Longtemps perçus comme héritiers dociles des clivages politiques de leurs parents, les adolescents français affichent aujourd’hui un rapport profondément renouvelé à la politique. Entre distanciation partisane, recomposition idéologique et nouvelles priorités de valeurs, un sondage IFOP met en lumière une génération moins alignée, mais loin d’être indifférente aux enjeux collectifs.
Adolescents : un positionnement politique méconnaissable en une génération

Des adolescents plus distants vis-à-vis des partis politiques
Le premier enseignement majeur de ce sondage IFOP tient à la prise de distance des adolescents avec les formations politiques traditionnelles. Aujourd’hui, 45% des adolescents déclarent ne se sentir proches d’aucun parti politique. Ce chiffre, nettement supérieur à celui observé chez les adultes, traduit une défiance précoce envers l’offre partisane classique. Ainsi, même lorsque l’intérêt pour la politique existe, il ne se traduit plus automatiquement par une affiliation idéologique claire, ce qui marque une rupture avec les générations précédentes.
Dans le même temps, cette mise à distance s’observe également dans le rapport aux catégories politiques traditionnelles. En effet, 35% des adolescents interrogés déclarent ne pas se situer sur l’axe gauche-droite, contre seulement 18% il y a trente ans. Autrement dit, les adolescents se montrent plus réticents à adopter des repères idéologiques hérités, préférant souvent des positions à la carte, construites au fil des sujets plutôt que sur une doctrine globale.
Un basculement idéologique marqué chez les adolescents
Pour autant, lorsque les adolescents acceptent de se positionner, l’évolution est nette. En 1994, une majorité de jeunes de 15-18 ans se déclaraient de gauche, à hauteur de 54%. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée : 56% des adolescents se positionnent à droite, contre 44% à gauche. Ce basculement générationnel constitue l’un des changements les plus marquants observés sur la période.
Ce déplacement idéologique n’est cependant pas homogène. Le sondage révèle des différences nettes selon le genre. Ainsi, 64% des garçons âgés de 15 à 17 ans se déclarent de droite, tandis que les filles restent majoritairement ancrées à gauche, à 53%. Cette polarisation genrée suggère que les adolescents ne vivent pas tous les mêmes socialisations politiques et que les trajectoires idéologiques se construisent désormais de manière plus différenciée dès l’adolescence.
Valeurs personnelles, patriotisme et rapport à l’engagement
Au-delà des clivages politiques, le sondage met en évidence une transformation des valeurs prioritaires chez les adolescents. La famille et l’amitié dominent largement leurs repères, avec respectivement 98% et 97% de citations comme valeurs essentielles. Dans le même temps, l’importance accordée à l’argent progresse sensiblement, atteignant 50% des réponses, soit une hausse de 14 points depuis 1984. Cette évolution traduit une approche plus pragmatique des aspirations personnelles, sans pour autant effacer les liens affectifs.
Le rapport au patriotisme illustre également cette mutation générationnelle. Seuls 23% des adolescents se disent prêts à mettre leur vie en péril pour défendre leur pays, contre 41% il y a quarante ans. Ce recul ne signifie pas nécessairement un désengagement civique, mais plutôt une redéfinition du rapport à la nation, moins sacrificielle et davantage centrée sur l’épanouissement individuel.
