Opérateurs européens : un consortium à 4 milliards pour contrer Starlink

Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica négocient un consortium pour répondre à l’appel d’offres européen sur la bande 2 GHz satellite en 2027. Face à Starlink, les opérateurs européens misent des milliards pour ne pas perdre la relation directe avec leurs abonnés et éviter une désintermédiation fatale.

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By Jehanne Duplaa Published on 9 septembre 2026 14h32
Opérateurs européens : un consortium à 4 milliards pour contrer Starlink
Opérateurs européens : un consortium à 4 milliards pour contrer Starlink - © Economie Matin
17 MILLIARDS $SpaceX a démontré sa puissance financière en acquérant pour 17 milliards de dollars des fréquences à Echostar aux États-Unis, renforçant sa position sur le marché du D2D

Deutsche Telekom, Orange, Vodafone et Telefónica envisagent de créer un consortium satellitaire d'ici 2027 pour faire face à l'expansion de Starlink. Ce projet représente un défi économique majeur, où la priorité pour ces opérateurs n'est plus la croissance, mais bien la survie. Longtemps maîtres de leurs marchés nationaux, ils sont désormais confrontés à la menace d'un acteur américain qui bouleverse les règles du secteur. L'échéance est proche : mai 2027 marquera la fin des licences actuelles de la bande 2 GHz satellite, une ressource stratégique que ces quatre géants espèrent sécuriser ensemble.

Les quatre milliards d'euros, un défi pour les opérateurs historiques

Starlink et la menace de désintermédiation

Starlink offre déjà la possibilité d'envoyer des SMS, de naviguer sur internet et de passer des appels via satellites, sans dépendre des infrastructures terrestres classiques. Les opérateurs européens risquent de devenir de simples fournisseurs de connectivité terrestre, perdant ainsi le contact direct avec les abonnés dans les zones mal desservies. « Les opérateurs risquent de n'être plus que des fournisseurs de connectivité terrestre et de roaming », selon une analyse récente. SpaceX a démontré sa puissance financière en acquérant pour 17 milliards de dollars des fréquences à Echostar aux États-Unis, renforçant sa position sur le marché du D2D. Isolés, les opérateurs européens ne peuvent rivaliser avec cette capacité d'investissement.

Le défi stratégique du spectre 2 GHz en 2027

En mai 2027, les licences de la bande MSS 2 GHz, attribuées en 2008 à Viasat et Echostar, expireront. La Commission européenne propose de la diviser en trois tiers : un pour les usages gouvernementaux (constellation IRIS²), et deux pour des usages commerciaux incluant les services D2D. Les opérateurs européens considèrent cet appel d'offres comme leur dernière chance d'influencer le marché satellitaire avant que les Américains n'en prennent le contrôle. Sans cette bande de fréquences, il leur sera impossible de lancer des services de téléphonie par satellite compétitifs. La question est désormais non pas s'ils doivent investir, mais combien ils risquent de perdre en ne le faisant pas.

Consortium : enjeux financiers et risques internes

Partage des coûts et des profits

Le consortium permet de répartir les investissements massifs entre quatre acteurs. Lancer une infrastructure spatiale, acquérir le spectre en 2027, et gérer une constellation de satellites représentent des coûts astronomiques. Mutualiser ces dépenses diminue le risque pour chaque opérateur, mais soulève la question cruciale du partage des revenus futurs. Chaque membre du consortium a des parts de marché différentes, des bases d'abonnés inégales et des stratégies commerciales potentiellement conflictuelles. Le regroupement industriel d'Airbus, Thales et Leonardo, qui emploie 25 000 personnes, illustre l'ampleur des efforts nécessaires pour rivaliser avec SpaceX. Cependant, aucun modèle économique ne garantit encore la rentabilité des services D2D en Europe, où la couverture terrestre est dense.

Conflits d'intérêts menaçant l'accord

Les négociations sont compliquées par des alliances préexistantes. Deutsche Telekom a signé un partenariat avec Starlink pour proposer des services D2M dans dix pays européens. Vodafone est associé à AST SpaceMobile, un concurrent direct de Starlink. Orange collabore avec Skylo en France et travaille avec Starlink en Espagne via MasOrange. Comment créer un front uni quand chaque membre entretient des relations commerciales avec l'adversaire ? La gouvernance du consortium, la répartition des droits de vote et le choix du fournisseur technologique sont autant de points de friction. Sans accord solide, le consortium risque de n'être qu'une coquille vide avant les enchères de 2027.

Calendrier serré et enjeux d'investissement (2027-2030)

IRIS², une solution tardive pour les opérateurs

La constellation européenne IRIS², destinée à garantir des communications gouvernementales, ne sera opérationnelle qu'entre 2029 et 2030. Les premiers lancements sont prévus pour 2029, soit deux ans après l'attribution du spectre 2 GHz. Attendre IRIS² reviendrait pour les opérateurs à laisser Starlink dominer le marché commercial pendant au moins trois ans. En attendant, les abonnés pourraient s'habituer aux services américains, réduisant ainsi la part de marché et le pouvoir de négociation des opérateurs historiques. Il est donc crucial de prendre rapidement des décisions : répondre à l'appel d'offres de 2027, déployer une infrastructure avant 2030, et espérer que la demande européenne pour les services D2D justifie les investissements. Le risque est d'investir massivement dans une technologie au modèle économique incertain, face à un concurrent déjà bien établi avec des milliers de satellites en orbite.

Les opérateurs européens misent leur avenir sur une alliance fragile, un calendrier serré et un pari technologique incertain. Reste à voir si quatre géants habitués à la concurrence sauront construire ensemble leur ultime défense face à l'hégémonie américaine dans l'espace.

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