La France, lanterne rouge en matière de transparence salariale

En France, seuls 36% des entreprises seraient prêtes face à la nouvelle réglementation européenne en matière de transparence salariale qui entrera en vigueur en juin 2026. En comparaison, 63% des entreprises en Espagne, 59% aux Pays-Bas y seraient d’ores et déjà prêtes, nous apprend le cabinet de conseil en ressources humaines Mercer dans sa dernière étude.

Anton Kunin
By Anton Kunin Published on 23 février 2026 6h00
La France, lanterne rouge en matière de transparence salariale
La France, lanterne rouge en matière de transparence salariale - © Economie Matin
36%Seuls 36% des entreprises françaises sont prêtes pour la transposition prochaine de la directive européenne sur la transparence salariale.

Transparence salariale : 1 entreprise sur 2 est prête en Europe, contre seule 1 sur 3 en France

La directive européenne relative à la transparence salariale, adoptée en mai 2023, devra être transposée d’ici le 7 juin 2026 au plus tard. Or, à l'approche de cette échéance, le diagnostic est mitigé : en moyenne européenne, seuls 48% des entreprises estiment être prêtes. Cette proportion est de 63% en Espagne, de 59% aux Pays-Bas, de 55% au Danemark et en Pologne, de 54% en Allemagne... mais de seulement 36% en France. C'est même inférieur à la moyenne européenne, qui est de 49%, nous apprend le cabinet de conseil en ressources humaines Mercer dans sa dernière étude.

Même dans certains pays non-européens, de nombreuses entreprises ont mis en place la transparence salariale : c'est le cas de la Suisse (60% des entreprises), des États-Unis (54%), du Canada (53%) et du Royaume-Uni (51%). Cette faible proportion d'entreprises françaises se déclarant prêtes surprend d'autant plus que 84% des répondants français à cette enquête appartiennent à des structures de plus de 1.000 salariés, et 83% sont des multinationales.

Transparence salariale : un impératif économique sous la pression des salariés

Cette dynamique ne vient pas uniquement des textes européens - elle correspond aussi aux attentes des salariés et candidats. En France, 61% des candidats considèrent la transparence salariale comme un critère déterminant dans leur choix d’employeur, tandis que 59% des salariés attendent une communication claire sur leur rémunération, peut-on lire dans la même étude. Dès lors, la transparence salariale devient un facteur d’attractivité, mais également un levier de fidélisation. En outre, elle influence directement la perception d’équité et la gestion des avantages sociaux.

À l’échelle mondiale, 56% des entreprises interrogées par Mercer citent l’engagement des salariés comme moteur principal de leur stratégie de transparence salariale, et 55% évoquent la compétitivité sur le marché comme moteur principal. Pourtant, seuls 13% des employeurs mènent des enquêtes spécifiques pour comprendre la perception des salariés sur leur rémunération... même si 55% des entreprises mobilisent leurs dirigeants sur ce sujet et 38% forment leurs managers. Néanmoins, la capacité à partager des données concrètes sur les écarts salariaux et à expliquer les politiques de rémunération reste encore limitée, constate Mercer.

Des stratégies encore inachevées malgré des outils plus sophistiqués

Sur le plan stratégique, 77% des organisations dans le monde disposent d’une démarche de transparence salariale en cours d’élaboration ou déjà définie. Toutefois, seulement 14% au niveau mondial, et 9% en Europe, l’ont totalement déployée. Ainsi, la plupart des entreprises se trouvent dans une phase intermédiaire, entre intention et mise en œuvre. Quant aux multinationales ayant leur siège en France, 44% ont adopté des standards minimums dépassant même les obligations légales, alors que 23% misent sur une politique différente pays par pays.

Cette étude de Mercer nous apprend par ailleurs que les outils d’analyse se généralisent. Ainsi, 43% des organisations utilisent des systèmes formels d’évaluation des postes ou des méthodes à points afin d’anticiper les exigences de transparence salariale, et 42% s’appuient sur d’autres processus. Enfin, parmi les très grandes entreprises comptant plus de 50.000 salariés, 75% recourent à des prestataires externes pour analyser l’équité salariale.

Anton Kunin

Après son Master de journalisme, Anton Kunin a rejoint l'équipe d'ÉconomieMatin, où il écrit sur des sujets liés à la consommation, la banque, l'immobilier, l'e-commerce et les transports.

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