Tiques : la découverte française qui pourrait empêcher l’infection avant même la morsure

En s’attaquant au mécanisme qui contrôle la salivation ds tiques, des chercheurs français ouvrent une nouvelle piste pour les empêcher de se nourrir et de transmettre des agents pathogènes, dont ceux à l’origine de la maladie de Lyme. 

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By Aurélie Giraud Published on 31 mars 2026 10h00
Maladie de Lyme : 15,4 % des tiques analysées seraient infectées
Ixodes ricinus, espèce de tique la plus impliquée dans les piqûres humaines et dans la transmission de la maladie de Lyme en Europe - © Economie Matin
27%Part des tiques analysées par le programme CiTIQUE porteuses d’au moins un agent pathogène pour l’humain.

La découverte est importante car elle déplace le regard : au lieu de se concentrer uniquement sur les bactéries transmises par la tique, les scientifiques ciblent un rouage biologique indispensable à l’infection. Coordonnés par l’INRAe — l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement — avec l’Anses — l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail —, l’EnvA — l’École nationale vétérinaire d’Alfort — et l’université d’Orléans, les travaux publiés dans Nature Communications montrent que bloquer la salive de la tique pourrait, à terme, freiner à la fois son alimentation et le risque d’infection.

Tiques : la salive, élément clé de la contamination

Jusqu’ici, les chercheurs s’étaient surtout intéressés à ce que contient la salive des tiques : des substances qui empêchent le sang de coaguler, d’autres qui brouillent la réaction immunitaire de l’hôte, ou encore des protéines qui aident la tique à rester fixée sur la peau. La nouvelle étude change d’approche. Elle ne regarde pas seulement ce que la salive contient, mais aussi la façon dont la tique en contrôle la production au moment où elle se nourrit.

Comme le rappelle le communiqué de l’INRAe, « C’est grâce à sa salive que la tique s’accroche et se nourrit du sang de son hôte, pouvant transmettre des agents pathogènes. » En clair, la salive joue un rôle central : elle permet à la tique de se fixer, de se nourrir et, dans certains cas, de transmettre des microbes.

Les chercheurs ont travaillé sur l'Ixodes ricinus, la tique la plus souvent en cause dans la transmission de la maladie de Lyme en Europe. Ils ont voulu comprendre comment son organisme déclenche la production de salive lorsqu’elle se nourrit. Leur étude montre que ce processus repose sur deux systèmes qui agissent ensemble. En testant 37 substances, ils ont cherché à identifier celles capables de bloquer cette mécanique. À terme, l’idée est de gêner la tique au moment de la piqûre pour freiner à la fois son alimentation et le risque d’infection.

L’un des résultats les plus intéressants est que l’un de ces récepteurs est propre aux invertébrés et n’existe pas chez les mammifères, y compris chez l’être humain. Cela ouvre la voie à des solutions plus ciblées : à terme, il pourrait être possible d’agir sur la tique elle-même, sans perturber son hôte.

Maladie de Lyme : une piste qui peut changer la prévention

Cette avancée n’annonce pas un traitement disponible demain matin. Elle ouvre en revanche une voie scientifique crédible. L’INRAe résume ainsi le résultat central : « Ce double contrôle permet à la tique d’ajuster finement la quantité et la composition de sa salive lorsqu’elle est fixée à un hôte. » En clair, la tique ne salive pas au hasard : elle module très précisément son "cocktail" biologique pour rester fixée, se nourrir longtemps et favoriser la transmission des agents infectieux. 

Dès lors, empêcher cette mécanique de fonctionner revient à attaquer le problème en amont. Toujours selon l’INRAe, « L’inhibition de la salivation constitue une étape clé pour bloquer à la fois le repas sanguin et la transmission des pathogènes. »

Le sujet est loin d’être anecdotique. La borréliose de Lyme reste la maladie transmise par les tiques la plus connue en France. L’Assurance Maladie rappelle qu’il existe une forte disparité régionale, avec des cas plus fréquents dans l’Est et le Centre qu’à l’ouest et sur le pourtour méditerranéen. Elle souligne aussi que plus la tique reste fixée, plus le risque de transmission augmente, d’où l’importance d’un retrait rapide.

Les régions les plus exposées restent sous surveillance

Dans son Baromètre 2024 publié en décembre 2025, l’agence Santé publique France indique que 5% des adultes de 18 à 79 ans en France hexagonale déclarent avoir été piqués par une tique dans les douze derniers mois. La carte régionale met en évidence des niveaux plus élevés dans plusieurs territoires de l’Est et du centre-sud-ouest, avec par exemple 9,7% en Alsace, 10,4% en Franche-Comté et 12,7% en Rhône-Alpes, tandis que la Corse ou le pourtour méditerranéen affichent des niveaux nettement plus faibles. 

Autre enseignement officiel utile au grand public : 92% des adultes exposés aux piqûres déclarent utiliser au moins une mesure de prévention. Cela montre que le message de prudence progresse, mais pas forcément que le risque recule partout. Santé publique France recommande de porter des vêtements longs, de rester sur les chemins, d’éviter broussailles et hautes herbes, puis d’inspecter soigneusement son corps au retour. 

Les travaux du programme CiTIQUE, coordonné par l’INRAe, éclairent encore davantage la réalité du terrain. En analysant 2.009 tiques envoyées par des citoyens, les scientifiques ont montré que 27% des tiques analysées sont porteuses d’au moins 1 agent pathogène pour l’humain. Parmi elles, la très grande majorité sont des Ixodes ricinus, et 15,4% portaient des bactéries du complexe Borrelia burgdorferi sensu lato, responsables de la maladie de Lyme. 

Ces chiffres ne signifient pas que chaque morsure entraîne une maladie. Ils rappellent en revanche que la tique n’est pas un simple désagrément de promenade. C’est un vecteur biologique sophistiqué, capable d’orchestrer son repas et ses interactions avec l’hôte. C’est précisément ce qui rend la découverte française intéressante : en comprenant mieux ce pilotage neuronal, les chercheurs visent une faiblesse structurelle de l’animal, et non seulement le microbe qu’il transporte. 

Ce que cette découverte change concrètement

La lutte contre les tiques pourrait demain ne plus reposer uniquement sur l’évitement, le retrait rapide ou le traitement des infections déclarées. Une nouvelle génération d’approches pourrait consister à désamorcer la tique elle-même, en perturbant la fabrication de sa salive au moment critique. On reste au stade de la recherche fondamentale, mais avec des perspectives d’application très concrètes.

« Si on cible le système de salivation avec de nouveaux types de répulsifs, de gels ou de patches, on bloque la production de salive sans affecter l'hôte », explique Ladislav Simo à franceinfo.« Sans salive, pas de piqûre et donc pas de transmission de maladie. »

En attendant, les consignes ne changent pas. Après une sortie en forêt, en prairie ou même après du jardinage, il faut inspecter le corps, retirer la tique au plus vite avec un tire-tique, désinfecter, puis surveiller l’apparition d’un érythème migrant ou de symptômes évocateurs. La prévention reste la meilleure défense, surtout dans les zones où l’exposition est plus forte.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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