Ce pays veut construire une aciérie entièrement solaire

Le Nigeria veut atteindre une économie de 1000 milliards de dollars d’ici 2030. Pour y parvenir, le milliardaire indien Raj Gupta construit une aciérie alimentée par une centrale solaire de 200 MW. Ce complexe de 500 hectares en Niger State pourrait devenir la plus grande installation solaire d’Afrique subsaharienne et réduire la dépendance du pays aux importations d’acier.

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By La rédaction Published on 8 juillet 2026 8h25
L'État réduit encore les aides à l'électricité solaire en toiture
Ce pays veut construire une aciérie entièrement solaire - © Economie Matin
19,54 MILLIARDS $Le Produit Intérieur Brut (PIB) du Niger s'élevait à 19,54 milliards de dollars en 2024

Le Nigeria ambitionne une économie de 1000 milliards de dollars d'ici 2030. L'acier en sera un pilier. Mais pour que les aciéries nigéranes soient compétitives, elles doivent d'abord résoudre le problème qui paralyse tous les manufacturiers du pays : l'électricité. En juin 2024, le milliardaire indien Raj Gupta a posé la première pierre d'un complexe sidérurgique qui pourrait changer la donne. Son pari ? Alimenter entièrement la production d'acier grâce à une centrale solaire de 200 MW.

Le Nigeria mise sur l'acier pour atteindre 1 trillion de dollars d'économie

Le gouvernement fédéral nigérian a placé le secteur sidérurgique au cœur de sa stratégie économique. Shuaibu Audu, ministre du Développement de l'Acier, rappelle que l'objectif d'une économie à 1000 milliards de dollars repose sur la capacité du pays à produire localement ce qu'il importe massivement aujourd'hui. L'acier figure en tête de liste. Actuellement, le Nigeria dépend largement des importations pour approvisionner son secteur de la construction et ses industries manufacturières. Cette dépendance pèse sur la balance commerciale et freine l'industrialisation.

L'électricité, le frein majeur de la fabrication nigériane

La production d'acier exige une alimentation électrique stable et massive. Or, le réseau nigérian souffre de déficits chroniques, d'effondrements fréquents et d'une infrastructure de transmission défaillante. Résultat : les fabricants investissent massivement dans des générateurs diesel. Ces coûts énergétiques supplémentaires alourdissent les prix de revient et rendent les produits nigérians moins compétitifs face aux importations asiatiques. Le projet d'Abuja Steel Mills, filiale d'African Industries Group, propose une solution radicale : contourner le réseau national en construisant une centrale solaire dédiée.

500 hectares en Niger State pour un complexe sidérurgique révolutionnaire

Le gouvernement de Niger State a alloué 500 hectares de terrain à Abuja Steel Mills Limited dans la zone de Tafa Local Government Area, à Sabon Wuse, près d'Abuja. Cette parcelle accueillera non seulement l'usine sidérurgique, mais aussi un parc industriel complet. Le choix de Niger State n'est pas anodin. La région bénéficie d'un accès privilégié au gazoduc Ajaokuta-Kaduna-Kano (AKK), à des ressources solaires abondantes et à quatre barrages hydroélectriques (Kainji, Jebba, Shiroro, Zungeru). Mohammed Umar Bago, gouverneur de Niger State, prévoit même de gazetter 200 000 hectares supplémentaires pour attirer d'autres investissements manufacturiers. L'ambition : transformer la région en corridor industriel panafricain.

Raj Gupta : 50 ans d'industrie, un projet d'envergure

Raj Gupta n'est pas un nouveau venu dans l'industrie nigériane. Son groupe, African Industries Group (AIG), opère depuis plus de 50 ans dans le pays. Fondé au début des années 1970 comme une modeste entreprise sidérurgique, AIG s'est progressivement transformé en un conglomérat manufacturier diversifié. Aujourd'hui, le groupe emploie environ 10 000 personnes à travers ses 31 usines réparties sur le territoire nigérian. Cette nouvelle aciérie solaire représente l'aboutissement d'une stratégie de long terme : intégrer l'énergie renouvelable dans la fabrication lourde pour réduire les coûts et garantir une production stable.

African Industries Group, un conglomérat de 31 usines

AIG fabrique des produits sidérurgiques, des matériaux de construction, des équipements industriels et des biens de consommation. Ses 31 installations manufacturières couvrent plusieurs États du Nigeria. Cette diversification géographique et sectorielle confère au groupe une connaissance intime des défis énergétiques du pays. Raj Gupta souligne que "cette allocation de terres est un jalon historique. L'investissement reflète la confiance à long terme de l'entreprise dans le potentiel industriel du Nigeria et son engagement à intégrer l'énergie renouvelable dans la fabrication lourde", selon les déclarations rapportées par Businessday NG.

200 MW solaires : l'autosuffisance énergétique en action

La centrale solaire de 200 MW fonctionnera en mini-grid indépendant du réseau national. Cette capacité permettra d'alimenter l'ensemble du processus de production sidérurgique, des fours électriques aux lignes de laminage. Raj Gupta affirme que "le projet pourrait devenir la plus grande installation solaire du Nigeria et potentiellement la plus grande en Afrique de l'Ouest et Afrique subsaharienne". Si cette ambition se concrétise, le complexe offrira un modèle reproductible pour d'autres industries énergivores. L'autonomie énergétique garantit également une prévisibilité des coûts, un avantage décisif dans un secteur où les marges sont serrées. Cette approche rejoint les efforts mondiaux d'intégration des énergies renouvelables dans l'industrie lourde, à l'image des investissements massifs dans la fusion nucléaire pour décarboner la production d'énergie.

Quel impact sur l'emploi et la balance commerciale ?

Le projet s'inscrit dans une dynamique de création de valeur locale. John Enoh, ministre d'État à l'Industrie, au Commerce et à l'Investissement, estime que "les investissements à cette échelle seront essentiels pour réduire la dépendance du Nigeria aux produits sidérurgiques importés tout en créant des emplois et en élargissant la fabrication locale". Le complexe devrait générer des milliers d'emplois directs et indirects, depuis la construction jusqu'à l'exploitation à plein régime.

10 000 emplois supplémentaires attendus

AIG emploie déjà 10 000 personnes. Le nouveau complexe sidérurgique pourrait ajouter plusieurs milliers de postes supplémentaires, entre les opérateurs de fours, les techniciens de maintenance, les ingénieurs et le personnel logistique. L'effet multiplicateur s'étendra aux sous-traitants locaux, aux fournisseurs de services et aux commerces environnants. Niger State espère ainsi voir émerger un écosystème industriel complet autour du site de Sabon Wuse.

Réduire la dépendance aux importations d'acier

Le Nigeria importe chaque année des millions de tonnes d'acier, principalement d'Asie. Cette dépendance fragilise la balance commerciale et expose le pays aux fluctuations des prix internationaux. En produisant localement avec des coûts énergétiques maîtrisés, Abuja Steel Mills pourrait concurrencer les importations et fournir le secteur de la construction nigérian à des tarifs compétitifs. La substitution des importations libérera également des devises pour d'autres investissements stratégiques.

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