Ola Källenius, président du directoire de Mercedes-Benz Group AG, a annoncé publiquement, le 5 juillet, ce que les analystes soupçonnaient depuis plusieurs trimestres, la marque à l’étoile ne deviendra finalement pas 100 % électrique à l’horizon 2030. Une décision stratégique qui acte l’échec commercial de son fleuron technologique, l’EQS, et relance les moteurs thermiques sur le devant de la scène.
Mercedes repousse l’électrique et relance les moteurs thermiques

Mercedes et l’électrique : un mariage raté dans le haut de gamme
Lancé en grande pompe en 2021, l’EQS devait incarner la Classe S de l’ère zéro émission. Avec sa plateforme dédiée EVA2, son autonomie théorique dépassant les 700 kilomètres, et surtout son interface Hyperscreen de plus d’un mètre de long, Mercedes n’avait pas lésiné sur les moyens. Le ticket d’entrée affiché à 106 100 euros illustrait l’ambition du groupe : marier luxe et électrification. Mais deux ans plus tard, le verdict est sans appel. « Les thermiques hybrides dureront plus longtemps que prévu », a reconnu Ola Källenius dans Auto Motor und Sport.
L’objectif initial d’une gamme 100 % électrique dès 2030 est abandonné. Pourquoi un tel revirement ? L’EQS, malgré ses performances sur le papier, a été boudée par la clientèle traditionnelle de Mercedes. L’autonomie réelle insuffisante, les temps de recharge perfectibles et surtout l’absence d’émotion mécanique ont dissuadé les habitués de la Classe S de franchir le pas. Nombre de décideurs et de clients aisés refusent par conviction de s'associer à l’image écologique, ou redoutent que le passage à l’électrique affaiblisse leur symbole de prestige.
AMG forcée de ravaler sa copie : retour des V8 au menu
L’échec ne se limite pas à l’EQS. La filiale sportive AMG, fleuron de la marque auprès des passionnés de moteurs puissants, avait tenté d’imposer un 4 cylindres hybride de 680 chevaux. Ce fut un désaveu commercial massif. Les clients n’ont pas suivi. « Les clients d’AMG, qui dépensent plus de 100 000 euros, exigent le grondement d’un V8. Point final », résume Frandroid.
Mercedes a dû rappeler ses V8 électrifiés, preuve que même l’hybridation haut de gamme ne suffit pas à créer l’émotion. À Stuttgart, le pragmatisme remplace l’idéologie, l’électricité ne fera pas rêver les amateurs de moteurs nobles. Le retour des blocs thermiques, parfois associés à une électrification légère, devient la nouvelle norme. BMW, en face, n’avait jamais arrêté ses développements de 6 et 8 cylindres, avec un coup d’avance stratégique désormais évident.
La CLA électrique, ou l’électrification par la base
Consciente de l’impasse dans le très haut de gamme, Mercedes modifie sa trajectoire. L’avenir du groupe passe désormais par un modèle plus accessible : la CLA électrique, annoncée pour 2026, veut démocratiser la propulsion sans émission sans renier les performances. Cette berline compacte promet une autonomie de 792 kilomètres et une recharge éclair grâce à son architecture 800 volts, 325 km récupérés en dix minutes seulement, avec une puissance de charge de 320 kW.
Une promesse de rupture technologique, mais cette fois dirigée vers une clientèle plus large, et surtout plus ouverte au changement. « Mercedes a compris que pour réussir en électrique, il faut d’abord convaincre les classes moyennes supérieures, pas forcément les ultra-riches », observe Ulrich Rozier dans Frandroid. Le modèle s’inspire directement de la stratégie Tesla, qui a réussi à banaliser l’électrique avec ses Model 3 et Model Y.
