Actions mondiales : avantage aux Etats Unis, vents contraires en Europe et sélectivités sur les marchés émergents

Alors que nous abordons le second semestre 2026, le paysage mondial de l’investissement se prête difficilement aux généralisations. Si la croissance économique américaine reste résiliente, le leadership du marché est en train de se détourner des technologies au profit des secteurs défensifs. Dans le même temps, l’Europe continue de faire face à des vents contraires persistants, tandis que les marchés émergents exigent une stricte sélectivité.

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By Wolf von Rotberg Published on 23 juillet 2026 7h00
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Actions mondiales : avantage aux Etats Unis, vents contraires en Europe et sélectivités sur les marchés émergents - © Economie Matin

Où voyez-vous les opportunités les plus intéressantes sur les marchés actions au second semestre, et pourquoi ?

Nous continuons de penser que la croissance se maintiendra à un niveau relativement solide aux États-Unis, portée par d’importantes dépenses d’investissement dans l’IA en 2026 et 2027. Même si la progression des actions tout au long de la chaîne d’approvisionnement de l’IA pourrait quelque peu ralentir, le marché américain devrait continuer de surperformer les principaux marchés européens et les marchés émergents.

Assistons-nous à une rotation structurelle du leadership du marché ?

Nous assistons à un changement de leadership sur le marché. Le secteur technologique a atteint ses limites et perd la faveur des investisseurs. Dans le même temps, les secteurs défensifs et récemment délaissés, tels que la santé et les biens de consommation de base, font leur retour. Les interrogations concernant le retour sur investissement dans l’IA, l’augmentation des émissions obligataires des hyperscalers et les prix élevés des puces persistent. Il est peu probable qu’elles trouvent une réponse à très court terme.

L’Europe est-elle en passe de surperformer les États-Unis après une décennie de sous-performance ?

Les actions européennes pourraient encore avoir des difficultés à surperformer, car les vents contraires structurels persistent. Une accélération significative de la dynamique de croissance européenne demeure peu probable. En Europe, nous décelons de la valeur dans les actions suisses, qui ont tendance à bénéficier de l’environnement de marché actuellement quelque peu atone.

Quels sont les principaux catalyseurs et risques baissiers qui déterminent les perspectives à court terme des actions européennes ?

Une forte baisse des prix du pétrole profiterait aux actions européennes, en particulier si elle s’accompagnait d’une solide reprise de la dynamique de croissance en Europe. Certains secteurs semblent peu susceptibles de surmonter leurs difficultés structurelles, notamment l’automobile, la chimie et le luxe. Cela suppose que d’autres secteurs fassent encore mieux pour que l’Europe enregistre de bonnes performances. Parmi les risques susceptibles de faire dérailler un rebond européen figure une fermeture plus prolongée du détroit d’Ormuz. Une remontée des prix du pétrole au-dessus de 100 USD le baril ralentirait fortement la croissance mondiale. Le retour des inquiétudes des marchés concernant la stabilité budgétaire de la France constitue un risque supplémentaire.

Compte tenu des valorisations élevées et de la concentration dans les valeurs technologiques, réduisez-vous ou maintenez-vous votre surpondération des États-Unis ?

Nous conservons notre préférence pour les actions américaines, car leur solidité structurelle va au-delà du secteur technologique. Les marges et la rentabilité des actions américaines sont plus élevées dans la plupart des secteurs. Les États-Unis devraient rester le principal moteur de la croissance mondiale. S’ils marquent le pas, les autres marchés à bêta élevé en Europe et dans les pays émergents ont tendance à souffrir au moins autant. La concentration constitue incontestablement un problème. Toutefois, les plus grandes capitalisations ont fait l’objet d’une importante révision à la baisse de leurs valorisations au cours des derniers mois, sous-performant l’indice élargi de 11 % depuis octobre 2025[2]. Les risques baissiers pour les « Sept Magnifiques » sont quelque peu limités par des valorisations plus modérées qu’à la fin de 2025.

Quel rôle les marchés émergents devraient-ils aujourd’hui jouer dans un portefeuille diversifié ?

Les marchés émergents méritent une place dans un portefeuille diversifié, mais l’argument en leur faveur repose moins sur l’ensemble de la classe d’actifs que sur ce qui la compose. L’indice de référence s’est discrètement transformé. Autrefois représentatif des actions chinoises, il reflète désormais largement les marchés de Taïwan et de Corée du Sud, tirés par les semi-conducteurs. En pratique, les investisseurs qui achètent aujourd’hui des actions des marchés émergents acquièrent une exposition concentrée aux semi-conducteurs. Il s’agit d’un pari factoriel présenté comme une diversification régionale. À ce titre, nous ferions preuve de prudence à l’égard de cette classe d’actifs dans son ensemble. Nous pensons que le secteur des semi-conducteurs aura du mal à surperformer à court terme. Le bénéfice de diversification qui justifiait autrefois une allocation structurelle s’est considérablement réduit. Cela plaide en faveur d’une approche des marchés émergents comme un ensemble de décisions distinctes par pays, plutôt que comme une ligne unique au sein d’un portefeuille.

En quoi les perspectives d’investissement des actions chinoises et sud-coréennes diffèrent-elles à la suite de la récente correction du secteur technologique ?

Sur cette base, les actions chinoises apparaissent comme l’opportunité la plus convaincante. Elles ont sous-performé les actions mondiales de près de 20 % depuis le début de l’année[3]. Dans le même temps, des indicateurs tels que l’impulsion du crédit suggèrent qu’un point bas du cycle macroéconomique domestique pourrait être proche. Une réaccélération de la croissance du crédit, même à partir de niveaux déprimés, ouvre la voie à une surperformance tactique.

La Corée du Sud illustre le risque opposé. Le KOSPI[4] a atteint un plus haut historique à la fin du mois de juin 2026, porté par le « Corporate Value-Up Program » et l’essor de l’IA. L’indice a ensuite subi une forte correction, les investisseurs étrangers ayant retiré un montant record de 110 milliards USD. Cela rappelle que, lorsque Samsung Electronics et SK Hynix représentent plus de la moitié de la capitalisation de l’indice, la trajectoire du marché est dictée par un seul secteur. Les réformes sud-coréennes en faveur des actionnaires sont prometteuses, mais elles ne peuvent pas corriger le principal défaut du marché. La domination de deux géants technologiques éclipse tous les autres progrès financiers.

[2] Données arrêtées à juillet 2026

[3] Données arrêtées à juillet 2026

[4] Le KOSPI désigne l’indice composite de la Bourse de Corée (Korea Composite Stock Price Index).

Wvonrotberg

stratégiste actions chez J. Safra Sarrasin

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