Le CAC 40 de moins en moins tricolore

De plus en plus de patrons du Cac 40 partent de France alors que 43%
des entprises cotées françaises sont détenues par des étrangers.

À l'image de Chris Viehbacher, directeur général de Sanofi, qui a déménagé aux Etats-Unis, de plus en plus de dirigeants du CAC 40 quittent discrètement la France. Même si elle n'est pas officiellement la raison première, la fiscalisation reste une des causes de ces expatriations. Retour sur un phénomène de plus en plus important.


« Ces déplacements sont très préoccupants. Le phénomène est occulté car les principaux intéressés ne veulent pas s'afficher et le gouvernement n'a pas envie que cela se sache. Mais il y a danger car ces départs sont, pour la plupart, irréversibles » a déclaré un patron du CAC 40 résidant toujours en France.

Effectivement, même s'ils ne sont pas médiatisés, un grand nombre de dirigeants du CAC 40 vivent désormais hors de France. C'est d'ailleurs le cas chez Danone, Air Liquide, Essilor ou encore Kering. Ce phénomène a une conséquence non négligeable : le centre décisionnel des multinationales françaises se tourne de plus en plus vers l'étranger. « La direction des groupes est de plus en plus éclatée géographiquement » a d'ailleurs témoigné un chasseur de têtes spécialiste de ce phénomène.

Les dirigeants qui franchissent le pas en premier sont en majeure partie des étrangers travaillant pour des groupes français. En effet, ce qui freine beaucoup les patrons de nationalité française c'est le procès d'intention auquel ils s'exposent s'ils décident de quitter leur pays. On se souvient notamment de la polémique au moment du départ de Bernard Arnault, PDG du groupe LVMH pour la Belgique.

Pour certains groupes, le meilleur choix a été d'expatrier les numéros deux ou trois gardant ainsi le PDG en France et de ce fait, conservant leur image. C'est d'ailleurs le cas chez Dassault Systèmes ou le directeur général Bernard Charlès réside toujours en France alors que ses deux plus proches collaborateurs résident à Shanghaï et à Boston. Certains groupes ont choisi d'envoyer leurs dirigeants en Asie, une destination qui est beaucoup plus facile à justifier car elle reste le moteur de la croissance mondiale.

Mais les équipes leur emboitent aussi de plus en plus souvent le pas. Ainsi, après le déménagement de Jean-Pascal Tricoire, PDG de Schneider Electric, à Hongkong, le groupe a-t-il intensifié son "éclatement" à l'international. Il compte aujourd'hui 160 000 salariés répartis dans 100 pays. De même, la division énergie thermique d'Alstom, représentant 45 % du CA du groupe, est aujourd'hui dirigée depuis Baden, en Suisse.

Par ailleurs, les plus grands groupes français transfèrent, petit à petit, leur siège social à l'étranger. « Juste avant l'élection de François Hollande, de nombreux groupes du CAC 40 ont étudié un transfert de leur siège hors de France. Mais ils se sont rendus compte que c'était très compliqué. Alors ils préfèrent délocaliser progressivement des dirigeants et certaines fonctions » explique d'ailleurs un fiscaliste.

Une question se pose : que faire pour garder les sièges de nos grands groupes en France ? Un départ serait fatal pour notre économie. Le gouvernement a récemment lancé plusieurs mesures pour relancer la croissance et a concédé certains avantages aux entreprises mais force est de constater que cela n'empêchera pas nos plus grands groupes de partir à l'étranger. La France doit retrouver sa compétitivité et rester attractive afin de garder ses entreprises mais aussi dans le but de renouer avec les investissements étrangers.


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