Voyager aux États-Unis n’a jamais été aussi intrusif. Sous couvert de sécurité, les autorités américaines imposent désormais aux touristes une collecte massive de données personnelles, jusqu’à fouiller plusieurs années de vie numérique. Cette évolution marque une rupture inquiétante, à la fois pour la vie privée des voyageurs et pour l’attractivité même des États-Unis comme destination touristique.
Tourisme : Si vous tenez à votre vie privée, n’allez pas aux USA

Depuis le 8 février 2026, les États-Unis ont engagé un durcissement inédit de leurs conditions d’entrée pour les voyageurs étrangers, notamment ceux relevant du programme d’exemption de visa. Cette décision, pilotée par le ministère américain de la Sécurité intérieure, place la question de la vie privée au cœur du débat touristique international, alors même que les États-Unis demeurent l’une des destinations les plus visitées au monde.
États-Unis : les touristes n’ont plus de vie privée
Désormais, entrer aux États-Unis pour un simple voyage touristique implique de livrer une quantité impressionnante d’informations personnelles. Selon Euronews, les voyageurs doivent déclarer l’ensemble de leurs activités sur les réseaux sociaux des cinq dernières années. Cette exigence concerne notamment les ressortissants français, pourtant habitués à des formalités allégées grâce à l’ESTA. Le tourisme vers les États-Unis se transforme progressivement en violation institutionnelle de la vie privée.
Mais ce contrôle ne s’arrête pas aux réseaux sociaux. Les autorités exigent également la communication de tous les numéros de téléphone utilisés sur cinq ans et de l’ensemble des adresses électroniques des dix dernières années. À cela s’ajoutent des informations détaillées sur les membres de la famille. Par conséquent, les États-Unis ne se contentent plus d’identifier les voyageurs, ils reconstituent leur environnement personnel, ce qui soulève de lourdes interrogations en matière de surveillance.
Ces exigences s’appliquent à des séjours touristiques de moins de 90 jours. Autrement dit, même un court séjour de tourisme aux États-Unis expose désormais les visiteurs à un niveau de contrôle comparable à celui de procédures migratoires lourdes. Les voyageurs qui tiennent à leur vie privée n’ont donc qu’un choix : ne pas se rendre aux Etats-Unis.
États-Unis et surveillance numérique : un dispositif jugé dangereux par les professionnels
Les autorités américaines justifient ces nouvelles règles par des impératifs sécuritaires. Selon Euronews, l’administration américaine explique vouloir protéger les États-Unis contre les « terroristes étrangers et autres menaces à la sécurité nationale », déclaration attribuée à l’administration Trump. Cependant, cette justification peine à convaincre de nombreux acteurs du tourisme, qui dénoncent une logique de contrôle généralisé des voyageurs.
Clubic précise en effet que les données collectées sont ensuite analysées par des algorithmes susceptibles de déclencher des contrôles supplémentaires à l’arrivée, voire un refus d’entrée sur le sol des États-Unis. Dès lors, le voyage devient imprévisible, soumis à des décisions automatisées, sans transparence réelle pour les voyageurs concernés. Autant ne pas risquer de se faire refouler et éviter d'envisager le voyage.
Du côté des professionnels, l’inquiétude est palpable. Business Travel News rapporte la position très critique de la Global Business Travel Association. Sa présidente, Suzanne Neufang, appelle à une approche plus équilibrée, estimant que la collecte massive de données personnelles n’a pas démontré son utilité sécuritaire. Selon elle, ces exigences risquent de créer des impacts économiques et opérationnels majeurs pour les déplacements professionnels vers les États-Unis, remettant en cause l’attractivité même de la destination.
Tourisme en recul : pourquoi éviter les États-Unis et privilégier d’autres destinations
Les conséquences de cette politique de surveillance commencent déjà à se faire sentir sur le tourisme international. Selon Air Journal, une étude citée par CNN évoque jusqu’à 4,7 millions de visiteurs internationaux en moins, soit une baisse potentielle de 23 % dans certaines catégories de voyageurs vers les États-Unis.
Le nombre total de visiteurs internationaux en 2025 n’aurait atteint qu’environ 70 millions, loin des 77 millions initialement espérés. En décembre 2025, le pays n’aurait accueilli que 3,2 millions de visiteurs, soit une baisse de 8 %, d’après les données du NTTO relayées par le média. Ces chiffres illustrent un décrochage progressif du tourisme vers les États-Unis, accentué par la perception d’un pays obsédé par le contrôle de ses visiteurs.
Les Français semblent avoir déjà pris position en faveur de leur vie privée. Une étude Ipsos menée fin 2025 indique que 57 % des citoyens français qui envisageaient un voyage aux États-Unis en 2026 hésitent désormais à le maintenir. La crainte d’une atteinte à la vie privée, combinée à la complexité croissante des démarches, pousse de nombreux voyageurs à reconsidérer leur destination. Dans ce contexte, d’autres pays apparaissent comme des alternatives plus respectueuses des libertés individuelles et du confort des touristes.
