Airbus mise sur la cession américaine pour éponger 989 M€ de pertes

Airbus envisage de céder sa division spatiale américaine AOS pour lever plusieurs centaines de millions de dollars et financer le projet Bromo, une fusion avec Thales et Leonardo. Avec 1,3 milliard d’euros de charges spatiales en 2024, le groupe mise sur cette restructuration pour rivaliser avec SpaceX, malgré les obstacles réglementaires et l’opposition de concurrents européens comme OHB et Indra Space.

Ade Costume Droit
By Adélaïde Motte Published on 31 août 2026 11h45
Airbus mise sur la cession américaine pour éponger 989 M€ de pertes
Airbus mise sur la cession américaine pour éponger 989 M€ de pertes - © Economie Matin

Face à 1,3 milliard d'euros de charges sur ses programmes spatiaux en 2024, Airbus doit se restructurer. La vente de sa division américaine AOS pourrait rapporter plusieurs centaines de millions de dollars, mais cette démarche ne résoudra pas les problèmes de rentabilité du secteur spatial européen. Actuellement, le groupe franco-allemand recherche des acquéreurs potentiels pour son usine de Merritt Island en Floride et sa gamme de satellites Arrow, comme l'a révélé le Financial Times le 29 août 2026.

Réduction des pertes financières : recentrage stratégique

En 2024, Airbus a enregistré 989 millions d'euros de charges sur ses activités spatiales, dont 300 millions rien qu'au quatrième trimestre. Les pertes totales atteignent 1,3 milliard d'euros, mettant en lumière la difficulté du secteur spatial européen à concurrencer SpaceX. Guillaume Faury, PDG d'Airbus, a reconnu en juin dernier : « Nous avons les compétences, nous avons les aptitudes, nous avons les technologies, mais il nous manque l'échelle. »

La division Airbus OneWeb Satellites (AOS), acquise en janvier 2024, génère plusieurs centaines de millions de dollars de chiffre d'affaires annuel. Malgré la production de plus de 600 satellites de communication en orbite basse depuis 2016, la rentabilité reste problématique face aux coûts de production américains.

Vendre AOS offrirait des liquidités pour financer le projet Bromo et rapatrier la production en Europe, notamment à Toulouse, où Airbus prévoit de construire 440 satellites. Cette décision abandonne l'implantation américaine au profit de l'Europe. Les candidats à l'achat incluent des fonds d'investissement spécialisés dans l'aérospatial, des groupes américains et des startups du NewSpace.

Cependant, cette vente ne résout pas le problème de compétitivité. Airbus mise sur une stratégie de volume en Europe, mais sans assurance que les coûts de production européens rivalisent avec SpaceX. La cession constitue-t-elle un simple assainissement comptable ou une transformation industrielle ?

Projet Bromo : stratégie ambitieuse ou consolidation défensive ?

En octobre 2025, Airbus, Thales et Leonardo ont signé un protocole d'accord pour créer Bromo, visant un chiffre d'affaires annuel de 6,5 milliards d'euros et employant 25 000 personnes en Europe. Lorenzo Mariani, directeur général de Leonardo, évoque une nécessité économique pour développer l'ensemble de la chaîne d'approvisionnement. Les trois groupes espèrent mutualiser leurs investissements en R&D, réduire les doublons industriels et concurrencer les géants américain et chinois.

La Commission européenne a publié de nouvelles lignes directrices sur les fusions en 2026, favorisant la création de champions européens. Bromo est l'un des premiers dossiers examinés sous ce nouveau cadre. Guillaume Faury a averti : « Sans consolidation, l'Europe risquerait de glisser de la Ligue des champions vers les divisions inférieures. »

L'usine de Merritt Island intéresse plusieurs acquéreurs potentiels, dont des fonds de private equity comme Carlyle ou KKR, des groupes aérospatiaux américains et des acteurs du NewSpace. La valorisation d'AOS dépendra de la capacité de l'acquéreur à maintenir les contrats existants et à rentabiliser la production face à SpaceX Starlink.

Airbus devra négocier pour maximiser le prix de vente tout en assurant la continuité opérationnelle, probablement via des clauses contractuelles garantissant l'approvisionnement en satellites aux États-Unis pendant une période transitoire. Cette cession s'inscrit dans une rationalisation financière comparable à d'autres arbitrages industriels européens.

Défis réglementaires et concurrence

La Commission européenne doit choisir entre créer un champion européen pour rivaliser avec SpaceX et la Chine ou préserver la concurrence sur le marché européen des satellites. Bromo concentrerait une part significative des capacités européennes de fabrication de satellites. Les autorités de la concurrence examinent si cette fusion créerait un pouvoir de marché excessif, nuisant aux clients institutionnels et commerciaux.

Les nouvelles directives de 2026 assouplissent l'approbation des fusions dans les secteurs stratégiques, mais l'approbation n'est pas garantie. La Commission pourrait imposer des remèdes structurels, comme la cession d'activités ou l'accès à des technologies clés pour les concurrents.

OHB et Indra Space s'opposent au projet Bromo, dénonçant une concentration excessive qui les marginaliserait. OHB craint de perdre l'accès aux appels d'offres institutionnels, et Indra Space redoute une dépendance technologique accrue. Leur opposition pourrait retarder l'approbation réglementaire, obligeant Airbus, Thales et Leonardo à négocier des accords de coopération ou des garanties d'accès au marché.

La cession des activités américaines d'Airbus est un pari financier risqué. Si elle génère les liquidités nécessaires pour Bromo, elle n'assure pas la compétitivité face à SpaceX. L'Europe spatiale joue sa survie industrielle sur cette consolidation, avec un calendrier serré et des obstacles réglementaires majeurs. Les prochains mois diront si cette stratégie est une vision à long terme ou un simple ajustement comptable. Pour Airbus, la question reste : le groupe peut-il transformer son secteur spatial déficitaire en relais de croissance ou est-ce un pari tardif face à la révolution industrielle d'Elon Musk ?

Ade Costume Droit

Diplômée en géopolitique, Adélaïde a travaillé comme chargée d'études dans un think-tank avant de rejoindre Economie Matin en 2023.

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