Agriculture : pourquoi 85 % des Français se disent inquiets

À quelques jours du Salon de l’agriculture, un sondage révèle une inquiétude massive des Français pour l’avenir de l’agriculture française. Entre soutien record aux agriculteurs, rejet du traité Mercosur et tensions sociales, le sujet s’impose plus que jamais comme un enjeu stratégique économique et territorial.

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By Adélaïde Motte Published on 23 février 2026 14h02
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Agriculture : pourquoi 85 % des Français se disent inquiets - © Economie Matin

Le baromètre OpinionWay pour CALIF a livré un chiffre frappant : 85 % des Français se disent inquiets pour l’avenir de l’agriculture française, selon l’enquête réalisée les 28 et 29 janvier 2026 auprès de 1 061 personnes représentatives de la population adulte. À l’approche du Salon international de l’Agriculture, cette photographie de l’opinion intervient alors que l’agriculture traverse une séquence sociale et politique particulièrement tendue.

Une agriculture au cœur des inquiétudes des Français et du sondage

L’inquiétude est massive. En effet, 85 % des Français se disent préoccupés par l’avenir de l’agriculture française, dont 38 % « très inquiets », selon le baromètre OpinionWay pour CALIF. Ce niveau traduit, d’une part, une perception de fragilité structurelle du modèle agricole ; d’autre part, il confirme que l’agriculture dépasse la seule conjoncture. Comme le souligne Bruno Jeanbart, vice-président d’OpinionWay, « Depuis cinq ans, nous observons une inquiétude durable autour de l’avenir de l’agriculture française. Cette nouvelle vague confirme à la fois la solidité du soutien aux agriculteurs et l’installation d’un arbitrage de plus en plus clair entre souveraineté, pouvoir d’achat et exigences environnementales. »

Cependant, cette inquiétude ne signifie pas défiance. Au contraire, 87 % des Français déclarent avoir une bonne opinion des agriculteurs, tandis que 80 % estiment qu’ils ne sont pas suffisamment soutenus par les pouvoirs publics et 79 % qu’ils ne sont pas rémunérés à leur juste valeur. Ainsi, l’agriculture bénéficie d’un capital de sympathie intact. De plus, 71 % des sondés se disent prêts à payer plus cher pour garantir une rémunération équitable, et 72 % pour des produits ayant un impact positif sur l’agriculture française. Autrement dit, le secteur apparaît comme un pilier économique que les Français veulent préserver, même si cela implique un effort financier.

Agriculture, grèves et traité Mercosur : un contexte explosif

Ce sondage intervient alors que l’agriculture française est secouée par des mobilisations répétées. En janvier 2026, plusieurs syndicats agricoles ont organisé des blocages et des manifestations, notamment à Paris, pour dénoncer la pression normative, la baisse des revenus et la concurrence internationale. Selon un sondage CSA pour Le JDD, Europe 1 et CNews, 79 % des Français soutiennent la mobilisation des agriculteurs.

Par ailleurs, le traité entre l’Union européenne et le Mercosur cristallise les tensions. Négocié pendant plus de vingt-cinq ans, cet accord prévoit une ouverture accrue des marchés agricoles entre l’Europe et plusieurs pays d’Amérique du Sud. Or, selon un sondage Elabe publié en décembre 2025, environ 70 % des Français se déclarent opposés à cet accord. Beaucoup redoutent une concurrence jugée déloyale, car les normes environnementales et sanitaires ne sont pas identiques. Ainsi, 71 % des Français considèrent que les importations alimentaires sont plutôt une mauvaise chose. Le sujet devient donc le terrain d’un débat plus large sur la souveraineté économique.

Une agriculture entre souveraineté, environnement et transition alimentaire

Face à ces tensions, les attentes des Français à l’égard de l’agriculture apparaissent parfois contradictoires. D’un côté, 55 % privilégient l’objectif de produire davantage en France, quitte à alléger certaines normes environnementales. De l’autre, 44 % préfèrent maintenir des standards stricts, même si cela implique de renoncer à certaines productions. Cette fracture révèle un dilemme structurant : comment concilier compétitivité, transition écologique et sécurité alimentaire ?

En parallèle, l’évolution des habitudes alimentaires pèse sur l’agriculture. Selon le baromètre, 88 % des Français souhaitent manger plus « naturel », 59 % davantage bio et 50 % plus flexitarien. Les régimes végétarien et végan restent minoritaires, avec respectivement 24 % et 21 %, mais la dynamique est forte chez les jeunes. L’agriculture doit donc s’adapter à des consommateurs plus exigeants, tout en restant économiquement viable. Comme le souligne François Massardier, président de CALIF, elle « est devenue un enjeu stratégique pour les territoires » et les Français « attendent désormais des choix clairs pour concilier production, transition écologique et pouvoir d’achat ».

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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