Une étude publiée en juillet 2025 par le Forum Vies Mobiles, réalisée en partenariat avec le Laboratoire Aménagement Économie Transports (LAET), dresse un état des lieux chiffré du coût global du système automobile en France. Cette recherche actualise les données disponibles, élargit le périmètre d’analyse et met en lumière des postes de dépenses jusqu’ici peu visibles. Résultat : le système automobile représenterait 305 milliards d’euros par an, soit plus de 10 % du PIB français.
305 milliards par an : le vrai coût de la voiture en France

La voiture coûte un pognon de dingue à la France
L’étude publiée en juillet 2025 repose sur une double approche. D’une part, elle met à jour les données de référence issues d’une précédente évaluation du Commissariat général au développement durable (CGDD), datant de 2020 mais basée sur les chiffres de 2015. À périmètre constant, le coût du système automobile est passé de 190 milliards d’euros en 2015 à 230 milliards en 2023, soit une hausse de 19 %, légèrement supérieure à l’inflation cumulée sur la période (environ 17,5 %).
D’autre part, l’étude propose un élargissement du périmètre d’analyse, en intégrant des dimensions absentes des estimations antérieures : congestion, stationnement à domicile, aides publiques, dégradation des écosystèmes ou encore coûts liés aux permis de conduire. Ces ajouts font passer le coût total à 305 milliards d’euros en 2023, soit environ 836 millions d’euros par jour.
La répartition des coûts de voiture : usagers, pouvoirs publics, société
Les usagers — ménages, entreprises et administrations — sont les principaux contributeurs, avec 210 milliards d’euros par an, soit près de 70 % du total. Les collectivités et l’État financent environ 26 milliards, tandis que les externalités supportées par la société (pollution, bruit, insécurité, émissions de CO₂) représentent 69 milliards d’euros.
À l’échelle individuelle, cela correspond à un coût moyen annuel de 8 530 euros par véhicule :
- 5 900 euros pour le propriétaire,
- 730 euros pour les dépenses publiques,
- 1 900 euros pour les coûts indirects pesant sur la collectivité.
Les carburants : premier poste de dépense pour la voiture
L’étude détaille précisément l’évolution des différents postes de coûts entre 2015 et 2023.
- Carburants : La dépense est passée de 34,5 à 55,2 milliards d’euros, en dépit d’un léger recul du trafic routier. La hausse s’explique notamment par l’inflation des prix pétroliers.
- Entretien et assurance : Les frais d’entretien ont augmenté sous l’effet du vieillissement du parc automobile. Les primes d’assurance ont progressé de 33 %, soit le double de l’inflation.
- Achat de véhicules : Le coût global des acquisitions a légèrement reculé (de 45,6 à 42,1 milliards d’euros), du fait d’une baisse du nombre d’achats, malgré un coût unitaire moyen élevé.
- Externalités : L’insécurité routière reste le poste le plus lourd. En 2023, le CO₂ devient la deuxième externalité la plus coûteuse après la réévaluation de sa valeur monétaire.
Des coûts longtemps invisibilisés
L’un des apports notables de cette recherche réside dans l’intégration de postes jusque-là rarement pris en compte :
- Congestion routière : 29 milliards d’euros par an (source : Commission européenne).
- Stationnement à domicile : 28,5 milliards d’euros, valorisés sur la base du foncier résidentiel immobilisé.
- Aides publiques à l’automobile : 5,7 milliards d’euros, incluant bonus écologique, barème kilométrique, chèque carburant.
- Dégradation des écosystèmes : 3,9 milliards d’euros.
- Stationnement public hors voirie : 2,3 milliards d’euros.
- Permis de conduire : 2 milliards d’euros.
À noter que le coût sanitaire du bruit est évalué à 3,8 milliards d’euros dans l’étude, contre plusieurs dizaines de milliards selon l’ADEME. Les auteurs reconnaissent avoir systématiquement retenu les hypothèses basses lorsqu’il subsistait des incertitudes.
L’étude pointe également les contradictions de la politique publique. En 2023, les deux mesures jugées non écologiques (barème kilométrique et chèque carburant) représentaient une charge budgétaire plus importante que les cinq dispositifs en faveur de la transition automobile. La seule perte fiscale liée au barème kilométrique est estimée à 3,1 milliards d’euros.
Le Forum Vies Mobiles conclut à la nécessité de repenser le modèle de mobilité dominant en France. Il plaide pour un débat démocratique élargi, chiffré et transparent. Un rapport complémentaire prévu pour septembre 2025 explorera les alternatives possibles, jugées moins coûteuses, plus écologiques et plus inclusives.
