Les exportations françaises progressent, mais demeurent structurellement inférieures à celles de l’Allemagne. Un rapport sénatorial met en lumière les freins fiscaux, organisationnels et stratégiques qui pèsent sur la compétitivité internationale des entreprises françaises.
Pourquoi les exportations françaises restent en retrait face à l’Allemagne

Publié en décembre 2025 par le Sénat, un rapport consacré à la nouvelle donne du commerce international dresse un diagnostic clair, mais préoccupant. En 2024, les exportations françaises ont atteint 645 milliards d’euros, contre 1 548 milliards pour l’Allemagne. Cet écart massif ne se résume pas à une simple différence de performance conjoncturelle. Il révèle, au contraire, des difficultés structurelles qui pénalisent durablement les entreprises françaises sur les marchés internationaux.
Exportations françaises et allemandes : comprendre un écart qui s’installe dans le temps
Les exportations constituent l’un des principaux moteurs de la croissance économique. Elles permettent aux entreprises d’élargir leurs débouchés, de gagner en taille et de renforcer leur compétitivité. Pourtant, les exportations françaises reposent sur un nombre limité d’acteurs. La France ne compte qu’environ 136 000 entreprises exportatrices, contre près de 300 000 en Allemagne. Autrement dit, outre-Rhin, exporter fait partie du fonctionnement normal de l’entreprise, y compris pour les PME industrielles.
En France, la situation est sensiblement différente. Les exportations sont souvent concentrées sur quelques grands groupes capables d’absorber les coûts et les risques liés à l’international. Pour beaucoup de petites et moyennes entreprises, exporter reste une démarche complexe, coûteuse et parfois perçue comme secondaire. Par conséquent, les exportations françaises manquent de profondeur et de régularité, ce qui limite leur capacité à s’imposer durablement sur les marchés mondiaux.
Des exportations pénalisées par la structure du tissu économique français
L’écart entre les exportations françaises et allemandes s’explique aussi par la structure même des économies. L’Allemagne s’appuie sur un tissu dense de PME industrielles spécialisées, souvent positionnées sur des niches technologiques à forte valeur ajoutée. Ces entreprises exportent dès leur création et font de l’international un levier central de leur développement.
En France, le tissu productif est plus polarisé. D’un côté, de grands groupes très performants à l’export. De l’autre, une multitude de PME orientées vers le marché intérieur. Cette organisation limite mécaniquement le potentiel global des exportations françaises. En outre, l’insuffisante industrialisation de certains territoires réduit les capacités de production exportable, malgré une demande internationale parfois soutenue.
Fiscalité et charges : un handicap direct pour les exportations françaises
L’un des points les plus sensibles du rapport sénatorial concerne la fiscalité. Les exportations françaises sont directement affectées par le niveau élevé des impôts de production et des charges sociales. Ces prélèvements pèsent sur les coûts de fabrication et réduisent les marges disponibles pour investir à l’international. À l’inverse, l’Allemagne a progressivement allégé la fiscalité pesant sur ses entreprises industrielles.
Dans les faits, les entreprises françaises n’ont souvent d’autre choix que de répercuter ces charges sur leurs prix de vente. Or, à l’export, le prix reste un critère déterminant, notamment sur les marchés très concurrentiels. Ainsi, les exportations françaises se retrouvent moins attractives, même lorsque la qualité ou l’innovation est au rendez-vous. Ce différentiel de coût constitue un frein majeur à la conquête de nouveaux marchés.
Coûts énergétiques et complexité administrative : des freins invisibles mais puissants
Au-delà de la fiscalité, les exportations françaises subissent l’impact de coûts énergétiques élevés et d’une réglementation complexe. L’énergie représente un poste de dépense crucial pour l’industrie exportatrice. Lorsque les prix augmentent, la compétitivité à l’international s’érode mécaniquement. Le rapport souligne que ces surcoûts sont plus difficiles à absorber pour les entreprises françaises que pour leurs concurrentes allemandes.
Par ailleurs, la complexité administrative française ralentit les démarches liées à l’export. Formalités, normes, dispositifs multiples d’aide ou d’accompagnement rendent le parcours difficilement lisible, surtout pour un dirigeant de PME. Résultat : certaines entreprises renoncent à développer leurs exportations, non par manque de marchés, mais par manque de temps, de moyens ou de visibilité.
Exportations et accompagnement public : une organisation encore trop fragmentée
Pour soutenir les exportations, l’État a mis en place la Team France Export, censée regrouper les acteurs publics et parapublics de l’accompagnement international. En 2024, plus de 12 000 entreprises ont bénéficié de ce dispositif. Toutefois, le rapport sénatorial estime que cet effort reste insuffisant pour provoquer un véritable changement d’échelle.
Les sénateurs pointent une organisation encore trop fragmentée, marquée par des logiques institutionnelles parfois concurrentes. Cette dispersion nuit à l’efficacité de l’action publique et brouille la lisibilité pour les entreprises. En comparaison, l’Allemagne dispose d’un système plus simple et plus centralisé, qui facilite l’accès à l’information et l’accompagnement sur le long terme.
Le modèle italien des exportations « en meute », une source d’inspiration
Face à ces constats, le rapport met en avant l’exemple italien. L’Italie a développé une approche collective des exportations, souvent qualifiée de « chasse en meute ». Les entreprises sont incitées à exporter ensemble, sous des marques sectorielles ou territoriales fortes, avec un soutien public cohérent. Cette stratégie permet de mutualiser les coûts, de renforcer la visibilité et de rassurer les clients étrangers.
Pour les sénateurs, les exportations françaises gagneraient à s’inspirer de ce modèle. Exporter ne devrait plus être un acte isolé, mais une démarche collective, structurée et soutenue politiquement. Cette approche pourrait permettre aux PME françaises de franchir le cap de l’international sans supporter seules l’ensemble des risques.
Repenser la gouvernance des exportations françaises
Le rapport va plus loin en proposant la création d’un Conseil stratégique de l’export et de la compétitivité, rattaché au Premier ministre. L’objectif serait de donner une impulsion politique forte et de coordonner l’ensemble des acteurs. Cette gouvernance unifiée permettrait de mieux aligner fiscalité, politique industrielle et stratégie d’exportations.
À terme, il s’agit de transformer les exportations françaises en un véritable projet national. Sans réforme profonde, l’écart avec l’Allemagne risque de se creuser encore, au détriment de la croissance, de l’emploi et de la souveraineté économique.
