Mondiaux d'Athlétisme : trop chaud, pas assez de show et un voeu

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Les retransmissions en soirée des mondiaux d'athlétisme sur France
Télévision n'ont pas attiré plus de 2 millions de téléspectateurs.

Les mondiaux d'athlétisme, qui se sont déroulés du vendredi 27 septembre au dimanche 6 octobre 2019 au Qatar ont été un véritable fiasco tant sur le plan sportif que médiatique… en France. Premier argument apporté : nos tricolores n'ont pas été performants avec seulement deux médailles et pas de titre. Seuls Quentin Bigot au marteau (argent) et Pascal Martinot-Lagarde sur 110 mètres haies (bronze) sont montés sur le podium.

Les déceptions ont été nombreuses avec notamment trois anciens champions du monde totalement en échec : abandon de Yohan Diniz lors du 50 kilomètres marche, abandon sur blessure de Kevin Mayer, alors qu'il était en tête du décathlon et élimination de Renaud Lavillenie à la perche. Les Français n'ont donc pas été au niveau, certes, mais est-ce nouveau ? Au bilan, la France se classe 24e, loin derrière les États-Unis (29 médailles dont 14 en or). Lors des derniers championnats du monde, à Londres, les Bleus n'avaient remporté que cinq médailles, mais trois en or et ça change tout, notamment au classement (4e en 2017).

Un bide médiatique

Un bide sportif donc, mais surtout un fiasco médiatique puisque aucune soirée de France 2 et France 3 n'a dépassé la barre des 2 millions de téléspectateurs. Est-ce que pour autant on doit y voir un lien de cause à effet ? Pas sûr, puisque les amoureux du sport sont habitués à voir les autres nations dominer la France en athlétisme. Et difficile de prévoir les mauvais résultats avant les courses... Mais la première médaille est tombée dans l'escarcelle française au bout de cinq jours de compétition, lassant certains. Le fait de diffuser ces programmes en prime time face à des épisodes de séries inédits peut en revanche jouer dans cette désaffection du grand public et l'expliquer davantage.

En outre, cette compétition a généralement lieu en plein période estivale, où les téléspectateurs ont moins de choix et préfèrent se prélasser devant des sportifs en plein effort. Ces 17e championnats du monde d'athlétisme ont été décalés fin septembre – début octobre pour des raisons climatiques. Et, force est de constater que cette période est moins propice aux fortes audiences avec le temps du retour au bureau et de la rentrée scolaire. Si l'on ajoute de mauvais résultats sportifs des Français, la boucle est bouclée.

À la recherche d'une nouvelle star

Autre explication, l'absence de grandes stars. Avec la retraite de Usain Bolt, l'athlétisme se cherche de nouvelles têtes d'affiche. Moins de show donc avec seulement deux championnes à plus d'un million de followers sur les réseaux sociaux alors que le Jamaïcain peut se targuer de compter 5 millions de fans sur Twitter et plus de 18 millions sur Facebook. La nouvelle génération prend gentiment le pouvoir mais sans grand coup d'éclat. Le nouveau champion du monde du 100 mètres, l'Américain Christian Coleman est encore peu connu du grand public.

Dans une inversion des rôles par rapport à 2017, Coleman (9.76) a devancé son compatriote tenant du titre Justin Gatlin qui remporte l'argent à 37 ans (9.89). Le Canadien Andre de Grasse décroche le bronze (9.90), confirmant la suprématie du continent américain sur le sprint depuis la retraite de Bolt. Mais Coleman a simplement confirmé l'évidence puisqu'il est le meilleur sprinteur sur la ligne droite depuis deux ans. L'Américain de 23 ans, est en effet l'homme le plus rapide du monde depuis deux saisons (9.79 en 2018, 9.76 donc en 2019), recordman du monde du 60 m (6.34 en 2018), jeune (23 ans). Mais pas de quoi attirer les foules...

Le Qatar, un choix discutable

Quid des conditions climatiques dont on a énormément parlé, notamment pour expliquer le manque d'engouement et les défections françaises ? « On nous prend pour des cons », avait dit Diniz avant même qu'il n'abandonne lors du 50 kilomètres marche. Est-ce vraiment la première fois que les sportifs sont exposés à des conditions extrêmes ? Pourtant les courses ont été décalées, mais à l’instar de notre épisode de canicule, même à minuit à Doha, il faisait cette année plus de 32 degrés, et le taux d'humidité s'est élevé à 75 %, le ressenti étant de plus de 40 degrés. Quant au stade qui accueillait la compétition, il était climatisé. Alors pourquoi avoir organisé ces championnats au Qatar ?

Pour des raisons géopolitiques, sans conteste. Il est normal que chaque continent et chaque partie du monde puisse enfin accueillir des compétitions sportives comme lorsque l'Afrique du Sud a organisé la Coupe du monde de rugby (qu'elle a remporté) et la Coupe du monde de football. Pour des raisons économiques évidemment puisque les fédérations internationales empochent de grosses sommes. Tous ceux qui ont voté pour le Qatar vont percevoir des gains liés à cette compétition via des mécanismes de redistribution de l’IAAF. Ce n'est pas un phénomène nouveau. Évidemment, on peut regretter la corruption (comme trop souvent) et les morts de travailleurs immigrés sur les chantiers (comme une histoire qui se répète malheureusement), mais ne faudrait-il pas surtout impliquer davantage les sportifs dans ces décisions ? Après tout, ce sont les premiers concernés. Et on le voit dans les dossiers de candidature aux JO notamment. Aujourd'hui, les sportifs sont partie prenante, mais surtout pour l'image. Faisons un simple vœu : associons davantage les athlètes au choix des pays hôtes, il y aurait moins de risques encourus par ceux qui font vivre les compétitions, ceux qui font le spectacle. Pour rappel, 28 participantes sur 70 ont abandonné lors du marathon féminin.


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