Œufs : pourquoi les ruptures se multiplient dans les magasins

Les œufs manquent de plus en plus souvent dans les rayons de nombreux magasins en France. Depuis le début de l’année, des ruptures d’approvisionnement touchent la grande distribution, conséquence d’une demande en hausse, de contraintes de production persistantes et de perturbations logistiques liées notamment à la météo.

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By Aurélie Giraud Published on 9 janvier 2026 10h47
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La disponibilité des œufs reste irrégulière dans certains magasins. - © Economie Matin
240 OEUFSConsommation moyenne annuelle par habitant en France.

Dans plusieurs grandes surfaces, les consommateurs constatent des rayons partiellement vides, voire totalement dépourvus d’œufs. Si la situation surprend par son ampleur, elle ne relève pas d’un incident isolé. Elle résulte d’un déséquilibre progressif entre une consommation en forte augmentation et une production fragilisée, dans un contexte logistique parfois perturbé.

Œufs : des ruptures visibles dans de nombreux magasins

À Paris comme en région, les pénuries d’œufs sont devenues fréquentes. Dans certains magasins, seules quelques références restent disponibles, souvent les plus chères ou les moins demandées. D’autres rayons sont totalement vides, en attendant le prochain réassort.

Cette situation n’est pas liée à une fermeture d’élevages ou à un arrêt de la production, mais à un approvisionnement tendu. Les livraisons continuent, mais elles ne suffisent pas toujours à couvrir la demande quotidienne. Résultat : les stocks s’épuisent rapidement, parfois en quelques heures.

Une consommation en nette augmentation

Le premier facteur expliquant ces tensions est la hausse continue de la consommation d’œufs. En France, elle progresse depuis plusieurs années et s’est encore accélérée récemment. La consommation moyenne est passée à 240 œufs par habitant et par an, contre 226 auparavan, selon les données du Comité national pour la promotion de l’œuf (CNPO). Ces chiffres traduisent une progression continue observée depuis plusieurs années.

L’œuf bénéficie d’une image favorable : il est perçu comme une source de protéines accessible, facile à cuisiner et moins coûteuse que d’autres produits alimentaires. Dans un contexte d’inflation, de nombreux ménages se tournent davantage vers ce produit pour remplacer partiellement la viande ou le poisson.

Selon les représentants de la filière, cette dynamique est durable. « Depuis les six derniers mois, c’est vrai que l’on a des tensions sur le rayon œuf parce qu’on a une consommation qui se développe depuis trois ans. On a vendu 300 millions d’œufs de plus par an. On n’a jamais connu une tendance telle », explique Yves-Marie Baudet, président de l’interprofession de l’œuf, cité par Franceinfo.

Production sous contraintes et effets de la météo

Face à cette demande accrue, la production peine à suivre. Les élevages français ont été fragilisés par les épisodes de grippe aviaire survenus ces dernières années, qui ont réduit temporairement le nombre de poules pondeuses. À cela s’ajoutent les transformations structurelles de la filière, liées notamment à la transition vers des modes d’élevage alternatifs.

Dans certains élevages, ces adaptations ont entraîné une baisse du nombre de poules, limitant mécaniquement les volumes produits. La reconstitution des cheptels prend du temps et ne permet pas de répondre immédiatement à une hausse rapide de la consommation.

La météo joue également un rôle. Des épisodes de neige ou de conditions climatiques difficiles ont récemment perturbé la circulation des camions, retardant l’acheminement des œufs vers les plateformes logistiques et les magasins. Ces retards, même ponctuels, suffisent à créer des ruptures visibles en rayon.

Des tensions, mais pas une pénurie totale

Les professionnels insistent sur un point : il ne s’agit pas d’une pénurie au sens strict, mais d’une tension persistante entre l’offre et la demande. La production nationale reste active et les œufs continuent d’être livrés, mais pas toujours au rythme attendu par la distribution.

Lors des périodes de forte tension, jusqu’à 13% des références peuvent manquer dans les rayons. Ce chiffre illustre l’ampleur du phénomène, sans pour autant traduire un arrêt de l’approvisionnement.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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