Voiture électrique : la facture cachée de 30 milliards que la France devra payer

La transition vers la voiture électrique crée une crise fiscale majeure. La France perdra entre 15 et 30 milliards d’euros de recettes sur les carburants. Le Royaume-Uni instaure dès 2028 une taxe kilométrique sur les véhicules électriques pour combler le manque à gagner. Bercy devra bientôt trancher.

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By Adélaïde Motte Published on 17 juillet 2026 10h32
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Voiture électrique : la facture cachée de 30 milliards que la France devra payer - © Economie Matin

Avec l'électrification du parc automobile, la France perdra entre 15 et 30 milliards d'euros de recettes annuelles sur les accises énergétiques. Le Royaume-Uni vient de trancher : créer une nouvelle taxe kilométrique pour combler le trou. Paris devra bientôt faire ses comptes.

Le trou budgétaire de 30 milliards d'euros que personne n'attend

La transition vers la voiture électrique génère une crise fiscale structurelle majeure. La Cour des Comptes française tire la sonnette d'alarme : la baisse attendue des recettes nettes tirées des accises sur l'énergie pourrait atteindre 15 à 30 milliards d'euros à terme. Un manque à gagner colossal pour les finances publiques, directement lié à la diminution mécanique de la consommation de carburants fossiles. Chaque litre d'essence ou de gazole vendu rapporte actuellement environ 0,70 euro à l'État. Lorsque les véhicules thermiques disparaîtront progressivement des routes, remplacés par des modèles électriques, ce flux de revenus s'évaporera.

Pourquoi les taxes sur l'essence rapportent tant à l'État

Les carburants constituent une vache à lait fiscale exceptionnelle. En France, environ 60% du prix du plein correspond à des taxes. Sur un litre d'essence à 1,80 euro, plus d'un euro revient directement dans les caisses publiques. La Taxe Intérieure de Consommation sur les Produits Énergétiques (TICPE) représente l'essentiel de cette ponction, avec un barème fixé à 0,6829 euro par litre pour l'essence sans plomb et 0,5928 euro pour le gazole. S'y ajoute la TVA de 20%, calculée sur le prix hors taxe et sur la TICPE elle-même, créant une double imposition. Au Royaume-Uni, le mécanisme fonctionne de manière similaire : les droits sur les carburants ont généré 24,4 milliards de livres sterling en 2024-2025, soit environ 28 milliards d'euros. Un montant supérieur à la taxe de circulation britannique (8,4 milliards de livres). La pression budgétaire s'intensifie alors que les déficits publics explosent partout en Europe.

La structure fiscale française sur les carburants : où va vraiment votre argent

La TICPE ne finance pas uniquement les routes. Sur les quelque 30 milliards d'euros collectés annuellement en France via cette taxe, une partie alimente le budget général de l'État, une autre finance les collectivités territoriales, et une fraction soutient les comptes sociaux. Le budget des Agences de financement des infrastructures de transport (AFITF) dépend également de ces recettes pour entretenir et moderniser le réseau routier national. Lorsque les véhicules électriques représenteront 50% du parc, puis 70%, puis davantage, l'équation budgétaire deviendra intenable. Les routes continueront de nécessiter entretien et rénovation, mais les ressources fiscales dédiées s'effondreront. Bercy devra trouver des sources de financement alternatives, sous peine de voir se creuser un déficit structurel majeur. Le précédent britannique montre une voie possible, mais controversée.

