3 500 milliards : la France a choisi de couler

La dette publique française vient de franchir le seuil symbolique des 3 500 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Un record. Une honte. Et surtout, un choix — car personne ne nous a forcés à en arriver là.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 26 juin 2026 5h43
Collectivités locales : une épargne restaurée, mais un investissement de plus en plus financé par la dette
3 500 milliards : la France a choisi de couler - © Economie Matin
117,5%Le ratio dette/PIB de la France en juin 2026 atteint 117,5 %

, un niveau historiquement inédit, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro.

Un demi-siècle de déni organisé

Il y a cinquante ans, en 1975, la France était une puissance prospère, industrielle, respectée. Elle affichait des finances publiques à peu près saines et une économie parmi les plus dynamiques du monde occidental. Cinquante ans plus tard, nous voilà avec une ardoise de 3 500 milliards d'euros — soit environ 52 000 euros par Français, nouveau-nés compris.

La Cour des comptes, institution aussi courageuse dans ses rapports qu'impuissante dans ses conclusions, appelle à "une prise de conscience et des réponses rapides". Belle formule. Sauf que cette même Cour des comptes alerte depuis trente ans, et que chaque gouvernement, de droite comme de gauche, a consciencieusement choisi d'ignorer ses avertissements. Pourquoi ? Parce que dépenser l'argent que l'on n'a pas, c'est rentable électoralement. Pas dépenser, c'est suicidaire politiquement. Voilà la vérité nue que personne n'ose dire dans les palais de la République.

Force est de constater que ce n'est pas une fatalité économique qui nous a conduits ici. C'est une accumulation de lâchetés politiques, de promesses financées par la dette, de niches fiscales achetées contre des votes, de services publics jamais réformés. Cinquante décisions mauvaises, prises sur cinquante ans. Un choix, répété chaque année.

L'effet boule de neige, ou la spirale du condamné

Ce qui me préoccupe aujourd'hui encore plus que le chiffre brut, c'est la dynamique. On parle désormais ouvertement d'"effet boule de neige" : nos intérêts de dette augmentent plus vite que notre croissance. Autrement dit, même si nous décidions demain de ne plus creuser le déficit, la dette continuerait de grossir toute seule.

La Banque de France évoque prudemment un "scénario positif" lié à la baisse du pétrole et à quelques accalmies géopolitiques. Bien. Mais un scénario positif conjoncturel ne règle pas un problème structurel vieux de cinquante ans. C'est comme se réjouir d'un rayon de soleil quand le toit de la maison s'effondre.

Regardons nos voisins sans complexe : l'Allemagne tourne autour de 63 % de dette rapportée au PIB. Les Pays-Bas à 46 %. La Suisse, modèle de sobriété budgétaire que l'on cite rarement pour ne pas rougir, est en dessous de 40 %. Ces pays ne se privent pas de financer leur santé, leur éducation, leurs infrastructures. Ils le font simplement avec de l'argent qu'ils ont, pas avec des emprunts que leurs petits-enfants rembourseront.

Qui paiera la facture ? Vous. Déjà.

Je pense que les Français ne mesurent pas encore ce que signifie concrètement ce niveau d'endettement. Chaque euro emprunté aujourd'hui, c'est un euro d'impôt futur. C'est une hausse de prélèvements inévitable. C'est des services dégradés, des retraites fragilisées, des investissements publics sacrifiés.

Les entreprises, elles, le sentent déjà : taux longs qui remontent, coût du crédit qui grimpe, environnement fiscal qui écrase toute velléité d'investissement. Pendant ce temps, nos concurrents européens et américains avancent.

La question n'est plus "faut-il réduire la dépense publique ?" La question est : "jusqu'où allons-nous attendre avant d'agir ?" À 130 % du PIB ? À 150 % ? Au moment où les marchés décideront à notre place ?

Parce que si nous ne choisissons pas nous-mêmes l'austérité, elle finira par nous être imposée. Et cette fois, sans anesthésie.

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

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