Chaque hiver, les routes françaises sont jonchées de cristaux blancs destinés à prévenir les dangers de la neige et du verglas. Mais d’où provient ce sel, combien coûte son épandage massif, et surtout, quelles sont les conséquences sur l’environnement ? Enquête sur un produit à la fois vital pour la sécurité et contesté pour son impact écologique.
Routes enneigées : le vrai coût du sel utilisé contre la neige et le verglas

Plusieurs départements français ont été récemment placés en vigilance orange en raison d’un important épisode de neige. Dès les premières heures, les saleuses ont sillonné les axes routiers, déversant des tonnes de sel. Derrière ce geste devenu banal, une chaîne logistique complexe, des coûts significatifs et des interrogations persistantes sur ses effets environnementaux.
Un sel extrait des entrailles de la terre
La quasi-totalité du sel utilisé sur les routes enneigées de France n’a rien à voir avec le sel de table ou celui des marais salants. Il s’agit principalement de sel gemme, extrait en profondeur dans des gisements datant de plusieurs millions d’années. Selon Planet.fr, « la France s’approvisionne à 90 % auprès de la mine de sel de Varangéville », située en Meurthe-et-Moselle, la dernière mine souterraine encore active en France.
Ce sel industriel est issu d’anciennes mers intérieures aujourd’hui disparues. D’après Ouest-France, il est exploité sous forme brute, sans raffinage, pour être ensuite acheminé vers les centres de stockage routier. Lorsqu’un hiver s’avère particulièrement rigoureux, la France importe aussi du sel depuis la Pologne ou l’Allemagne afin d’éviter toute rupture d’approvisionnement.
Mais pourquoi épandre ce minéral ancestral en hiver ? Selon Mediachimie.org, le chlorure de sodium permet d’abaisser le point de congélation de l’eau, empêchant ainsi la formation de glace sur la chaussée. Il reste efficace jusqu’à environ -10°C, au-delà, son action devient très limitée.
Une économie massive derrière chaque flocon
Le coût du sel de déneigement, à première vue dérisoire, cache en réalité une dépense colossale pour les collectivités. D’après Planet.fr, le prix moyen du sel de voirie est d’environ 0,10 € le kilo. Ce tarif, multiplié par les centaines de milliers de tonnes nécessaires chaque année, pèse lourd sur les budgets.
En moyenne, entre 750 000 et 1,5 million de tonnes de sel sont répandues chaque hiver en France, selon les conditions météorologiques. Cela représente des dizaines de millions d’euros, sans compter les coûts annexes liés à l’acheminement, au stockage et à l’intervention des services techniques.
Chaque département, chaque ville, voire chaque autoroute gérée par des concessions privées, gère son propre stock. Le sel est parfois conservé dans des dômes ou silos spécialement conçus pour garantir sa conservation. En amont, toute une logistique se mobilise dès l’automne pour assurer un approvisionnement suffisant.
Impact environnemental : un fléau discret mais réel
L’épandage massif de sel n’est pas sans conséquences pour l’environnement, comme le rappellent plusieurs études récentes. Le chlorure de sodium est un composé soluble qui se disperse facilement dans les sols et les cours d’eau. Selon l’organisation EUSalt, « le sel pénètre dans les nappes phréatiques, les lacs et les rivières, ce qui modifie l’équilibre naturel des écosystèmes ».
Cette pollution saline affecte particulièrement les zones humides, les ruisseaux proches des routes et même certains réseaux d’eau potable, obligeant parfois à renforcer les traitements. Le Parisien souligne un principe chimique implacable : « C’est la dose qui fait le poison : à faible concentration, le sel est sans danger, mais en quantité importante, il devient nocif pour les écosystèmes ».
La végétation bordant les routes est aussi touchée. Le sel absorbe l’eau du sol, nuit aux racines et déséquilibre l’absorption des nutriments. Certaines espèces végétales disparaissent au profit de plantes halophiles, plus tolérantes à la salinité. En outre, les infrastructures ne sont pas épargnées. Le sel favorise la corrosion des ponts, garde-corps, véhicules et équipements routiers, une usure accélérée qui engendre des coûts de réparation additionnels considérables.