Les trottinettes sans assurance vous coûtent très cher

Deux tiers des 3 millions de trottinettes électriques en circulation ne sont pas assurées, malgré l’obligation légale depuis 2019. Résultat : 132 millions d’euros d’indemnisations payés en 2024 par les automobilistes via le FGAO, financé par leurs primes d’assurance. Une facture invisible qui pèse sur le budget des ménages français.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 6 juillet 2026 8h32
Trottinettes Electriques Paris Code De La Rue
Les trottinettes sans assurance vous coûtent très cher - © Economie Matin
750 EUROSL'amende forfaitaire pour non-assurance pour une trottinette électrique est de 750 euros

Vous payez chaque mois votre assurance automobile en espérant ne jamais l'utiliser. Mais savez-vous que 132 millions d'euros de vos primes financent les accidents causés par des conducteurs de trottinettes électriques qui, eux, ne sont pas assurés ? Depuis 2019, la loi l'exige pourtant, mais deux tiers des 3 millions de trottinettes en circulation échappent à cette obligation. Un transfert de coûts invisible qui pèse directement sur le budget des ménages français.

La facture invisible : 132 millions d'euros payés par les automobilistes en 2024

En 2024, le Fonds de garantie des assurances obligatoires de dommages (FGAO) a versé 132 millions d'euros pour indemniser les victimes d'accidents causés par des conducteurs non assurés. Une somme en hausse de 25% depuis 2018. Parmi ces dossiers, 818 victimes ont été blessées par des trottinettes électriques non assurées, un chiffre en progression de 8% sur un an. Julien Rencki, directeur général du FGAO, alerte : « La non-assurance est un fléau pour la collectivité, qui en assume l'essentiel du coût via la contribution prélevée sur l'ensemble des assurés automobiles. »

D'où vient cet argent ? Le mécanisme du FGAO expliqué

Créé en 1951, le FGAO intervient lorsqu'un accident corporel implique un véhicule non assuré. Son rôle : indemniser rapidement les victimes, puis se retourner contre le responsable pour récupérer les sommes versées. Mais ce fonds ne fonctionne pas avec un budget propre. Il se finance exclusivement via une contribution prélevée sur chaque prime d'assurance automobile souscrite en France. Concrètement, chaque automobiliste assuré participe au financement des accidents provoqués par des conducteurs qui refusent de respecter l'obligation légale d'assurance.

Quel surcoût pour votre prime d'assurance automobile ?

Bien que les assureurs ne détaillent pas publiquement la part exacte de la contribution FGAO dans les primes, l'augmentation de 25% des indemnisations depuis 2018 se répercute mécaniquement sur les tarifs. Plus le FGAO verse d'argent, plus la contribution demandée aux assurés augmente. Avec 3 millions de trottinettes en circulation et 66,7% d'entre elles non assurées, la tendance ne peut que s'aggraver. Les automobilistes financent ainsi un système où certains usagers de la route échappent totalement à leurs obligations légales.

L'obligation légale depuis 2019 : pourquoi elle ne s'applique pas

Depuis 2019, les trottinettes électriques sont classées comme Engins de Déplacement Personnel Motorisés (EDPM) et soumises à l'obligation d'assurance responsabilité civile. L'amende forfaitaire pour non-assurance s'élève à 750 euros, pouvant atteindre 3 750 euros en cas de récidive, avec confiscation possible de l'engin. Pourtant, aucun système d'immatriculation ou de fichier centralisé n'existe pour ces véhicules. Résultat : les contrôles restent impossibles à réaliser de manière systématique, contrairement aux automobiles dont les plaques permettent une vérification instantanée.

Une assurance trottinette coûte moins cher que vous ne le pensez

L'ironie de la situation tient en un chiffre : une assurance pour trottinette électrique coûte entre 5 et 15 euros par mois. Certains contrats d'assurance habitation incluent même automatiquement cette garantie. Pour moins de 180 euros par an, un utilisateur peut rouler en toute légalité et protéger financièrement les personnes qu'il pourrait blesser. Pourtant, deux tiers des propriétaires préfèrent économiser cette somme modique, reportant le risque financier sur la collectivité des automobilistes assurés.

Les chiffres qui expliquent pourquoi vous payez pour les autres

66,7% des trottinettes non assurées : l'ampleur du problème

Sur les 3 millions de trottinettes électriques circulant en France, 2 millions roulent sans aucune couverture d'assurance. Les EDPM représentent désormais 8,3% des accidents corporels non assurés pris en charge par le FGAO, se plaçant en deuxième position après les voitures. Plus significatif encore : Julien Rencki précise que « les trottinettes électriques pèsent plus lourd que les deux-roues (motos, scooters) dans les accidents non assurés ». Un renversement de situation qui s'explique par l'explosion du nombre d'utilisateurs et l'absence totale de contrôle préventif.

Hausse de 25% des indemnisations depuis 2018 : une tendance qui s'accélère

Les 132 millions d'euros versés en 2024 marquent une progression constante. Entre 2018 et 2024, les indemnisations totales du FGAO ont augmenté d'un quart. Cette hausse s'explique par trois facteurs : la multiplication des trottinettes en circulation, l'augmentation des accidents impliquant ces engins, et la gravité croissante des blessures. Certaines trottinettes débridées atteignent 70 km/h, soit trois fois la limite légale de 25 km/h. Plus la vitesse augmente, plus les chocs sont violents, et plus les indemnisations grimpent. Un cercle vicieux dont la facture finale revient aux automobilistes respectueux de leurs obligations.

Les conséquences financières pour les conducteurs responsables d'accidents

Une dette pouvant s'étendre sur toute une vie

Le FGAO indemnise les victimes rapidement, mais ne renonce jamais à récupérer les sommes versées. Le conducteur non assuré responsable d'un accident devient débiteur de l'intégralité des montants : frais médicaux, indemnités journalières, préjudices moraux, aménagement du domicile en cas de handicap. Célandine Rigoulot, avocate, témoigne : « On peut se retrouver avec une dette de toute une vie. Des gens se retrouvent avec leur salaire ponctionné dans une vie précaire. » Lorsqu'un accident provoque un handicap permanent, les indemnisations peuvent dépasser le million d'euros. Une dette qu'un jeune utilisateur de trottinette mettra des décennies à rembourser, avec des saisies sur salaire pouvant atteindre le tiers de ses revenus.

Les amendes : 750 euros minimum, jusqu'à 3 750 euros en cas de récidive

Au-delà de la dette civile, le conducteur non assuré risque des sanctions pénales. L'amende forfaitaire de 750 euros s'applique dès le premier contrôle. En cas de récidive, elle peut atteindre 3 750 euros, assortie d'une confiscation de l'engin. En 2025, 268 000 procès-verbaux ont été dressés pour non-assurance, soit une hausse de 76% en un an. Mais ces sanctions restent insuffisantes face à l'ampleur du phénomène. Sans système d'immatriculation permettant un contrôle automatisé, la probabilité d'être verbalisé reste faible, entretenant un sentiment d'impunité chez les utilisateurs non assurés.

La non-assurance massive des trottinettes électriques révèle une faille majeure du système français : l'absence de contrôle effectif sur ces véhicules motorisés. Pendant que les automobilistes financent les accidents des autres via leurs primes d'assurance, la question d'une immatriculation obligatoire ou d'une inclusion automatique de la garantie EDPM dans les contrats d'assurance habitation se pose avec urgence. Sans réforme structurelle, les 132 millions d'euros de 2024 ne seront qu'un début. Pour en savoir plus sur l'ampleur du problème, consultez notre analyse sur les deux millions de trottinettes circulant sans assurance.

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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