Capgemini va supprimer 2 400 emplois en France : l’IA accélère une rupture sociale majeure

Capgemini s’apprête à supprimer jusqu’à 2 400 emplois en France. Derrière ce chiffre, l’ombre de l’intelligence artificielle redessine brutalement les métiers du conseil et des services numériques, exposant en priorité des fonctions désormais jugées automatisables par le géant français du numérique.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 20 janvier 2026 15h10
Capgemini Va Supprimer 2400 Emplois En France L Ia Accelere Une Rupture Sociale Majeure
Capgemini va supprimer 2 400 emplois en France : l’IA accélère une rupture sociale majeure - © Economie Matin

Le 20 janvier 2026 marque un tournant social pour Capgemini. Le groupe informatique a officialisé l’ouverture d’un vaste plan de restructuration en France, visant jusqu’à 2 400 suppressions de postes. Dans un contexte de ralentissement industriel persistant et de transformation accélérée par l’IA, Capgemini revoit en profondeur son modèle économique, au détriment de milliers d’emplois qualifiés.

Capgemini face à l’IA : une réduction d’effectifs assumée

Capgemini justifie ces suppressions d’emplois par une double contrainte. D’une part, la faiblesse durable de la demande dans certains secteurs industriels clients, notamment l’aéronautique et l’automobile. D’autre part, l’intégration massive de l’intelligence artificielle dans ses offres de conseil, de développement logiciel et de services managés. Selon la direction, ces évolutions rendent certains métiers redondants, voire obsolètes, dans la chaîne de valeur actuelle de Capgemini.

Ainsi, le groupe évoque explicitement une “adaptation nécessaire des compétences” face à l’essor de l’IA générative et des outils d’automatisation avancée. Cette orientation stratégique se traduit par une baisse ciblée des effectifs dans les activités historiques les plus exposées à l’automatisation, en particulier les fonctions de support applicatif, de tests logiciels et de maintenance. D’après plusieurs médias nationaux, Capgemini reconnaît que l’IA permet désormais d’exécuter ces tâches plus rapidement, à moindre coût et avec moins de ressources humaines.

Par ailleurs, Capgemini précise que ce plan s’inscrit dans une trajectoire globale. En 2025, le groupe avait déjà engagé une réduction de ses effectifs mondiaux, avec plus de 7 000 postes supprimés ou non renouvelés. La France, longtemps relativement préservée, devient désormais un terrain central de cette transformation. Selon plusieurs sources concordantes, le pays représenterait près d’un tiers des suppressions européennes prévues.

Pourquoi certains métiers sont les premiers touchés

Les suppressions d’emplois chez Capgemini ne frappent pas au hasard. Les métiers les plus exposés sont ceux dont les tâches sont fortement standardisées, répétitives ou facilement modélisables par des algorithmes. Il s’agit notamment des développeurs juniors, des testeurs fonctionnels, de certains consultants fonctionnels généralistes et des équipes de support de niveau intermédiaire. L’intelligence artificielle permet désormais de générer du code, d’automatiser les tests ou de diagnostiquer des incidents sans intervention humaine systématique.

Capgemini assume cette hiérarchisation. Le groupe explique que la valeur se déplace vers des profils capables de concevoir, piloter et sécuriser des systèmes complexes intégrant l’IA. À l’inverse, les métiers centrés sur l’exécution pure voient leur utilité économique diminuer. Près de 60 % des postes menacés en France concerneraient des fonctions opérationnelles, souvent occupées par des salariés ayant moins de dix ans d’ancienneté.

Cependant, cette bascule soulève de fortes inquiétudes sociales. Les syndicats dénoncent une stratégie brutale, estimant que Capgemini utilise l’IA comme un levier de réduction de coûts plutôt que comme un outil de montée en compétences collective. L’un des représentants syndicaux cités par plusieurs médias nationaux parle d’un “plan social déguisé”, rappelant que le groupe affiche encore plusieurs milliards d’euros de chiffre d’affaires annuel et reste bénéficiaire.

De plus, la géographie des suppressions inquiète. Les bassins d’emploi les plus touchés seraient l’Île-de-France, l’Occitanie et les Hauts-de-France, où Capgemini concentre de grands centres de services. Ces territoires, déjà fragilisés par les mutations industrielles, pourraient subir un choc social supplémentaire.

Capgemini et l’après : reclassements, formations et zones d’ombre

Capgemini assure vouloir accompagner les salariés concernés. Le groupe évoque des dispositifs de reclassement interne, des plans de formation vers les métiers de l’IA et, le cas échéant, des départs volontaires encadrés. Selon plusieurs sources médiatiques, une partie des emplois supprimés pourrait être compensée par des créations de postes très qualifiés dans les domaines de la data, de la cybersécurité et de l’architecture cloud.

Toutefois, cette promesse suscite un scepticisme marqué. Les syndicats soulignent l’écart entre les profils supprimés et ceux recherchés. Former un développeur applicatif traditionnel aux architectures d’IA avancée nécessite du temps, des investissements lourds et une appétence technique spécifique. Or, rien ne garantit que tous les salariés concernés pourront ou voudront effectuer cette transition. Plusieurs experts du marché de l’emploi rappellent que l’IA ne détruit pas seulement des postes, mais recompose profondément les trajectoires professionnelles.

En outre, Capgemini reste flou sur le calendrier précis et les modalités exactes des suppressions d’emplois. Les négociations sociales, qui doivent s’ouvrir dans les prochaines semaines, seront déterminantes. Les représentants du personnel réclament des garanties chiffrées, tant sur le nombre réel de licenciements que sur les budgets alloués à la formation et à l’accompagnement. À ce stade, aucune enveloppe financière détaillée n’a été rendue publique.

Enfin, ce plan dépasse largement le seul cas Capgemini. Il illustre une tendance structurelle du secteur numérique français, où l’intelligence artificielle devient un facteur direct de destruction d’emplois intermédiaires. Le signal est clair : même les géants historiques du conseil n’échappent plus à une logique de substitution technologique accélérée, dont les salariés paient aujourd’hui le prix.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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