Écriture inclusive : l’avertissement solennel de l’Académie française

Le 31 décembre 2025, le Conseil d’État a rendu une décision qui, à première vue, relève d’un contentieux local sur des plaques commémoratives à Paris. Mais elle s’inscrit dans un débat linguistique et social beaucoup plus large : celui de l’usage de l’écriture inclusive dans l’espace public français. Cette décision, confirmée par les plus hautes juridictions administratives, a suscité une réaction vive de l’Académie française, révélant des visions divergentes de la langue et de son rôle dans la société.

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By Aurélie Giraud Published on 12 janvier 2026 10h46
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L’Académie française met en garde contre l’écriture inclusive. - © Economie Matin
58%Part des Français estimant que l’écriture inclusive devrait être interdite à l’université, selon un sondage de l’institut CSA pour CNEWS, publié en juin 2023.

L’écriture inclusive, ces formes typographiques visant à représenter à l’écrit les identités féminines et masculines — souvent à l’aide du point médian — n’est pas seulement une question d’orthographe. Elle cristallise des débats profonds sur l’égalité, la lisibilité, la tradition et le rôle de l’État en matière linguistique. La décision récente du Conseil d’État valide l’usage de cette graphie dans un cas précis, mais relance une controverse symbolique qui dépasse largement les plaques concernées.

Écriture inclusive : ce que dit la décision du Conseil d’État

Le Conseil d’État, dans un arrêt du 31 décembre 2025, a rejeté le pourvoi d’une association opposée à l’usage de l’écriture inclusive sur deux plaques commémoratives installées à l’Hôtel de Ville de Paris. Cette association contestait la formulation « conseiller·e·s » et « président·e·s », estimant qu’elle contrevenait à la loi qui impose l’usage du français dans l’espace public. 

Dans sa motivation, la haute juridiction administrative a considéré que l’écriture inclusive — bien que discutée — ne constitue pas l’usage d’une autre langue que le français. Elle a entouré sa décision d’une analyse juridique mesurée : l’usage du point médian ne fait pas, par lui seul, de cette écriture une langue étrangère ou une prise de position politique systématique. 

Cette lecture pragmatique signifie que le français, même sous des formes nouvelles ou moins traditionnelles, continue d’être reconnu comme langue française, dans ses usages scripturaux.

Le rôle des plaques commémoratives : symbolique et pratique

Pourquoi des plaques commémoratives ? Ces inscriptions — souvent en marbre ou métal et destinées à honorer des personnalités ou des fonctions — ne sont pas seulement décoratives. Elles sont des témoins historiques, des marqueurs de mémoire collective, et à ce titre leur contenu linguistique est scruté.

Dans ce cas précis, les deux plaques modifiées par la Ville de Paris mentionnent des élus ayant exercé des fonctions importantes dans la capitale, en utilisant des formes avec point médian pour marquer à la fois le féminin et le masculin. 

L’association qui a saisi le Conseil d’État estimait que cet usage constituait une prise de position idéologique contraire à la neutralité des inscriptions publiques, tandis que la Ville et la juridiction ont considéré qu’il s’agissait d’une variation scripturale admissible du français.

Une réaction forte de l’Académie française

L’Académie française, institution fondée en 1635 chargée de veiller sur la langue française, a réagi officiellement le 9 janvier 2026 en publiant un communiqué. 

Elle y affirme que l’écriture « inclusive » introduit des **marqueurs orthographiques arbitraires — dits “points médians” — contraires à la lisibilité et à l’esprit de notre langue » et qu’elle porte une atteinte grave à la dimension patrimoniale de cette langue, qui doit être protégée. 

Dans son communiqué, l’Académie rappelle que la langue française est un élément fondamental du patrimoine national, évoqué par la loi du 4 août 1994, et que toute modification de ses usages doit être examinée avec prudence. Elle dit avoir déjà eu l’occasion de souligner que l’écriture inclusive nuit, selon elle, à l’apprentissage et à l’usage du français tant au niveau national qu’international. 

Cette réaction n’est pas isolée : l’Académie s’oppose à l’écriture inclusive depuis plusieurs années, dénonçant ses effets sur la lisibilité et la clarté de la langue. 

Au-delà des institutions : un débat sociétal

L’écriture inclusive ne se résume pas à des décisions juridiques ou à des communiqués d’institutions. Elle est au cœur d’un débat sociétal élargi.

D’un côté, ses partisans estiment qu’elle corrige une invisibilisation historique des genres dans la langue française et contribue à une représentation plus équitable des femmes et des minorités de genre à l’écrit. 

De l’autre, ses opposants mettent en avant des arguments pratiques : difficulté supplémentaire pour des lecteurs novices, obstacles à la lecture pour certaines personnes (comme celles avec un handicap visuel ou des troubles de lecture), ou encore perturbation des normes scripturales perçues comme essentielles à la cohésion linguistique. 

Ce débat ne se limite plus à une question de formes grammaticales : il s’inscrit dans un affrontement culturel et politique plus large. Présentée par ses promoteurs comme une simple évolution linguistique destinée à accompagner les transformations de la société, l’écriture inclusive est cependant perçue par de nombreux observateurs comme l’un des vecteurs d’une idéologie militante contemporaine, souvent qualifiée de « wokisme ». Une idéologie qui entend reconfigurer les repères culturels et linguistiques existants, au prix d’une approche prescriptive, d’une lisibilité dégradée et d’une remise en cause des règles traditionnelles du français.

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Aurélie Giraud, juriste de formation, titulaire d'une maîtrise de droit public (Sorbonne, Paris I), est journaliste à Economie Matin, après avoir travaillé comme correctrice et éditrice dans l’édition.

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