Pourquoi le « Beyond Zero Trust » doit renforcer la sécurité financière de l’Europe

Le système financier européen n’est pas qu’un simple marché monétaire : il est un pilier essentiel de la cohésion et de la confiance sociales, qui soutient tout, de l’épargne des ménages au commerce transfrontalier. C’est pourquoi, lorsque les banques, les assureurs ou les systèmes de paiement sont touchés par la cybercriminalité, les effets se répercutent bien au-delà des bilans financiers : la confiance dans la stabilité sociale et économique de l’Europe peut être profondément ébranlée.

Ramses Gallego
By Ramses Gallego Published on 10 novembre 2025 5h30
Chronopost piratée : que faire si vos données ont été compromises ?
Chronopost piratée : que faire si vos données ont été compromises ? - © Economie Matin
96%96% des cent plus grandes entreprises financières du continent ont été victimes d’au moins une violation imputable à un tiers

Technologies émergentes : entre promesses et vulnérabilités

Aujourd’hui, ces fondements sont mis à rude épreuve. L'adoption de l'intelligence artificielle, de la blockchain et bientôt de l'informatique quantique transforme en profondeur les services financiers à travers le continent. Cependant, ces mêmes technologies élargissent considérablement aussi la surface d'attaque. Le trading algorithmique, la souscription autonome et la prise de décision basée sur l'IA apportent certes plus d'efficacité, mais créent également de nouvelles failles potentielles. Les banques et les assureurs européens doivent donc s'adapter à un environnement de plus en plus menaçant où les ransomwares, le phishing, les abus internes et les campagnes étatisées sont omniprésents.

C'est pourquoi l’adoption de l’approche Zero Trust (ne faire confiance à personne, et tout vérifier) a pris de l'ampleur. À l'échelle mondiale, une récente étude1 montre que 83% des organisations ayant adopté le Zero Trust ont réussi à réduire les incidents de sécurité. Cependant, elle met également en évidence une lacune importante : seules 30% des organisations utilisent des outils de sécurité basés sur l'IA pour l'authentification et la détection des anomalies, laissant ainsi un potentiel défensif considérable encore inexploité.

Et pourtant, l’urgence est déjà palpable. Selon SailPoint, près de 46% des institutions financières ont déclaré avoir subi une violation de données au cours des vingt-quatre derniers mois (chiffres 2024). Security Scorecard va encore plus loin en indiquant qu’en Europe, 96% des cent plus grandes entreprises financières du continent ont été victimes d’au moins une violation imputable à un tiers (chiffres 2025). Ces statistiques trouvent un écho concret dans plusieurs incidents récents : une grande banque nordique a dû contenir une cyberattaque majeure en 2024, perturbant les services numériques dans toute la région et rappelant que même les institutions les mieux capitalisées demeurent vulnérables. Aux Pays-Bas, un important groupe bancaire a vu ses plateformes mobiles et en ligne paralysées par une attaque DDoS d’ampleur inédite, empêchant les transactions quotidiennes dans un pays largement tourné vers le paiement dématérialisé. Outre-Manche, un acteur bancaire majeur a dû interrompre ses systèmes informatiques à la suite d’une cyberattaque touchant ses activités de distribution et de services funéraires, entraînant une perte estimée à 206 millions de livres sterling de chiffre d’affaires et 80 millions de livres de bénéfices. Enfin, même la Banque Centrale Européenne aurait été contrainte de mettre hors ligne un système compromis, rappelant qu’aucune institution, pas même la plus robuste, n’est totalement à l’abri.

Vers une résilience augmentée : au-delà du Zero Trust

Ces événements ne relèvent pas d’incidents isolés, mais témoignent d’une fragilité systémique au sein d’un secteur au cœur de l’économie et de la société européennes. Dans ce contexte, une approche dite « Beyond Zero Trust » s’impose comme un nouveau cadre d’action pragmatique pour renforcer la résilience des institutions financières. Elle repose sur l’analyse comportementale permettant de détecter en temps réel les abus internes et les usages frauduleux des identifiants, sur la détection des menaces par l’intelligence artificielle afin d’identifier les anomalies parmi des millions de transactions quotidiennes, sur une vérification renforcée de l’identité et des appareils garantissant la légitimité de chaque utilisateur, ainsi que sur une surveillance approfondie de la supply chain pour repérer les vulnérabilités chez les fournisseurs tiers. Enfin, cette approche intègre une gestion adaptative et évolutive des risques, capable d’évoluer au rythme des nouvelles menaces plutôt que de s’en remettre à des contrôles statiques.

Et il n’y a pas de temps à perdre car de nombreux défis se profilent du fait de l'environnement réglementaire européen particulièrement exigeant. En vertu de la nouvelle loi sur la résilience opérationnelle numérique (DORA), les banques et les assureurs doivent démontrer leur résilience non seulement dans leurs propres opérations, mais aussi dans l'ensemble de leur écosystème de fournisseurs. Le RGPD impose des limites strictes en matière de collecte et de surveillance des données, ce qui complexifie la surveillance continue. Enfin, la future loi européenne sur l'IA exigera des institutions financières qu'elles veillent à ce que leurs défenses basées sur l'IA soient transparentes, équitables et explicables tant pour les régulateurs que pour les clients.

Les enjeux n’ont jamais été aussi élevés. D’après les estimations, la cybercriminalité devrait coûter à l’économie mondiale plus de 10 500 milliards de dollars en 2025. Les cybercriminels exploitent désormais l’intelligence artificielle pour concevoir des leurres hyperréalistes, des deepfakes et des fraudes synthétiques d’une redoutable efficacité. Dans cette course à l’armement numérique, le secteur financier se voit contraint d’opposer à l’innovation offensive des défenses tout aussi innovantes.

L’Europe, quant à elle, se trouve à un tournant décisif. Les risques se multiplient, les coûts s’envolent et la confiance s’érode. Pourtant, l’avenir peut encore s’écrire sous le signe de la résilience, grâce à une approche conjuguant « Beyond Zero Trust », défense augmentée par l’intelligence artificielle et vigilance systémique — autant de leviers destinés à protéger à la fois les institutions financières et la société dans son ensemble.

Dans l’Europe d’aujourd’hui, la confiance ne va plus de soi : elle doit être construite, vérifiée et sans cesse renouvelée. Ce principe dépasse la simple stratégie de cybersécurité ; il constitue désormais un impératif stratégique et sociétal.

1 Etude menée par DXC et Microsoft intitulée « The Trust Report: From Risk Management to Strategic Resilience in Cybersecurity » (Rapport sur la confiance : de la gestion des risques à la résilience stratégique en matière de cybersécurité)

Ramses Gallego

Chief Technologist, Cybersecurity, DXC Technology

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