VIH : la France rembourse la PrEP injectable mais son accès reste limité

Malgré l’arrivée depuis février 2026 d’un traitement injectable dans la prévention du VIH entièrement remboursé, de nombreuses personnes susceptibles d’en bénéficier ignorent encore l’existence de la PrEP ou peinent à y accéder. Face à ce constat, le Conseil national du sida et des hépatites virales appelle à multiplier les occasions de proposer ce dispositif préventif afin de réduire les inégalités persistantes dans la lutte contre le VIH.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 1 juin 2026 18h30
VIH : la France rembourse la PrEP injectable mais son accès reste limité
VIH : la France rembourse la PrEP injectable mais son accès reste limité - © Economie Matin

Le 1er juin 2026, le Conseil national du sida et des hépatites virales (CNS) a alerté sur les difficultés d’accès à la prophylaxie pré-exposition, plus connue sous le nom de PrEP, dans la prévention du VIH. Disponible en France depuis 2016 sous forme orale et depuis février 2026 sous forme injectable à longue durée d’action, cette stratégie demeure insuffisamment connue alors même qu’elle bénéficie d’une prise en charge intégrale par l’Assurance maladie.

Une prévention encore freinée par les inégalités d’accès aux traitements

Selon les constats du CNS, la PrEP reste « peu connue et inégalement accessible », malgré une décennie de disponibilité sur le territoire français. L’instance estime qu’une partie importante des personnes exposées au VIH ne reçoit toujours pas une information adaptée concernant cet outil préventif. Dans un précédent avis consacré à la prévention du VIH, le Conseil soulignait déjà qu’une partie des personnes concernées demeurait « maintenue à l’écart du bénéfice de l’outil faute d’information sur son existence », selon un document officiel publié par le CNS le 15 avril 2021.

La situation apparaît d’autant plus paradoxale que les traitements préventifs contre le VIH se sont diversifiés. La PrEP orale repose historiquement sur une combinaison d’antirétroviraux prise quotidiennement ou à la demande. Toutefois, depuis février 2026, une nouvelle option injectable est désormais disponible en France. Cette évolution marque une étape importante dans la prévention du sida et du VIH, notamment pour les personnes rencontrant des difficultés avec une prise régulière de comprimés.

D’après la Direction générale de la santé, l’arrivée du cabotégravir injectable constitue « une innovation majeure qui vient compléter les outils de prévention » et représente un levier supplémentaire vers l’objectif d’élimination du VIH d’ici 2030, selon un communiqué publié le 29 mai 2026. Ce traitement, commercialisé sous le nom d’Apretude, repose sur une injection intramusculaire administrée tous les deux mois après une phase initiale de mise en route.

VIH : la PrEP injectable ouvre une nouvelle étape dans les traitements préventifs

La France est devenue le premier pays de l’Union européenne à prendre en charge à 100 % cette nouvelle forme de prévention du VIH. Selon la DILCRAH, l’arrêté gouvernemental du 26 février 2026 permet le remboursement intégral du traitement à partir du 2 mars 2026.

L’efficacité du dispositif suscite de fortes attentes parmi les spécialistes du sida. « C’est un progrès et c'est un nouvel outil efficace dans la prévention diversifiée contre le VIH », a déclaré la docteure Valerie-Anne Letembet dans un entretien accordé à Sida Info Service le 24 février 2026. La praticienne précisait également : « Il s’agit d’une injection intramusculaire de cabotegravir à faire tous les 2 mois et qui permet de ne pas se contaminer par le VIH. »

La Haute Autorité de santé rappelle que ce protocole nécessite deux injections initiales espacées d’un mois, puis une administration tous les deux mois. Cette alternative vise particulièrement les personnes pour lesquelles la PrEP orale s’avère difficile à suivre ou contre-indiquée. Selon les recommandations de la HAS publiées le 6 août 2024, le cabotégravir injectable peut être proposé lorsque la PrEP orale ne peut être utilisée efficacement.

Les données disponibles montrent également l’ampleur des enjeux d’accessibilité. D’après la Direction générale de la santé, les femmes ne représentent actuellement que 6 % des personnes bénéficiant de la PrEP en France. Ce chiffre illustre les disparités persistantes dans l’accès aux traitements de prévention du VIH. Les autorités sanitaires identifient aussi comme publics insuffisamment couverts les personnes éloignées du système de soins, les populations précaires ou encore celles qui souhaitent une protection plus discrète.

Le CNS veut élargir les opportunités de prescription

Au-delà de l’innovation thérapeutique, le débat porte désormais sur les modalités d’accès. Le CNS plaide pour une approche beaucoup plus large de la prévention du VIH. L’objectif consiste à proposer la PrEP à « toutes et tous » lorsqu’une situation d’exposition potentielle est identifiée.

Cette position rejoint plusieurs recommandations formulées ces dernières années. Dans son avis de référence publié en 2021, le Conseil national du sida estimait déjà que la PrEP devait être considérée comme un outil de prévention pouvant bénéficier « à toute personne à différents moments de la vie pour se protéger du VIH ».

Les associations engagées dans la lutte contre le sida insistent également sur la nécessité de mieux faire connaître les traitements existants. L’association AIDES rappelle que la PrEP s’adresse aux personnes qui ne vivent pas avec le VIH et qu’elle constitue aujourd’hui l’un des piliers de la prévention combinée. Celle-ci associe également le dépistage régulier, le préservatif, le traitement post-exposition ainsi que le traitement des personnes séropositives permettant d’empêcher la transmission du virus.

Les enjeux dépassent d’ailleurs la seule question médicale. Selon Sida Info Service, une injection d’Apretude représente un coût de 828,75 euros, tandis que certaines estimations évoquent un prix public supérieur à 1 300 euros par injection avant négociations avec l’Assurance maladie. Malgré ces montants élevés, la prise en charge intégrale vise précisément à supprimer les obstacles financiers à la prévention du VIH.

Pour les spécialistes, la prochaine étape réside désormais dans la diffusion de l’information auprès du grand public et des professionnels de santé. Si les nouveaux traitements offrent des perspectives inédites contre le VIH, leur impact dépendra largement de leur appropriation par les populations concernées. C’est précisément sur ce point que le Conseil national du sida entend accentuer la pression auprès des pouvoirs publics afin que la prévention du VIH ne reste pas réservée aux publics déjà familiarisés avec ces dispositifs.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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