Western Digital et Microsoft recyclent les disques durs pour sauver les terres rares

L’extraction minière devient essentielle. C’est pourquoi Microsoft prend un virage aussi inattendu que stratégique. Le 17 avril 2025, le groupe a annoncé, aux côtés de Western Digital, le lancement d’un ambitieux programme de recyclage des disques durs provenant de vieux serveurs en fin de vie. Objectif : récupérer jusqu’à 90 % des terres rares contenues dans les dispositifs usagés des centres de données, sans passer par la case Chine.

Stephanie Haerts
By Stéphanie Haerts Published on 24 avril 2025 16h30
Western Digital et Microsoft recyclent les disques durs pour sauver les terres rares
Western Digital et Microsoft recyclent les disques durs pour sauver les terres rares - © Economie Matin

Microsoft s’attaque aux décharges : priorité au recyclage des disques durs

On l’oublie souvent, mais les disques durs mécaniques (HDD) restent l’épine dorsale de l’infrastructure numérique mondiale. Même si les SSD (Solid-State Drives) ont envahi les ordinateurs personnels, les centres de données dépendent encore largement des HDD. Et c’est précisément là que le bât blesse : à leur retrait, ces composants sont massivement détruits, broyés… et oubliés.

Les aimants en néodyme, praséodyme ou dysprosium finissent leur course dans les décharges, malgré leur valeur critique dans la fabrication d’éoliennes ou de moteurs électriques. C’est pour briser cette spirale que Western Digital, associé à Microsoft, Critical Materials Recycling (CMR) et PedalPoint Recycling, a mis au point un système de tri avancé et de récupération écoresponsable, baptisé Advanced Recycling and Rare Earth Material Capture Program.

Western Digital mise sur l'autonomie stratégique américaine

Le cœur du dispositif se joue sur le territoire américain. Microsoft fournit les disques issus de ses centres de données. PedalPoint se charge du broyage et du tri. Puis, entre en scène CMR, qui applique une technologie de recyclage sans acide, basée sur un sel de cuivre. Résultat : une extraction des oxydes de terres rares à 99,5 % de pureté, sans les dommages environnementaux liés aux procédés chimiques traditionnels. Jackie Jung, vice-présidente stratégie et développement durable chez Western Digital, l’affirme sans détour dans un communiqué : « Cette initiative établit une nouvelle norme dans la gestion des dispositifs de stockage en fin de vie. »

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Lors de la phase pilote, plus de 22 000 kg de matériaux électroniques ont été détournés de la mise en décharge. Et environ 80 % de la masse totale a pu être récupérée pour intégration dans la chaîne d’approvisionnement américaine. Au-delà des terres rares, ce sont aussi l’or, le cuivre, l’aluminium et l’acier qui reviennent dans le circuit.

Microsoft, entre écologie et souveraineté

Microsoft, partenaire fondateur de l’initiative, y voit une pierre angulaire de sa stratégie circulaire. Chuck Graham, vice-président de la chaîne d’approvisionnement et du développement durable chez Microsoft, souligne dans des propos rapportés par TechSpot : « Les disques durs sont vitaux pour notre infrastructure cloud. Ce projet prouve qu’une gestion durable et économiquement viable de leur fin de vie est possible. ».

Loin de se limiter à un geste vertueux, ce projet illustre un rééquilibrage géopolitique crucial : aujourd’hui, plus de 85 % de la production mondiale de terres rares provient de Chine. Or, les tensions commerciales croissantes ont déjà engendré des restrictions à l’exportation. Miser sur un circuit fermé 100 % américain n’est plus une utopie, c’est un impératif stratégique.

Une démarche pionnière, un modèle exportable ?

Développée initialement dans les laboratoires du Critical Materials Innovation Hub (Ames National Laboratory), la technologie ADR (Acid-free Dissolution Recycling) a été portée au niveau industriel en à peine huit ans. Un exploit salué dans la communauté scientifique et qui pourrait, à terme, servir de référence mondiale.

Les projections sont édifiantes : selon le Financial Times, les 70 millions de serveurs présents dans les 23 000 centres de données mondiaux génèrent une montagne de déchets électroniques, appelés à atteindre 75 millions de tonnes d’ici 2030. Western Digital ne cache pas ses ambitions : « Ce programme est désormais en phase d’expansion auprès de plusieurs clients hyperscale », a déclaré Jackie Jung à Tom’s Hardware.

Stephanie Haerts

Rédactrice dans la finance et l'économie depuis 2010. Après un Master en Journalisme, Stéphanie a travaillé pour un courtier en ligne à Londres où elle présentait un point bourse journalier sur LCI. Elle rejoint l'équipe d'Économie Matin en 2019, où elle écrit sur des sujets liés à l'économie, la finance, les technologies, l'environnement, l'énergie et l'éducation.

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