La dynamique mondiale de solidarité financière s’essouffle : en 2025, l’aide publique au développement recule fortement, apprend-on des dernières données publiées par l’OCDE. Une rupture qui s’explique autant par les contraintes budgétaires des pays riches que par une recomposition des priorités, et qui pourrait avoir des conséquences durables pour les économies les plus fragiles.
Aide publique au développement : une chute historique en 2025

Un recul brutal de l’aide publique au développement dans les pays de l’OCDE
L’année 2025 restera comme un point de rupture. Après une décennie globalement orientée à la hausse, l’aide publique au développement connaît une contraction marquée pour la deuxième année consécutive. Déjà en 2024, les flux avaient diminué de 9%, observe l’OCDE. Mais en 2025, le repli s’accélère nettement. Les montants globaux chutent à 174,3 milliards de dollars, soit environ 160 milliards d’euros, contre 212,1 milliards de dollars l’année précédente (près de 195 milliards d’euros). Cela correspond à une baisse de 23% en un an, une variation exceptionnelle à cette échelle.
Plusieurs facteurs expliquent cette rupture. D’un côté, les finances publiques des grands pays donateurs sont sous pression. Inflation persistante, ralentissement économique, hausse des dépenses sociales : autant d’éléments qui conduisent les gouvernements à arbitrer en faveur de leurs priorités nationales.
De l’autre, certaines dépenses exceptionnelles observées les années précédentes se normalisent. Les coûts liés à l’accueil des réfugiés ou à des crises géopolitiques spécifiques, qui avaient temporairement gonflé les budgets d’aide, diminuent. Résultat : l’effet de base accentue mécaniquement la baisse.
L’aide publique au développement redirigée vers de nouvelles priorités
Au-delà de la baisse globale, c’est la destination des fonds qui évolue. L’aide publique au développement n’est pas seulement réduite, elle est aussi réorientée. Les contributions aux institutions multilatérales diminuent, ce qui fragilise les programmes internationaux structurants, notamment dans les domaines de la santé ou du climat. En parallèle, l’aide bilatérale subit également des coupes, particulièrement vers les régions les plus dépendantes.
Les projections de l’OCDE indiquent ainsi une baisse de 13% à 25% des flux destinés aux pays les moins avancés. L’Afrique subsaharienne, en première ligne, pourrait voir les financements chuter de 16% à 28%. Une contraction qui intervient alors même que ces territoires restent confrontés à des besoins massifs. Dans le même temps, une part croissante de l’aide est utilisée à des fins domestiques dans les pays donateurs. L’accueil des réfugiés ou la gestion des migrations mobilisent une portion significative des budgets, réduisant d’autant les transferts effectifs vers les pays bénéficiaires.
Face à cette situation, l’OCDE insiste sur la nécessité d’améliorer l’efficacité de chaque euro dépensé. L’organisation souligne que, dans un contexte de ressources contraintes, l’impact de l’aide devient un critère central.
Des conséquences directes pour les populations les plus vulnérables
Cette contraction n’est pas sans effets. Elle se traduit déjà par des tensions accrues dans les pays en développement, où l’aide internationale constitue souvent un pilier essentiel des politiques publiques. Les ONG tirent la sonnette d’alarme. Oxfam met en garde contre un risque humanitaire majeur. « Les gouvernements des pays riches tournent le dos à la vie de millions de femmes, d'hommes et d'enfants dans le Sud mondial avec ces sévères réductions d'aide », déplore Didier Jacobs, responsable du Financement du Développement chez Oxfam.
Selon l’organisation, les coupes opérées en 2025 pourraient provoquer près de 695.238 décès supplémentaires dès 2026. À horizon 2030, ce chiffre pourrait dépasser 9,4 millions si la tendance actuelle se poursuit. Ces estimations illustrent l’impact concret des décisions budgétaires. Moins de financements signifie moins de programmes de vaccination, moins d’accès à l’eau potable, moins de soutien aux systèmes éducatifs. Autant de leviers essentiels pour le développement économique et social. Dans ce contexte, les pays les plus fragiles apparaissent particulièrement exposés. Dépendants de l’aide extérieure, ils disposent de marges de manœuvre limitées pour compenser la baisse des financements internationaux.
Un modèle d’aide publique au développement remis en question
Au-delà de la conjoncture, la situation actuelle pose une question plus structurelle : celle de l’avenir de l’aide publique au développement. Depuis plusieurs années, les objectifs internationaux fixent un seuil de 0,7% du revenu national brut consacré à l’aide. Pourtant, ce niveau reste largement hors d’atteinte. En 2024, l’effort moyen des pays donateurs plafonnait à 0,33%. Dans ce contexte, la baisse observée en 2025 renforce les interrogations sur la soutenabilité du modèle. Les budgets publics étant contraints, les États pourraient être tentés de revoir durablement leurs engagements.
Par ailleurs, de nouvelles approches émergent. Partenariats avec le secteur privé, instruments financiers innovants, ciblage accru des projets : autant de pistes explorées pour maximiser l’impact des ressources disponibles. Reste que ces évolutions ne compensent pas, à court terme, la contraction des volumes. L’aide publique au développement entre ainsi dans une phase de transition, marquée par des arbitrages complexes entre contraintes économiques et impératifs de solidarité internationale.
