La dette publique française vient de franchir le seuil symbolique des 3 500 milliards d’euros, soit 117,5 % du PIB. Un record. Une honte. Et surtout, un choix — car personne ne nous a forcés à en arriver là.
3 500 milliards : la France a choisi de couler

, un niveau historiquement inédit, bien au-dessus de la moyenne de la zone euro.
Un demi-siècle de déni organisé
Il y a cinquante ans, en 1975, la France était une puissance prospère, industrielle, respectée. Elle affichait des finances publiques à peu près saines et une économie parmi les plus dynamiques du monde occidental. Cinquante ans plus tard, nous voilà avec une ardoise de 3 500 milliards d'euros — soit environ 52 000 euros par Français, nouveau-nés compris.
La Cour des comptes, institution aussi courageuse dans ses rapports qu'impuissante dans ses conclusions, appelle à "une prise de conscience et des réponses rapides". Belle formule. Sauf que cette même Cour des comptes alerte depuis trente ans, et que chaque gouvernement, de droite comme de gauche, a consciencieusement choisi d'ignorer ses avertissements. Pourquoi ? Parce que dépenser l'argent que l'on n'a pas, c'est rentable électoralement. Pas dépenser, c'est suicidaire politiquement. Voilà la vérité nue que personne n'ose dire dans les palais de la République.
Force est de constater que ce n'est pas une fatalité économique qui nous a conduits ici. C'est une accumulation de lâchetés politiques, de promesses financées par la dette, de niches fiscales achetées contre des votes, de services publics jamais réformés. Cinquante décisions mauvaises, prises sur cinquante ans. Un choix, répété chaque année.
L'effet boule de neige, ou la spirale du condamné
Ce qui me préoccupe aujourd'hui encore plus que le chiffre brut, c'est la dynamique. On parle désormais ouvertement d'"effet boule de neige" : nos intérêts de dette augmentent plus vite que notre croissance. Autrement dit, même si nous décidions demain de ne plus creuser le déficit, la dette continuerait de grossir toute seule.
La Banque de France évoque prudemment un "scénario positif" lié à la baisse du pétrole et à quelques accalmies géopolitiques. Bien. Mais un scénario positif conjoncturel ne règle pas un problème structurel vieux de cinquante ans. C'est comme se réjouir d'un rayon de soleil quand le toit de la maison s'effondre.
Regardons nos voisins sans complexe : l'Allemagne tourne autour de 63 % de dette rapportée au PIB. Les Pays-Bas à 46 %. La Suisse, modèle de sobriété budgétaire que l'on cite rarement pour ne pas rougir, est en dessous de 40 %. Ces pays ne se privent pas de financer leur santé, leur éducation, leurs infrastructures. Ils le font simplement avec de l'argent qu'ils ont, pas avec des emprunts que leurs petits-enfants rembourseront.
Qui paiera la facture ? Vous. Déjà.
Je pense que les Français ne mesurent pas encore ce que signifie concrètement ce niveau d'endettement. Chaque euro emprunté aujourd'hui, c'est un euro d'impôt futur. C'est une hausse de prélèvements inévitable. C'est des services dégradés, des retraites fragilisées, des investissements publics sacrifiés.
Les entreprises, elles, le sentent déjà : taux longs qui remontent, coût du crédit qui grimpe, environnement fiscal qui écrase toute velléité d'investissement. Pendant ce temps, nos concurrents européens et américains avancent.
La question n'est plus "faut-il réduire la dépense publique ?" La question est : "jusqu'où allons-nous attendre avant d'agir ?" À 130 % du PIB ? À 150 % ? Au moment où les marchés décideront à notre place ?
Parce que si nous ne choisissons pas nous-mêmes l'austérité, elle finira par nous être imposée. Et cette fois, sans anesthésie.
