Gigafactories : Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies jettent l’éponge

L’annonce est brutale et marque un coup d’arrêt à une ambition industrielle européenne stratégique. ACC, pilier du projet de souveraineté des batteries pour véhicules électriques, renonce définitivement à implanter des gigafactories en Italie et en Allemagne, révélant les fragilités d’une filière confrontée à une transition plus lente que prévu.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 9 février 2026 8h09
Gigafactories : Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies jettent l'éponge
© ACC
22,2 milliards d’eurosStellantis a enregistré 22,2 milliards d’euros de charges exceptionnelles en lien avec l’ajustement de sa stratégie électrique.

ACC renonce aux gigafactories en Italie et en Allemagne après deux ans d’incertitudes

Le 7 février 2026, ACC, la co-entreprise entre Stellantis, Mercedes-Benz et TotalEnergies dédie à la fabrication de batteries électriques, a officialisé l’abandon de ses projets de gigafactories à Termoli, en Italie, et à Kaiserslautern, en Allemagne. Cette décision, confirmée par des sources syndicales concordantes, illustre le réajustement stratégique d’ACC face à un marché européen du véhicule électrique en net ralentissement.

Depuis plusieurs mois déjà, ACC avançait avec prudence. Toutefois, le couperet est tombé. Selon le syndicat italien UILM, ACC a définitivement abandonné les projets de gigafactories prévus en Italie et en Allemagne, mettant fin à une phase d’attente ouverte dès mai 2024, rapporte Reuters. Cette décision intervient alors que ACC devait incarner le fer de lance industriel européen dans la production de batteries.

Par communiqué, ACC reconnaît que « les conditions préalables permettant la relance des projets […] ne sont pas réunies ». Cette déclaration acte l’impossibilité de redémarrer les investissements industriels lourds envisagés en Italie et en Allemagne, malgré plusieurs scénarios étudiés en interne.

Un projet européen fragilisé par le marché du véhicule électrique

À l’origine, le projet ACC devait permettre à l’Europe de réduire sa dépendance aux batteries asiatiques, notamment chinoises. En Italie, le site de Termoli devait être transformé en gigafactory stratégique, soutenue par des fonds publics et européens. En Allemagne, l’usine de Kaiserslautern devait compléter ce dispositif industriel continental. Pourtant, la réalité économique a rattrapé les ambitions initiales.

Il faut savoir la demande européenne de véhicules électriques a progressé moins rapidement que prévu, fragilisant l’équilibre financier du modèle industriel d’ACC. Dans ce contexte, Stellantis a dû annoncer une charge exceptionnelle de 22 milliards d’euros, liée à l’ajustement de sa stratégie électrique. Ce chiffre illustre l’ampleur du choc subi par l’ensemble de la filière automobile européenne.

Par ailleurs, le gouvernement italien avait déjà retiré environ 250 millions d’euros de fonds européens initialement destinés au projet de Termoli, en raison d’incertitudes persistantes sur le calendrier et la viabilité du site. Ce retrait a contribué à affaiblir encore davantage la perspective d’un redémarrage industriel crédible pour ACC dans la péninsule.

ACC recentre sa stratégie industrielle sur la France après l’échec italien et allemand

Face à ces renoncements, ACC choisit désormais la concentration plutôt que la dispersion. L’entreprise maintient son activité sur son site français de Billy-Berclau/Douvrin, dans le nord de la France, présenté comme le cœur opérationnel de sa stratégie industrielle. Ce recentrage vise à sécuriser les investissements existants tout en limitant l’exposition financière à de nouveaux projets lourds.

De son côté, Stellantis affirme suivre « de près la situation » et se dit mobilisé pour évaluer les conséquences industrielles et sociales de cette décision. L’enjeu est majeur, notamment pour les bassins d’emploi concernés en Italie et en Allemagne, où les projets de gigafactories devaient représenter des milliers d’emplois directs et indirects à moyen terme.

L’abandon par ACC de ces projets symbolise un tournant pour l’industrie européenne des batteries. Alors que la transition énergétique demeure un objectif stratégique, l’exemple d’ACC révèle combien la trajectoire industrielle dépend désormais étroitement de la dynamique réelle du marché, des soutiens publics et de la capacité des constructeurs à absorber les coûts d’une électrification plus lente que prévu.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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