Terres rares : le Japon entame des forages à 6 000 mètres sous l’océan

À plus de 6 000 mètres sous la surface de l’océan Pacifique, le Japon entame une opération minière sans précédent, extraire des terres rares depuis les fonds marins. Un projet à la frontière de la science et de la géopolitique, censé desserrer l’étau chinois sur ces matériaux stratégiques.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 12 janvier 2026 13h00
Terres rares : le Japon entame des forages à 6 000 mètres sous l’océan
Terres rares : le Japon entame des forages à 6 000 mètres sous l’océan - © Economie Matin
16 millionsSelon les estimations, la zone renfermerait plus de 16 millions de tonnes de terres rares, ce qui placerait ce site parmi les trois plus importants gisements mondiaux.

Le Japon a lancé, le dimanche 11 janvier 2026, une mission d’exploration sous-marine sans précédent visant à extraire des terres rares depuis les grands fonds de l’océan Pacifique. Ces métaux, devenus essentiels dans la fabrication des composants électroniques et des batteries, sont aujourd’hui largement contrôlés par la Chine. Pour Tokyo, cette initiative vise clairement à s’émanciper de cette dépendance stratégique. Mais racler les abysses à 6 000 mètres de profondeur n’est pas sans susciter interrogations techniques et environnementales.

Sous pression chinoise, le Japon veut diversifier ses ressources minières

L'archipel nippon s'engage dans cette opération après une décennie de tensions commerciales autour des terres rares. Alors que la Chine assurait encore près de 90 % des importations japonaises de ces minéraux critiques en 2010, cette dépendance a été réduite à environ 60 % aujourd’hui. Une amélioration certes, mais qui reste insuffisante pour garantir l'autonomie industrielle du Japon. Pour Tokyo, ce projet d’exploitation sous-marine constitue une étape majeure. Comme l’a souligné InvestingNews, il s’agit « d’une tentative inédite dans l’industrie minière mondiale de remonter en continu de la boue riche en terres rares depuis environ 6 000 mètres de profondeur ».

Cette boue, identifiée dans les zones économiques exclusives japonaises, serait particulièrement concentrée en terres rares lourdes, essentielles pour les moteurs électriques, les aimants permanents et les smartphones. Le site choisi se situe au large de l’île de Minamitori, à l’est de Tokyo, en plein océan Pacifique. La mission, qui s’étalera sur un mois, vise à démontrer la faisabilité technique d’une telle extraction. « Après sept années de préparatifs constants, nous pouvons enfin commencer les tests de confirmation. C’est très émouvant », a déclaré Shoichi Ishii, chef de l’équipe de recherche, cité par Zonebourse le 12 janvier 2026.

Un pari technologique à 6 000 mètres sous la mer

Ce projet n’a rien d’anodin. À 6 000 mètres de profondeur, les conditions sont extrêmes. Pression, température, instabilité du sol marin, tout concourt à rendre l’extraction difficile. Pourtant, pour les autorités japonaises, cette avancée est capitale dans un contexte de resserrement des exportations chinoises. « Si ce projet réussit, il aura une grande importance pour diversifier l’approvisionnement du Japon en terres rares », a souligné Shoichi Ishii dans la même déclaration.

À travers cette opération, le pays espère réduire encore davantage sa dépendance vis-à-vis de Pékin, qui contrôle aujourd’hui près de 70 % de la production mondiale de terres rares, selon plusieurs observateurs. Le Japon n’en est pas à son premier coup d’essai. Dès 2011, des gisements potentiels avaient été repérés dans les grands fonds marins, notamment autour de Minamitori. Mais cette fois, Tokyo passe à la vitesse supérieure avec une phase de test grandeur nature. L'essai, qui s’étendra jusqu’au 14 février, mobilise plusieurs navires, robots sous-marins et systèmes de remontée continue.

Les grands fonds au cœur d’un nouvel équilibre géopolitique

L’enjeu économique est considérable. Les terres rares sont au cœur de la transition énergétique et de l’industrie numérique. Accéder à une source indépendante pourrait permettre au Japon de sécuriser son approvisionnement pour les décennies à venir, en particulier dans les secteurs stratégiques tels que les batteries pour véhicules électriques, les semi-conducteurs et les éoliennes. Mais ce projet soulève aussi de nombreuses interrogations. D’abord sur le plan environnemental. Les fonds marins abritent des écosystèmes encore peu connus, dont l’équilibre pourrait être menacé par une exploitation minière à grande échelle.

Des scientifiques appellent à une extrême prudence avant toute généralisation. Ensuite, sur le plan diplomatique, cette démarche pourrait attiser de nouvelles tensions avec la Chine, déjà en position de force sur ce marché. En choisissant d’agir unilatéralement dans sa zone économique exclusive, le Japon prend soin d’éviter toute confrontation directe. Toutefois, ce geste envoie un signal clair, l’archipel entend désormais jouer sa propre carte dans la course aux métaux critiques.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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