Coût réel au km : la voiture d’occasion écrase le neuf

L’achat d’une voiture neuve reste, en France, l’un des actes de consommation les plus lourds. Pourtant, à y regarder de plus près, son rendement économique est alarmant. En tenant compte de la dépréciation rapide, des frais d’entretien et d’usage, le coût réel au kilomètre explose, rendant l’achat neuf souvent désavantageux.

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By Rédaction Published on 30 janvier 2026 15h49
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Coût réel au km : la voiture d’occasion écrase le neuf - © Economie Matin

Dans un contexte d’inflation persistante et de rationalisation budgétaire des ménages, le marché automobile français continue de faire face à une question de fond : est-il économiquement viable d’acheter une voiture neuve ? Si l’attrait de la technologie ou des aides incitatives peut séduire, une lecture froide des chiffres montre que le coût total d’usage d’un véhicule neuf excède très largement sa valeur d’usage réelle, en particulier sur les premières années.

Le piège économique de la dépréciation rapide

Premier élément-clé à considérer : la voiture est un actif à forte décote immédiate, c’est-à-dire qu’elle perd une part significative de sa valeur dès la première année. Ce phénomène, souvent sous-estimé, est pourtant central dans toute analyse de rentabilité.

Dans le cas analysé dans un témoignage utilisateur, une voiture électrique achetée 15 000 € et utilisée pendant 50 000 km affiche un coût unitaire de 0,30 €/km. À 100 000 km, ce coût tombe à 0,15 €/km, soit 15 € les 100 km. La même logique appliquée à un véhicule à 30 000 € ou 45 000 € fait mécaniquement grimper le coût unitaire à 30 €/100 km ou 45 €/100 km, sans même intégrer carburant ou assurance.

Pourquoi cette explosion des coûts ? Parce que la valeur résiduelle d’un véhicule neuf chute brutalement dès la sortie du concessionnaire. En moyenne, la dépréciation représente 20 à 25 % de perte de valeur la première année.

En France, selon l'étude de Data Roole, les ménages dépensent 416 € par mois en moyenne pour posséder une voiture neuve, soit près de 5 000 € par an, tous postes confondus. Mais ce chiffre moyen cache des écarts selon le type de motorisation : 469 €/mois pour un modèle thermique, 513 € pour un électrique, et jusqu’à 762 € pour un hybride rechargeable.

Un amortissement lent et peu rentable

Si l’on transpose ces chiffres à une logique d’amortissement linéaire, l’achat d’une voiture neuve ne devient économiquement intéressant que si elle est conservée longtemps et utilisée intensivement. Autrement dit : plus vous roulez, plus le coût fixe (le prix d’achat) est réparti, réduisant mécaniquement le coût unitaire au kilomètre.

Mais cela suppose un usage élevé, supérieur à 20 000 km/an, et une durée de détention d’au moins 7 à 10 ans. Or, selon l’Observatoire Cetelem, la durée moyenne de détention d’un véhicule neuf en France est de 5,5 ans, bien trop courte pour un amortissement optimal.

Ce déséquilibre est renforcé par le coût de possession : assurance, révisions, entretien, carburant. Lessentieldeleco.fr évalue le coût global à 0,33 €/km en moyenne, ventilé ainsi : 0,128 €/km pour le carburant, 0,122 €/km pour entretien/assurance et 0,08 €/km pour la dépréciation.

À 15 000 km par an, cela représente près de 5 000 € annuels, soit exactement ce que Roole confirme comme moyenne mensuelle : 416 €/mois. Ce chiffre, peu variable selon les profils, fait de la voiture neuve un actif particulièrement coûteux au regard de son utilité marginale.

L’occasion : une alternative économiquement plus rationnelle

À l’inverse, l’achat d’un véhicule d’occasion déjà amorti transforme totalement le calcul économique. Un conducteur ayant acquis pour 3 500 € un véhicule de 180 000 km, et ayant roulé jusqu’à 280 000 km, témoigne d’un coût réel de 3,50 € par tranche de 100 km, soit dix fois moins qu’un véhicule neuf de même gabarit.

Ce raisonnement repose sur le principe d’amortissement différé : le second propriétaire bénéficie du capital déjà absorbé par le premier, sans pour autant subir les coûts majeurs de réparation (si l'achat est bien choisi). Même en incluant un entretien modéré, le coût reste souvent inférieur à 6 ou 7 €/100 km, bien en dessous des 30 à 60 €/100 km d’une voiture neuve mal amortie.

Et même en tenant compte d’une éventuelle valeur de revente du véhicule neuf (souvent surévaluée dans les calculs optimistes), le rendement économique d’un achat neuf reste nettement inférieur à celui de l’occasion récente. Une voiture neuve payée 35 000 €, revendue 10 000 € après 100 000 km, aura coûté 25 000 €, soit 25 €/100 km, sans intégrer assurance, entretien ou énergie.

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