L’EPR de Flamanville arrêté pendant près d’un an

L’EPR de Flamanville s’arrête le 26 septembre 2026 pour 350 jours d’inspection réglementaire. EDF investit plusieurs centaines de millions d’euros pour sécuriser un réacteur dont la construction a coûté 13,2 milliards. Au programme : trois inspections majeures et le remplacement d’un couvercle défaillant connu depuis 12 ans.

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By Cédric Bonnefoy Published on 24 septembre 2026 11h31
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L’EPR de Flamanville arrêté pendant près d’un an - © Economie Matin
350 joursL'EPR de Flamanville sera mis à l'arrêt pendant 350 jours.

L'EPR de Flamanville sera mis à l'arrêt le 26 septembre 2026 pour une période de 350 jours. Ce long arrêt, engendrant des dépenses de plusieurs centaines de millions d'euros, est jugé indispensable par EDF pour garantir la rentabilité future du réacteur et se conformer aux normes de sûreté imposées par les régulateurs. Après une construction achevée avec dix ans de retard et un budget quadruplé, ce réacteur doit désormais prouver sa viabilité économique à long terme.

Un arrêt indispensable mais onéreux

La législation française impose une inspection complète dans les 30 mois suivant le chargement du combustible. Pour l'EPR de Flamanville, dont le combustible a été chargé le 8 mai 2024, cette échéance tombe en septembre 2026. L'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection (ASN) oblige à cette inspection pour poursuivre l'exploitation. La date du 26 septembre, fixée depuis près d'un an, maximise la production avant l'arrêt.

Renaud Crassous, directeur adjoint performance de la division production nucléaire d'EDF, précise que l'opération coûtera plusieurs centaines de millions d'euros : « On va faire trois grandes inspections lors de cette visite complète n°1 ». Pour un réacteur dont le coût total atteint 13,2 milliards d'euros, voire 19 milliards selon la Cour des comptes, cette dépense est significative. EDF doit justifier cet investissement auprès de ses actionnaires et de l'État, principal actionnaire. La rentabilité dépend de la capacité du réacteur à opérer sans faille pendant au moins 60 ans.

Les inspections clés pour la sûreté

Durant l'arrêt de 350 jours, trois systèmes critiques seront inspectés. La cuve du réacteur, soumise à des pressions et températures extrêmes, subira un contrôle approfondi. Le circuit primaire, transportant l'eau sous haute pression, sera minutieusement vérifié pour détecter toute micro-fissure. Enfin, l'étanchéité des circuits hydrauliques sera testée pour prévenir toute fuite compromettant la sûreté. Détecter les anomalies maintenant permet d'éviter des coûts exponentiels en cas de défaillance future.

Le couvercle défaillant : un problème persistant

Le remplacement du couvercle de cuve est l'aspect le plus controversé de cet arrêt. Selon Le Figaro, les anomalies sur cette pièce sont connues depuis plus de dix ans. Bien que l'ASN ait exigé son remplacement, EDF a mis en service le réacteur avec le couvercle défectueux, reportant la correction à cette première visite réglementaire. Cette stratégie a permis de générer des revenus avant d'engager le coût du remplacement. Le réacteur a atteint sa pleine capacité en décembre 2025, validant quelques mois de production avant l'arrêt.

La fabrication d'un nouveau couvercle a pris plusieurs années et mobilisé d'importantes ressources industrielles. EDF a optimisé le calendrier en chevauchant la fabrication avec les premiers mois d'exploitation, plutôt que de retarder encore le projet. Chaque mois de production avant l'arrêt représente des dizaines de millions d'euros de revenus qui atténuent le bilan du projet.

Conséquences pour EDF et les finances publiques

L'arrêt de 350 jours prive le réseau français de 1 650 mégawatts, soit l'équivalent de la consommation de deux millions de foyers. En hiver, cette absence pèse sur l'équilibre offre-demande et peut conduire EDF à importer de l'électricité à prix élevé. Le manque à gagner s'ajoute au coût des inspections, créant un double impact financier. Pour EDF, déjà affaibli par les surcoûts de Flamanville et les tensions sociales dans l'énergie, cet arrêt met à l'épreuve son modèle économique.

Cependant, EDF n'a pas d'autre choix. Négliger ces inspections exposerait le groupe à des risques majeurs : une défaillance entraînerait des coûts de réparation énormes et une perte de crédibilité pour le programme des nouveaux EPR. Le gouvernement français a approuvé la construction de six nouveaux réacteurs de ce type, et plusieurs pays européens, dont l'Italie, relancent le nucléaire. La capacité de Flamanville à fonctionner de manière fiable après cet arrêt conditionne la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux.

Les 350 jours d'immobilisation sont un pari calculé : investir maintenant pour sécuriser des décennies de production rentable. Si l'EPR de Flamanville fonctionne sans incident majeur jusqu'en 2080, le surcoût initial sera absorbé. En revanche, tout retard ou défaillance technique aggraverait une situation financière déjà tendue. Pour EDF et l'État français, cet arrêt est une assurance sur un actif de 13 milliards d'euros dont la performance conditionne l'avenir énergétique du pays.

Cedric.bonnefoy

Cédric Bonnefoy est journaliste en local à la radio. À côté, il collabore depuis 2022 avec Économie Matin.

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