L’Europe traverse une période charnière. Entre tensions géopolitiques, réindustrialisation nécessaire, transitions écologique, transition IA et compétition mondiale accrue, la question de la résilience économique n’est plus théorique : elle est devenue stratégique. Dans ce contexte, les entreprises de taille intermédiaire (ETI) apparaissent comme un levier décisif – encore trop sous-estimé – pour renforcer la souveraineté économique du continent.
Les ETI, clés du sursaut européen

À l'occasion du European ETI Summit, nous avons souhaité ouvrir un débat de fond : les ETI peuvent-elles constituer les clés du sursaut européen ? Les ETI : une résilience exemplaire
Les ETI ont mieux résisté que beaucoup d'autres catégories d'entreprises aux chocs récents - crise sanitaire, ruptures logistiques, flambée des coûts énergétiques et tensions sur les approvisionnements.
Cette résilience s'explique par plusieurs caractéristiques structurelles :
- une gouvernance souvent de long terme, moins soumise aux arbitrages court-termistes ;
- un fort ancrage territorial, combiné à une ouverture internationale ;
- une capacité d'innovation pragmatique, proche des besoins industriels réels ;
- une agilité organisationnelle permettant des adaptations rapides.
Les ETI ne se contentent pas d'encaisser les crises : elles transforment ces contraintes en opportunités de montée en gamme, de diversification et de relocalisation partielle des chaînes de production. En d'autres termes, elles incarnent une forme d'équilibre entre solidité et flexibilité, précisément ce dont l'Europe a besoin aujourd'hui. L'Europe des ETI : une réalité déjà visible sur le terrain
On parle souvent des ETI comme d'une catégorie statistique. Or, sur le terrain, elles constituent un véritable tissu économique européen. De l'industrie manufacturière allemande aux champions technologiques nordiques, en passant par les acteurs industriels français, italiens ou espagnols, les ETI structurent des écosystèmes entiers. Elles irriguent les territoires, forment des compétences clés, collaborent avec les universités et soutiennent un réseau dense de PME partenaires.
Leur force réside dans une double identité : profondément enracinées localement, mais résolument tournées vers l'export. Elles portent ainsi une vision concrète de l'Europe économique - non pas une abstraction institutionnelle, mais un espace de production, d'innovation et de coopération industrielle.
Cette "Europe des ETI" existe déjà. Elle reste pourtant fragmentée, insuffisamment visible et encore trop peu intégrée dans les politiques économiques européennes. Le positionnement stratégique des ETI dans les chaînes de valeur critiques
Les crises récentes ont révélé la vulnérabilité des chaînes de valeur mondiales. Dans des secteurs stratégiques - énergie, santé, électronique, mobilité, défense, technologies vertes - l'Europe doit sécuriser ses capacités industrielles.
Les ETI occupent souvent des positions clés dans ces chaînes :
- fournisseurs spécialisés à haute valeur ajoutée ;
- détenteurs de savoir-faire industriels difficiles à substituer ;
- innovateurs capables d'industrialiser rapidement de nouvelles solutions ;
- partenaires fiables pour les grands groupes européens.
Elles représentent le maillon intermédiaire qui relie la recherche, la production et les marchés internationaux. Sans elles, la réindustrialisation européenne restera un slogan ; avec elles, elle peut devenir une réalité durable.
Il est donc essentiel de reconnaître leur rôle stratégique et d'adapter les politiques publiques : accès au financement de croissance, simplification réglementaire, soutien à l'innovation industrielle et facilitation de la coopération transfrontalière. Vers la construction d'un « Mittelstand européen »
Le modèle du Mittelstand allemand est souvent cité comme référence : entreprises familiales solides, spécialisées, exportatrices, investissant dans l'innovation et la formation. Mais l'enjeu aujourd'hui n'est pas d'imiter un modèle national : il est de construire un Mittelstand européen.
Cela implique plusieurs transformations majeures :
- Créer une reconnaissance européenne des ETI, avec une définition harmonisée et une stratégie dédiée à l'échelle de l'Union. -
- Faciliter leur croissance transfrontalière, en réduisant les barrières administratives et réglementaires entre États membres. -
- Renforcer les financements de long terme, adaptés aux cycles industriels. -
- Favoriser les alliances industrielles européennes, permettant aux ETI de coopérer pour atteindre une taille critique mondiale. -
- Investir dans les compétences, pour répondre aux besoins technologiques et industriels de demain.
Construire un Mittelstand européen, c'est donner aux ETI les moyens de devenir les champions industriels de demain - non pas contre les grands groupes, mais en complémentarité avec eux. Faire des ETI un projet politique européen
Le débat sur la compétitivité européenne ne peut plus se limiter aux start-up d'un côté et aux multinationales de l'autre. Entre ces deux mondes se trouvent les ETI : des entreprises capables d'innover, de produire, d'exporter et de créer des emplois durables.
Le European ETI Summit porte une conviction simple : le sursaut européen passera par une stratégie industrielle qui place les ETI au cœur du projet économique européen.
L'Europe dispose déjà des talents, des technologies et des entrepreneurs. Ce qu'il lui reste à construire, c'est une vision commune - une Europe qui assume pleinement la force de ses entreprises intermédiaires comme pilier de sa souveraineté, de sa résilience et de sa prospérité future.
