Les émissions de gaz à effet de serre de la France pourraient reculer de 2,4% en 2025, tandis que le PIB afficherait une croissance de 0,7%, selon les dernières projections du think-tank Rexecode — une estimation qui suscite interrogation sur sa robustesse, mais aussi sur les moteurs possibles d’un tel recul.
France : vers une baisse des émissions polluantes de plus de 2% en 2025 ?

Industrie, énergie, transports, bâtiments... : une baisse des émissions à tous les étages !
D'après les dernières estimations du think-tank Rexecode, les émissions de gaz à effet de serre de la France devraient reculer de 2,4% en 2025. Cela, alors même que la croissance du PIB de serait de 0,7%. Le scénario avancé par Rexecode repose sur l’analyse des dynamiques sectorielles et des tendances récentes — mais il convient de comparer ces hypothèses aux évolutions effectivement observées.
Selon le rapport Secten 2025, réalisé par l'association Citepa, entre 2022 et 2023, les secteurs industriels et énergétiques ont participé fortement à la réduction des émissions : –7 MtCO₂e pour l’industrie de l’énergie, –7,2 Mt pour l’industrie manufacturière, et –5,6 Mt pour les transports. En 2023-2024, la baisse totale a été de 6,9 MtCO₂e (–1,8%) hors puits de carbone, dont –3,8 Mt pour l’industrie de l’énergie, –1,5 Mt pour les transports, et –0,4 Mt pour les bâtiments. Ainsi, les efforts d’efficacité énergétique et les gains structurels associés à la sobriété ou à la substitution de sources plus propres sont déjà mis en œuvre.
Pour l'INSEE, la baisse des émissions est attribuable principalement à une baisse de la production industrielle
Rexecode anticipe que cet élan se poursuivra en 2025, en misant notamment sur la réduction de la consommation d’énergie fossile et une meilleure mixité énergétique. Toutefois, ce scénario suppose une accélération des efforts, car le rythme actuel de baisse (–1,8% en 2024) reste nettement inférieur à ce qui serait requis pour respecter les trajectoires climat.
Si Rexecode prévoit un recul global de 2,4%, ce scénario suppose que ces secteurs — notamment transport et bâtiment — renforcent leurs efforts de rénovation énergétique, de substitution (véhicules électriques par exemple) ou de changement des habitudes. Mais certains critiques soulignent que c’est plutôt un ralentissement de l’activité industrielle — et non des progrès majeurs de décarbonation — qui pourrait expliquer une partie de la baisse anticipée. L’INSEE, par exemple, estime une baisse probable de l’ordre de 1,3%, avec un recul imputable principalement à la conjoncture des industries émettrices (chimie, métallurgie, ciment).
Le Citepa estime que les transports routiers, premier poste émetteur (117 MtCO₂e en 2024, soit près d’un tiers des émissions totales), ont contribué à la baisse avec –1,2% entre 2023 et 2024. Le secteur du bâtiment est resté plus résilient : –0,7% sur la même période. Le secteur agricole, quant à lui, a peu varié (–0,5%).
Une réduction des émissions durable appelle des transformations structurelles
La prévision de Rexecode doit composer avec des incertitudes macroéconomiques : la croissance de +0,7% retenue est cohérente avec les projections de la Banque de France pour 2025. Mais une croissance plus forte ou un rebond industriel pourrait fragiliser l’hypothèse de baisse. Par ailleurs, les effets de l’augmentation des prix du carbone pourraient influencer les coûts de production dans les secteurs émetteurs, compliquant l’équation entre croissance et décarbonation.
Un autre risque : la baisse par ralentissement de l’activité (récession partielle ou contraction) n’est pas durable ni souhaitable sur le long terme. Pour que la réduction des émissions soit crédible, elle doit s’appuyer sur des transformations structurelles — rénovation des bâtiments, transition dans les transports, efficacité énergétique — et non seulement sur une conjoncture économique molle.
