Trump une guerre c’est long !

Trump s’est adressé aux Américains hier mais également au monde. Ce qu’il a dit c’est que la guerre n’est pas terminée. Elle va se terminer, sans doute dans 2 ou 3 semaines, mais nous en reparlerons d’ici-là car nous sommes clairement dans un processus itératif et de « pilotage » des marchés et des réactions des gens.

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By Charles Sannat Published on 2 avril 2026 10h36
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Trump une guerre c’est long ! - © Economie Matin
115 DOLLARSLe pétrole a franchi la barre des 115 dollars le baril le 9 mars 2026

Un passage du discours de Trump aurait du retenir l’attention de tous les observateurs, car Trump, même s’il semble dire tout et son contraire lâche tout de même des informations clefs régulièrement.

Une guerre c’est long !

« Il est essentiel que nous gardions ce conflit en perspective. L’implication américaine dans la première guerre mondiale a duré un an, sept mois et cinq jours. La seconde guerre mondiale a duré trois ans, huit mois et vingt-cinq jours. La guerre de Corée a duré trois ans, un mois et deux jours. La guerre du Vietnam a duré dix-neuf ans, cinq mois et vingt-neuf jours. La guerre en Irak s’est prolongée pendant huit ans, huit mois et vingt-huit jours. Nous sommes engagés dans cette opération militaire, si puissante, si brillante, contre l’un des pays les plus puissants, depuis trente-deux jours. »

Sous prétexte de dire que cette guerre pour le moment est courte (ce qui est vrai techniquement et factuellement), il précise que les guerres en général c’est long.

Dès février 2022 je vous disais à propos de l’Ukraine qu’il n’y a « jamais de petites guerres en Europe ». Après presque 5 ans de conflit et plus d’un million de morts je suppose que tout le monde a compris ce que je voulais dire par « il n’y a pas de petites guerres en Europe ».

C’est la même chose avec l’Iran. Ce n’est pas et ce ne sera pas une petite guerre.

Trump ne négocie pas avec l’Iran… mais avec l’Otan pour son engagement.

L’objectif de Trump (qui n’est pas gentil avec nous) est d’entraîner à ses côtés d’autres forces armées pour partager le fardeau, les pertes, et les coûts de cette guerre qu’il a décidé de déclencher sans l’accord préalable de ses alliés traditionnels. Personne ne veut aller dans ce bourbier et perdre ses hommes et ses navires. Pourtant, comme l’a rappelé Trump hier soir :

« À tous les pays qui ne peuvent plus se procurer de carburant — dont beaucoup ont refusé de participer à la décapitation de l’Iran, que nous avons dû mener seuls — j’ai une suggestion. Premièrement, achetez du pétrole aux États-Unis ; nous en avons en abondance, énormément. Deuxièmement, faites preuve d’un courage différé… Allez dans le détroit et prenez-en le contrôle. Protégez-le. Utilisez-le pour vous-mêmes. »

Trump en menaçant de se retirer de l’OTAN et en mettant la pression sur ses pays partenaires pour qu’ils s’engagent dans la guerre négocie en réalité par les pays de l’OTAN, pas franchement avec les Iraniens et ce qu’il dit est factuellement globalement juste. C’est nous qui avons besoin d’énergie et de pétrole, pas les Etats-Unis qui peuvent nous vendre du bon GNL bien cher en bons dollars que l’on devra acheter. N’oubliez pas le tableau ci-dessous qui change tout. Le monde, sa géopolitique, ses rapports de forces et évidemment aussi les rapports monétaires.

Les 2 erreurs d’analyse !

Il y a ici deux erreurs d’analyse fondamentale. Prendre Trump pour un imbécile alors qu’il est en train de prendre le contrôle du marché pétrolier mondial en bloquant Ormuz et donc en octroyant un pouvoir géopolitique exorbitant à son pays, seule nation (après avoir enlevé Maduro et le pétrole du Venezuela juste avant) capable de vous livrer le pétrole dont vous avez tant besoin. L’imbécile est en train de nous couillonner mais nous sommes occupés à le traiter d’abruti sans voir le coup arriver.

La seconde c’est croire que les Etats-Unis négocient avec l’Iran, alors qu’en réalité ils négocient avec les pays de l’OTAN pour que cette guerre puisse se poursuivre d’une autre manière aussi longtemps qu’il sera nécessaire.

A ce stade l’Iran n’a objectivement aucune raison de libérer le détroit d’Ormuz. Le régime tient, c’est sa victoire. Elle n’est pas militaire. Elle est économique. Militairement l’Iran a déjà perdu. Economiquement en raison des perturbations qui vont s’étendre et les rationnements deviendront visibles à tous dès mi-avril (sans doute après le week-end de Pâques) l’Iran a déjà gagné.

Trump a confirmé que la guerre continuerait au moins 2 à trois semaines. Et après ? Personne ne sait. Processus itératif je vous dis. Nous sommes menés par le bout du nez. Dans 3 semaines il n’y aura plus de pétrole dans les pompes à carburant. Le problème ne sera pas les « prix bloqués » mais la disponibilité.

Petit conseil. Il n’y a plus de livraison de kérosène pour les avions. Vous pourrez peut-être partir. Pas évident que vous puissiez revenir. Soyez vigilant. A titre personnel je ne mettrais pas les pieds dans un vol long courrier.

Et Trump de conclure, « nous allons les frapper extrêmement durement au cours des deux à trois prochaines semaines. Nous allons les ramener à l’âge de pierre, là d’où ils viennent »… ce qui est un peu réducteur quand on connait l’histoire de la Perse. Mais Trump le sait. Il fait de la communication pour sa population. D’ailleurs, entendez-vous Macron ces derniers temps ? Non, il inaugure la Reine des neiges chez Disney. Sinon silence radio. C’est un signal important. Il n’a rien à dire le jacteur du Palais. C’est normal. Plus c’est grave moins ils parlent. Leurs silences sont toujours plus importants que leurs bruits.

Quelques heures avant de parler Trump avait posté ce message qui avait enflammé les marchés… qui vont vite s’éteindre. Comme d’habitude. Du pilotage je vous dis. On fait monter les cours… cela donne du mou, de la marge de baisse pour annoncer les mauvaises nouvelles, mais la tendance reste baissière.

Les pénuries arrivent. Elles sont désormais inévitables.

Il est déjà trop tard, mais tout n’est pas perdu.

Préparez-vous !

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Charles SANNAT est diplômé de l'Ecole Supérieure du Commerce Extérieur et du Centre d'Etudes Diplomatiques et Stratégiques. Il commence sa carrière en 1997 dans le secteur des nouvelles technologies comme consultant puis Manager au sein du Groupe Altran - Pôle Technologies de l’Information-(secteur banque/assurance). Il rejoint en 2006 BNP Paribas comme chargé d'affaires et intègre la Direction de la Recherche Economique d'AuCoffre.com en 2011. Il rédige quotidiennement Insolentiae, son nouveau blog disponible à l'adresse http://insolentiae.com Il enseigne l'économie dans plusieurs écoles de commerce parisiennes et écrit régulièrement des articles sur l'actualité économique.

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