Insecticides, herbicides, fongicides, parfois pourtant interdits depuis des années, s’accumulent dans nos maisons et appartements, peut-on lire dans l’étude PESTILOGE, publiée le 27 novembre 2025. Pourtant, malgré l’ampleur des mesures, une question centrale reste ouverte : ces pesticides sont-ils dangereux aux concentrations observées ?
Pesticides dans nos logements : une pollution invisible mais très répandue

Pesticides dans les logements : une omniprésence désormais mesurée à l’échelle nationale
L’Observatoire de la qualité des environnements intérieurs, porté par l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) et le Centre Scientifique et Technique du Bâtiment (CSTB), vient de rendre publics les résultats de l’étude PESTILOGE. Cette enquête nationale, menée entre 2020 et 2023, s’est intéressée pour la première fois à la présence des pesticides dans l’air et les poussières domestiques. Au total, 571 logements ont été analysés sur tout le territoire. Son objectif : mieux comprendre l’exposition quotidienne aux pesticides dans nos maisons, afin d’évaluer les risques potentiels pour la santé.
Dans l’air intérieur des logements, les pesticides sont loin d’être marginaux. Dans le cadre de l’Observatoire de la qualité des environnements intérieurs (OQEI), 81 substances ont été recherchées, et plusieurs apparaissent dans une majorité écrasante d’habitations. Ainsi, quatre pesticides sont détectés dans plus de 80% des logements : deux insecticides, le lindane et la transfluthrine, et deux insectifuges largement utilisés par les particuliers, le DEET et l’icaridine. À cela s’ajoute encore la perméthrine, un insecticide, quantifiée dans plus d’un logement sur deux. De plus, le folpel, un fongicide, est présent dans plus de 60% des logements, tandis que le chlorprophame, un herbicide, apparaît dans près de 70% des cas. Ainsi, dans l’air, les pesticides forment déjà un mélange constant et mesurable. Par ailleurs, dans 5% des logements, certaines concentrations dépassent 10 nanogrammes par mètre cube pour le DEET, l’icaridine ou encore le lindane.
La pollution aux pesticides devient encore plus frappante dans les poussières domestiques. 92 substances ont été recherchées dans les poussières dans le cadre de cette étude, et 13 ont été retrouvées dans plus de 90% des logements. On y retrouve cinq fongicides, quatre insecticides, deux herbicides dont le glyphosate, ainsi que deux répulsifs. À cela s’ajoutent encore quatre autres molécules, dont le fipronil, le lindane et la transfluthrine, présentes dans plus d’un logement sur deux. Les niveaux mesurés sont parfois très élevés. En effet, certaines concentrations dépassent 100 nanogrammes par gramme dans la moitié des habitations. Plus préoccupant encore, pour au moins 5% des logements, les teneurs franchissent le seuil de 1.000 nanogrammes par gramme pour plusieurs pesticides, dont la perméthrine, l’imidaclopride, le glyphosate ou encore le fipronil. Ainsi, les poussières apparaissent comme un véritable réservoir de pesticides dans la maison.
Pesticides, maison et environnement extérieur : des origines multiples de la contamination
L’étude montre également que la présence des pesticides dans le logement n’est pas le fruit du hasard. Bien au contraire, elle résulte d’un ensemble de pratiques et de contextes environnementaux. Ainsi, la proximité de zones agricoles est clairement associée à des teneurs plus élevées de glyphosate dans les poussières. De même, l’usage de pesticides à l’extérieur des habitations, notamment dans les jardins, est corrélé à une augmentation mesurable des concentrations à l’intérieur. Autrement dit, les frontières entre pollution extérieure et pollution intérieure apparaissent très poreuses.
Les produits utilisés directement dans les logements jouent un rôle tout aussi déterminant. L’étude établit un lien clair entre l’usage de pesticides à l’intérieur et l’augmentation des niveaux de certaines substances dans les poussières, notamment le fipronil et la perméthrine. Ces pesticides sont souvent présents dans des produits antiparasitaires, des anti-puces pour les animaux ou des insecticides domestiques. Pourtant, plusieurs de ces molécules font l’objet de restrictions sévères. Le lindane, par exemple, est interdit depuis des années, tandis que la perméthrine est fortement réglementée. Et pourtant, les mesures révèlent leur persistance dans l’environnement intérieur. Cette longévité s’explique notamment par leur stabilité chimique, mais aussi par l’accumulation progressive dans les poussières. Dès lors, même lorsque l’usage direct cesse, les pesticides continuent de circuler dans la maison, au fil du temps, des déplacements et du nettoyage.
Ainsi, la maison devient le point de convergence de multiples sources de pesticides : agricoles, domestiques, parfois anciennes, souvent invisibles. Et cette contamination diffuse concerne tous les profils de logements, toutes les régions, et toutes les catégories sociales.
Pesticides et santé : une exposition avérée, mais un risque encore impossible à trancher
Face à cette accumulation de pesticides dans le logement, la question de la santé s’impose. Pourtant, l’étude PESTILOGE adopte une position de grande prudence. L’Anses rappelle que, malgré l’abondance des mesures, il n’existe actuellement pas de valeurs de référence sanitaires spécifiques pour ces expositions chroniques par l’air intérieur et les poussières. En l’absence de seuils réglementaires adaptés, il est aujourd’hui impossible de dire si les concentrations mesurées présentent un danger avéré pour la santé des occupants. Cette incertitude scientifique est au cœur des résultats. Les pesticides sont bien là, parfois en quantité, mais leurs effets précis sur la santé restent encore à documenter.
Cette absence de repères n’empêche pas les inquiétudes. Car l’exposition aux pesticides est déjà associée, dans d’autres contextes, à de multiples effets sanitaires : troubles neurologiques, perturbations endocriniennes, atteintes respiratoires. Or, dans le logement, l’exposition est répétée, quotidienne, souvent dès le plus jeune âge. Cependant, en l’état actuel des connaissances, l’Anses ne peut pas établir de lien direct entre les niveaux mesurés dans la maison et un risque sanitaire précis. Elle appelle donc à poursuivre les recherches, notamment pour mieux comprendre les effets des mélanges de pesticides, qui caractérisent l’exposition réelle des habitants.
