Une enquête de la DGCCRF révèle que 40% des garagistes français ne respectent pas la réglementation en vigueur. Tarifs opaques, pièces facturées sans installation et clauses abusives caractérisent un secteur automobile où les entorses à la loi demeurent préoccupantes.
Automobile : 40% des garagistes ne respectent pas la loi

Les contrôles de la DGCCRF révèlent des pratiques préoccupantes chez les garagistes français
Le bilan dressé par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) sur les professionnels de l'entretien automobile donne matière à réflexion. Sur 1 613 établissements inspectés en 2024, quatre garagistes sur dix présentent des anomalies significatives, révélant un secteur où les entorses à la réglementation restent, hélas, monnaie courante. Les résultats de cette campagne ont été rendus publics le 4 juin 2026, comme le rapportent Le Figaro et RMC BFM. Les manquements constatés traversent l'ensemble de la filière, des garages indépendants aux centres auto, en passant par les concessionnaires de marques.
Un catalogue d'infractions qui couvre tout le secteur
Les investigations de la DGCCRF ont mis en lumière un éventail d'irrégularités aussi variées que préoccupantes. Le ciblage des établissements problématiques s'appuie désormais largement sur les signalements déposés par les consommateurs via la plateforme SignalConso, ce qui explique en partie la précision croissante des contrôles.
L'opacité tarifaire constitue le principal grief retenu contre ces professionnels. De nombreux garagistes négligent leurs obligations légales les plus élémentaires : l'affichage des prix, des frais de diagnostic, des coûts de gardiennage, du tarif horaire de la main-d'œuvre ou encore des suppléments susceptibles de s'ajouter au devis initial brille par son absence dans de trop nombreux établissements. Ces prestations, pourtant systématiquement facturées, restent ainsi dissimulées derrière un affichage lacunaire ou inexistant. Une tendance déjà documentée en 2021, quand le taux d'anomalie atteignait 54 % parmi les établissements alors contrôlés, comme le souligne Que Choisir.
Plus grave encore, l'enquête a mis au jour des pratiques franchement trompeuses. Certains établissements facturent le retrait et le remplacement de pièces détachées sans qu'aucune manipulation de ce type n'ait jamais été effectuée sur le véhicule. Cette fraude directe, qui s'apparente à un vol caractérisé aux dépens des automobilistes, figure parmi les cas les plus sévèrement sanctionnés.
Les clauses contractuelles litigieuses forment un autre pan important des infractions relevées. Indemnités forfaitaires de retard normalement réservées aux relations entre professionnels, limitations abusives de responsabilité en cas de vol ou de dégradation du véhicule, liberté unilatérale de dépasser le devis initial : autant de pratiques qui lèsent directement le consommateur. À cela s'ajoute un manquement récurrent à l'obligation d'information sur les pièces issues de l'économie circulaire, pourtant en vigueur depuis 2016. Cette omission prive les automobilistes d'alternatives économiques parfois substantielles. À noter que des plateformes spécialisées dans les pièces d'occasion se développent précisément pour répondre à ce besoin ignoré.
Le "défapage", une pratique illégale qui prolifère sur les réseaux sociaux
La DGCCRF signale également une multiplication préoccupante des offres de retrait de filtre à particules, pratique couramment désignée sous le terme de "défapage". Interdite par le Code de la route, cette modification se propage sur les réseaux sociaux malgré son caractère illégal. Florian Simonneau, porte-parole de la DGCCRF, précise à ce sujet que "nous avons aussi un contrôle des influenceurs qui donnent des conseils de diverses manières", témoignant de l'évolution des canaux de promotion de ces pratiques frauduleuses.
Des sanctions graduées, entre pédagogie et fermeté
Face à ces constats, la DGCCRF a opté pour une approche mesurée. Les 40 % d'établissements en infraction ont donné lieu à un éventail de mesures correctives et répressives : 497 injonctions de mise en conformité adressées aux contrevenants, 224 procès-verbaux administratifs ou pénaux dressés, et plus de 580 avertissements distribués. Les autorités privilégient ainsi la pédagogie sur la sanction systématique, notamment pour ce qui concerne l'obligation de proposer des pièces d'occasion depuis 2019 pour les véhicules hors garantie.
La plateforme SignalConso joue un rôle déterminant dans cette stratégie. En 2025, elle a enregistré plus de 10 000 signalements liés à l'entretien et à la réparation automobile, soit environ 2 % de l'ensemble des signalements reçus, ce qui place ce secteur parmi les plus signalés à l'échelle nationale.
Comment se protéger face aux dérives des garages
Pour se prémunir contre ces pratiques, la DGCCRF recommande aux automobilistes d'exiger systématiquement un devis détaillé, puis un ordre de réparation, avant toute intervention sur leur véhicule. Ces deux documents constituent le socle d'une relation commerciale transparente. Il faut savoir que faire réparer sa voiture coûte en moyenne plus de 400 euros : autant de raisons supplémentaires de ne rien laisser dans l'ombre.
L'évolution du taux d'infractions, passé de 30 % en 2022 à 40 % en 2024, ne traduit pas nécessairement une dégradation des pratiques du secteur. Florian Simonneau le précise lui-même : "Plus ce chiffre est élevé, plus il est la preuve que le ciblage a correctement été effectué." L'amélioration du ciblage grâce aux remontées citoyennes permet en effet d'identifier plus efficacement les établissements problématiques, sans que cela signifie que l'ensemble de la profession se soit détérioré.
Cette situation rappelle, si besoin en était, que la vigilance des consommateurs reste l'arme la plus efficace contre des pratiques qui, trop souvent encore, ternissent l'image d'une profession pourtant indispensable à la mobilité quotidienne des Français.
