Marché obligataire : pourquoi l’ajustement peut être brutal

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By Julien Nebenzahl Last modified on 20 juillet 2026 11h16
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Vous avez sans doute commencé à entendre parler de Deepseek, une IA chinoise. Disons qu’elle fait au moins aussi bien que ChatGPT l’américain - © Economie Matin

Six années de baisse des prix obligataires, donc de hausse des taux longs, marquent une rupture profonde pour les investisseurs habitués à plusieurs décennies de désinflation. Ce mouvement n’est pas un simple accident : il traduit un changement de régime, né du choc du COVID, de la crise énergétique, puis prolongé par la dégradation des finances publiques.

L’inflation, d’abord jugée transitoire, s’est installée à un niveau plus élevé. Dans le même temps, la hausse des taux renchérit le coût de la dette publique. Plus les États doivent refinancer cher, plus ils émettent, plus l’offre d’obligations augmente, et plus les taux longs restent sous pression. Le marché obligataire entre ainsi dans une logique où les banques centrales ne contrôlent plus seules la trajectoire des taux.

Le débat reste ouvert. D’un côté, les déficits publics, la démondialisation, la transition énergétique et les tensions géopolitiques plaident pour une inflation durablement plus élevée. De l’autre, l’intelligence artificielle, le vieillissement démographique, la surcapacité industrielle chinoise et la concurrence numérique peuvent exercer des forces désinflationnistes puissantes.

Comme aucun scénario ne s’impose clairement, les biais comportementaux prennent le relais. Beaucoup d’investisseurs restent ancrés dans le monde d’avant : celui où les taux finissaient toujours par baisser et où les obligations souveraines étaient perçues comme l’actif sans risque par excellence. Le biais de récence, le biais de normalité et l’aversion à la perte incitent ainsi à conserver des positions obligataires en espérant un retour à la situation pré-2022.

C’est précisément ce qui peut rendre l’ajustement brutal. Un marché peut longtemps sembler stable, puis se réajuster violemment lorsqu’un catalyseur apparaît : surprise inflationniste, dérapage budgétaire ou choc géopolitique.

Pour l’épargnant, la conclusion est claire : l’obligation n’est plus automatiquement l’actif sans risque qu’elle a longtemps été. Le risque n’est plus seulement le défaut, mais aussi la perte de pouvoir d’achat. Et l’allocation traditionnelle 60/40 doit être repensée, car actions et obligations ne se protègent plus toujours mutuellement lorsque l’inflation redevient le facteur dominant.

Le principal danger, aujourd’hui, est donc de continuer à raisonner avec les réflexes du monde d’avant.

Jnebenzahl

Président d’eToro Patrimoine

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