L’IA ne menace pas le binôme dirigeant-operating partner, elle l’augmente

L’enjeu n’est plus de savoir si l’IA peut remplacer l’expertise, mais comment l’expertise se sert de l’IA pour démultiplier l’impact économique.

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By Isabelle Saladin Published on 4 juillet 2026 10h51
intelligence artificielle se former
L’IA ne menace pas le binôme dirigeant-operating partner, elle l’augmente - © Economie Matin
2000 MILLIARDS $D'ici 2030, le marché de l'intelligence artificielle devrait représenter près de 2000 milliards de dollars

Au cours des 10 dernières années, la force du binôme "dirigeant-operating partner" a résidé dans l'alchimie entre la vision du chef d'entreprise et l'expertise pragmatique de son partenaire opérationnel. Cet équilibre est bousculé avec le développement accéléré de l'intelligence artificielle au cours des 2 à 3 dernières années. L'équation a changé et intègre désormais une troisième variable : la donnée augmentée.

Le corollaire de cette évolution est la crainte montante d'une IA toute puissante qui se substitue à ce jeune métier, tout comme elle menace d'autres professions intellectuelles et cols blancs. Le fait est qu'après avoir servi à automatiser des tâches manuelles à faible valeur ajoutée, elle devient de plus en plus compétente pour gérer des tâches complexes. L'arrivée des IA agentiques qui ont la capacité d'opérer des processus complexes sans intervention humaine nourrit et renforce la tendance.

Cependant, si avec l'IA, l'analyse pure devient une commodité, l'exécution complexe et l'accompagnement du changement comptent parmi les actifs les plus précieux et non automatisables. Le vrai impact de l'IA est donc le déplacement de la création de valeur : elle permet de passer d'une stratégie de constat à une stratégie d'anticipation. La conséquence est que le binôme ne disparaît pas, il s'élève.

Un dirigeant d'entreprise gagnera en effet à voir l'IA comme un levier de souveraineté opérationnelle. L'accélération des cycles de décision va redonner de l'agilité aux ETI et PME. En le libérant des tâches de reporting et de contrôle technique, l'IA lui rend son temps de cerveau disponible pour sa mission première : la vision et le leadership.

Du côté de l'operating partner, là où, jusque récemment encore, il passait des semaines à auditer des processus et/ou à analyser des marges, l'IA va lui livrer des diagnostics en temps réel, identifiant des signaux faibles de sous-performance que l'œil humain, aussi expert soit-il, ne pourrait détecter. L'IA peut être utilisée pour générer un plan de transformation. Mais elle ne sait pas arbitrer entre des injonctions contradictoires (croissance vs résilience), gérer l'irrationnel humain qui reste un moteur indispensable de toute transformation en entreprise, ou encore porter une responsabilité éthique et politique sur les choix de restructuration ou d'investissement. Le rôle de l'operating partner évolue donc pour devenir le "chef d'orchestre des algorithmes", garant de la cohérence entre les recommandations de la machine et la réalité du terrain.

Prétendre que l'IA menace le binôme dirigeant-operating partner est une erreur de lecture. Elle menace seulement ceux qui fondent leur valeur sur la rétention d'information ou sur des méthodologies figées. Pour les autres, elle est une chance historique de réinventer la création de valeur financière et économique. Demain, l'avantage concurrentiel ne viendra pas de celui qui possède la meilleure IA, mais du binôme qui saura marier la puissance de calcul à la finesse du jugement humain. L'IA est un outil froid, quand l'operating partner reste le moteur thermique de la transformation.

Isaladin

Présidente d'I&S Adviser

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