6 % de déficit en 2027 : la France au bord du gouffre

Bercy projette un déficit public français qui pourrait dépasser 6 % du PIB en 2027. Alors que Vladimir Poutine ironise sur nos finances publiques, la France doit enfin accepter de réformer sa dépense publique, au lieu de continuer dans le déni et de chercher des augmentations d’impôts supplémentaires.

Photo Jean Baptiste Giraud
By Jean-Baptiste Giraud Published on 6 juin 2026 7h07
Tribune 45609f4e
6 % de déficit en 2027 : la France au bord du gouffre - © Economie Matin

Par Jean-Baptiste Giraud

Bercy le reconnaît lui-même : si rien n'est fait, le déficit public pourrait dépasser 6 % du PIB en 2027. Pendant ce temps, Vladimir Poutine se permet de se moquer de nos finances publiques. Quand l'ennemi de la démocratie devient le miroir de nos échecs, il est temps de se réveiller.

6 %

Le niveau que pourrait atteindre le déficit public français en 2027, selon les projections internes de Bercy, en l'absence de mesures correctives.

Poutine nous donne une leçon. Et ça fait mal.

Je ne pensais pas écrire cette phrase un jour, mais force est de constater que Vladimir Poutine a marqué un point — pas sur le plan moral, bien sûr, mais sur le terrain des chiffres. En fanfaronnant sur sa dette publique à 15,6 % du PIB face à la nôtre, le maître du Kremlin a, malgré lui, mis le doigt sur une plaie que nous refusons de regarder en face. La France, cinquième puissance économique mondiale, est devenue la risée des autocrates. Ce n'est pas une question d'idéologie : c'est une question de crédibilité.

Et les chiffres sont implacables. Après une légère amélioration à 5,1 % du PIB en 2025 — dont nous nous étions précipités à nous féliciter comme si traverser la rue sans se faire renverser était un exploit — voilà que Bercy lui-même projette un nouveau dérapage au-delà de 6 % en 2027. En clair : nous avons à peine soufflé avant de replonger. Le gouverneur de la Banque de France, dans sa lettre de départ au président de la République, a dressé un constat sans concession. Jean Pisani-Ferry, lui, salue cette lucidité. Moi aussi. Mais la lucidité sans actes, c'est juste de la clairvoyance décorative.

Le déni, sport national plus pratiqué que le vélo

Ce qui me sidère, ce n'est pas tant l'ampleur du problème — nous le connaissons depuis des années — c'est la capacité française à s'en accommoder. À gauche, Mélenchon organise des colloques d'économistes pour habiller en programme crédible ce qui reste, fondamentalement, une fuite en avant dépensière. À droite du spectre politique, le RN agite la retraite à 60 ans comme une promesse de campagne, sans jamais expliquer où trouver les 25 à 30 milliards d'euros que cela coûterait chaque année.

Pendant ce temps, nos voisins avancent. L'Allemagne, malgré ses propres difficultés conjoncturelles, maintient une discipline budgétaire inscrite dans sa Constitution. La Suisse affiche des finances publiques quasi équilibrées année après année. Les Pays-Bas ont engagé des réformes structurelles de leur marché du travail il y a vingt ans. Et nous ? Nous débattons encore de savoir si l'âge légal de départ en retraite à 64 ans — une mesure timide et tardive — doit être maintenu ou abrogé.

Ce que "reprendre le contrôle" veut vraiment dire

Reprendre le contrôle des finances publiques, pour reprendre la formule du gouverneur sortant, ce n'est pas simplement augmenter les impôts — réflexe pavlovien de tout gouvernement français en difficulté. Nous sommes déjà le pays le plus taxé de l'OCDE, avec un prélèvement obligatoire frôlant les 45 % du PIB. Ajouter de la taxe sur de la taxe ne fera que casser un peu plus la compétitivité de nos entreprises et le moral de nos entrepreneurs.

Non, reprendre le contrôle, c'est tailler dans la dépense publique avec courage et méthode. Supprimer les doublons entre État et collectivités. Réformer sérieusement les retraites et l'assurance-maladie. Arrêter de subventionner l'inefficacité.

La question n'est pas de savoir si nous pouvons nous offrir ces réformes. Elle est de savoir si nous pouvons nous permettre de ne pas les faire. La réponse, à 6 % de déficit, est non.

Jean-Baptiste Giraud
Directeur de la rédaction d'Économie Matin

Photo Jean Baptiste Giraud

Jean-Baptiste Giraud est le fondateur et directeur de la rédaction d'Economie Matin.  Jean-Baptiste Giraud a commencé sa carrière comme journaliste reporter à Radio France, puis a passé neuf ans à BFM comme reporter, matinalier, chroniqueur et intervieweur. En parallèle, il était également journaliste pour TF1, où il réalisait des reportages et des programmes courts diffusés en prime-time.  En 2004, il fonde Economie Matin, qui devient le premier hebdomadaire économique français. Celui-ci atteint une diffusion de 600.000 exemplaires (OJD) en juin 2006. Un fonds economique espagnol prendra le contrôle de l'hebdomadaire en 2007. Après avoir créé dans la foulée plusieurs entreprises (Versailles Events, Versailles+, Les Editions Digitales), Jean-Baptiste Giraud a participé en 2010/2011 au lancement du pure player Atlantico, dont il est resté rédacteur en chef pendant un an. En 2012, soliicité par un investisseur pour créer un pure-player économique,  il décide de relancer EconomieMatin sur Internet  avec les investisseurs historiques du premier tour de Economie Matin, version papier.  Éditorialiste économique sur Sud Radio de 2016 à 2018, Il a également présenté le « Mag de l’Eco » sur RTL de 2016 à 2019, et « Questions au saut du lit » toujours sur RTL, jusqu’en septembre 2021.  Jean-Baptiste Giraud est également l'auteur de nombreux ouvrages, dont « Dernière crise avant l’Apocalypse », paru chez Ring en 2021, mais aussi de "Combien ça coute, combien ça rapporte" (Eyrolles), "Les grands esprits ont toujours tort", "Pourquoi les rayures ont-elles des zèbres", "Pourquoi les bois ont-ils des cerfs", "Histoires bêtes" (Editions du Moment) ou encore du " Guide des bécébranchés" (L'Archipel).

No comment on «6 % de déficit en 2027 : la France au bord du gouffre»

Leave a comment

* Required fields