Tandis que le paysage technologique vacille sous les assauts conjugués de l’intelligence artificielle et des régulateurs, une vieille puissance montre les crocs et semble, au passage, redéfinir les règles du jeu. Google, devenue Alphabet, a une nouvelle fois étonné la Bourse, pour le meilleur.
Alphabet (Google) : les profits explosent, les procès s’accumulent

Le 24 avril 2025, Alphabet a dévoilé les résultats de son premier trimestre fiscal 2025. Et le moins qu'on puisse dire, c’est que le mastodonte californien continue de surprendre les marchés. Entre croissance fulgurante, investissements massifs en intelligence artificielle et pressions judiciaires de plus en plus intenses, le groupe parent de Google affiche une stratégie sans ambiguïté : dominer, coûte que coûte.
Alphabet s’envole en bourse après des résultats hors normes
Avec un chiffre d’affaires de 90,2 milliards de dollars (environ 84,3 milliards d’euros) pour le premier trimestre 2025, en hausse de 12 % par rapport à l’année précédente, Alphabet affiche une forme olympienne. Le bénéfice net bondit de 46 %, atteignant 34,54 milliards de dollars (environ 32,3 milliards d’euros). Le bénéfice par action, lui, grimpe de 49 % à 2,81 dollars, pulvérisant les prévisions des analystes, qui tablaient sur 2,01 dollars selon CNBC.
Wall Street a réagi instantanément : le titre Alphabet a gagné près de 13 % en après-clôture, permettant à l’entreprise de franchir brièvement les 2 000 milliards de dollars de valorisation boursière, selon Yahoo Finance.
En coulisses, cette performance exceptionnelle s’appuie sur des résultats solides dans chaque division :
- Google Services (Search, YouTube, Play, Android…) génère 77,3 milliards de dollars (+10 %).
- YouTube Ads atteint 8,93 milliards, légèrement sous les attentes, mais en progression.
- Google Cloud s’envole avec 12,3 milliards de revenus (+28 %).
- Les abonnements Google One et YouTube Premium franchissent ensemble les 270 millions d’abonnés.
Alphabet parie tout sur l’intelligence artificielle... en misant 75 milliards
Le chiffre donne le vertige : 75 milliards de dollars d’investissements prévus cette année dans l’intelligence artificielle. Alphabet veut incarner la révolution générative et impose sa stratégie autour de Gemini 2.5, son modèle d’IA le plus avancé à ce jour.
Sundar Pichai, PDG d'Alphabet, l’a martelé dans le rapport officiel du 24 avril 2025 : « Nous sommes satisfaits de nos solides résultats au premier trimestre, qui reflètent une croissance saine et un élan dans l’ensemble de nos activités. Cette croissance repose sur notre approche unique de l’IA à tous les niveaux. »
L’intégration d’AI Overviews, utilisée par 1,5 milliard d’internautes chaque mois, dope les performances du moteur de recherche. La marge d’exploitation globale progresse de 2 points pour atteindre 34 %.
La division Cloud enregistre également des gains spectaculaires : selon CNBC, la marge de Google Cloud bondit à 17,8 %, contre 9,4 % l’année précédente. Gemini y est désormais intégré dans l’ensemble des services de calcul et de collaboration (GCP, Workspace).
Alphabet récompense ses actionnaires... et tente de rassurer la régulation
Autre signal fort envoyé au marché : la société augmente son dividende trimestriel de 5 %, passant à 0,21 dollar par action, et autorise un nouveau programme de rachat d’actions de 70 milliards de dollars. Pour rappel, en 2024, Alphabet avait distribué 2,4 milliards de dollars en dividendes et plus de 15 milliards en rachats.
Mais derrière cette générosité se cache une stratégie de stabilisation de l’actionnariat alors que les autorités antitrust américaines se font plus menaçantes. Alphabet a récemment perdu deux procès majeurs : la justice fédérale a reconnu que Google détenait un monopole illégal sur le marché de la recherche en ligne. Certains analystes n'excluent plus un démantèlement de la division publicitaire. Et dernièrement c’est son navigateur Chrome qui est dans le collimateur de la justice, avec un risque pour Google de devoir le revendre.
Alphabet avance donc masqué, tentant de convaincre la régulation de la pertinence de son modèle intégré, tout en achetant la patience des investisseurs.
Alphabet va bien… mais attention
En apparence, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes numériques. Alphabet engrange des milliards, déploie des IA plus puissantes que jamais, et tient ses promesses aux actionnaires. Pourtant, certains signaux faibles méritent d’être relevés.
YouTube Ads stagne. Le nombre de vues baisse dans certains segments. Le TAC (Traffic Acquisition Cost) dépasse 13,7 milliards de dollars, un record. Le climat politique devient franchement hostile, avec le retour des droits de douane sur les services numériques décrété par l’administration Trump. Et l’activité “autres paris” (Other Bets) continue de perdre de l’argent, malgré les 250 000 trajets autonomes hebdomadaires revendiqués par Waymo.
