loin du front traditionnel. À l’inverse, la Russie doit désormais gérer un risque logistique accru tout en démontrant que son appareil énergétique reste capable d’assurer ses engagements à l’exportation, un élément clé de sa crédibilité économique.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

No comment on «Un terminal de pétrole russe suspend ses activités après une attaque ukrainienne»

Leave a comment

* Required fields