Le précédent britannique : comment le Royaume-Uni boucle son équation

Londres a tranché. À partir du 1er avril 2028, l'Electric Vehicle Excise Duty (eVED) entrera en vigueur. Cette taxe kilométrique s'appliquera aux voitures 100% électriques au tarif de 3 pence par mile, soit environ 2,2 centimes d'euro par kilomètre. Les hybrides rechargeables paieront moitié moins : 1,5 pence par mile. Selon le Trésor britannique, la justification officielle repose sur la diminution progressive des recettes issues des carburants. « Avec l'électrification du parc automobile, celles-ci sont appelées à se réduire fortement au cours des prochaines décennies », explique le gouvernement britannique. Concrètement, un conducteur parcourant 12 000 kilomètres par an paiera environ 264 euros de taxe annuelle. L'Office for Budget Responsibility (OBR) projette des recettes de 1,9 milliard de livres sterling (2,2 milliards d'euros) à l'horizon 2030-2031. Mais ce gain budgétaire a un prix : l'OBR estime que l'eVED freinera l'adoption des véhicules électriques de 440 000 unités sur la période de prévision.

La France face au même dilemme : quand et comment taxer l'électrique

Les trois scénarios budgétaires pour Bercy

Aucun projet officiel de taxe kilométrique sur les voitures électriques n'existe actuellement en France. Pourtant, Bercy devra résoudre l'équation budgétaire dans les années à venir. Trois scénarios se dessinent. Premier levier : une taxe kilométrique à la britannique, avec suivi du compteur lors du contrôle technique. Avantage : proportionnalité à l'usage réel. Inconvénient : complexité administrative et risque de rejet politique. Deuxième option : une taxation accrue de l'électricité utilisée pour la recharge. Plus simple à collecter via les bornes publiques et les compteurs domestiques, mais difficile à calibrer sans pénaliser les autres usages électriques. Troisième piste : un renforcement des taxes à l'achat (malus, taxe sur la carte grise) ou à la possession (taxe annuelle de circulation). Moins équitable car déconnecté de l'usage effectif, mais politiquement plus acceptable. Le leasing social montre déjà les limites des aides publiques face aux contraintes budgétaires.

Impact sur le coût total de possession des véhicules électriques

L'arrivée d'une taxe kilométrique bouleverserait l'équation économique du véhicule électrique. Actuellement, rouler en électrique coûte environ 2 à 3 euros aux 100 kilomètres en recharge domestique, contre 10 à 12 euros pour un véhicule essence. Avec une taxe de 2 centimes par kilomètre (hypothèse basse inspirée du modèle britannique), le coût grimperait à 4 à 5 euros aux 100 kilomètres. L'avantage économique persisterait, mais s'éroderait significativement. Pour un automobiliste parcourant 15 000 kilomètres annuels, la facture fiscale atteindrait 300 euros par an. À comparer aux 1 050 euros de TICPE qu'il paierait avec un véhicule essence de consommation moyenne (7 litres aux 100 kilomètres). La voiture électrique resterait moins taxée, mais perdrait une partie de son attractivité financière. Les professionnels du secteur redoutent un ralentissement des ventes.

Le paradoxe de l'État : financer la transition en la freinant

Taxer les voitures électriques pour compenser la baisse des recettes carburants crée un paradoxe. D'un côté, les gouvernements européens affichent des objectifs ambitieux de décarbonation des transports : fin des ventes de véhicules thermiques neufs en 2035, verdissement des flottes publiques, aides à l'achat de véhicules propres. De l'autre, la nécessité de boucler les budgets pousse à créer de nouvelles taxes sur ces mêmes véhicules électriques. Le Royaume-Uni reconnaît ouvertement ce dilemme. L'OBR anticipe que l'eVED réduira les ventes de 440 000 unités, retardant mécaniquement la transition énergétique. La British Vehicle Rental and Leasing Association (BVRLA) estime que le calendrier choisi pénalise une industrie encore fragile. En France, le débat reste embryonnaire, mais la pression budgétaire rendra inévitable une forme de taxation accrue des véhicules électriques d'ici 2030. La vraie question n'est plus de savoir si les voitures électriques paieront davantage, mais quand elles le feront, sous quelle forme, et avec quel impact sur les objectifs climatiques. L'État devra choisir : équilibre budgétaire immédiat ou accélération de la transition écologique. Les deux objectifs semblent de plus en plus incompatibles.

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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