Alsace : 400 millions pour des TER… qui ne roulent pas en Allemagne

Près de 400 millions d’euros investis, trente trains flambant neufs… et une frontière infranchissable. Le projet ferroviaire transfrontalier du Grand Est, censé relier l’Alsace à l’Allemagne, se transforme en embarras politique et industriel. En cause : une erreur de norme technique qui bloque la mise en service des rames.

Paolo Garoscio
By Paolo Garoscio Published on 10 novembre 2025 7h00
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taxe-train-sncf-hausse-prix-billet - © Economie Matin
20 MILLIONS €L'Alsace pourrait demander 20 millions d'euros de dommages à la SNCF.

Début novembre 2025, les usagers alsaciens découvrent un paradoxe : les nouveaux trains destinés à circuler entre la France et l’Allemagne ne peuvent pas quitter le territoire français. Ces rames transfrontalières, commandées par la Région Grand Est à hauteur de 388 millions d’euros, restent bloquées par un obstacle administratif et technique.

TER Alsace : Une commande ambitieuse devenue symbole d’erreur

Au départ, le plan semblait maîtrisé. En 2019, la Région Grand Est passe commande de 30 rames Régiolis bicourant et bifréquence à Alstom, destinées à renforcer les liaisons entre la France et l’Allemagne, notamment depuis l’Alsace vers Sarrebruck, Offenburg et Karlsruhe. Ces trains devaient améliorer la mobilité quotidienne de milliers de travailleurs transfrontaliers.

Mais six ans plus tard, rien ne s’est passé comme prévu. Selon TF1 Info, « trente TER transfrontaliers flambant neufs, achetés pour 400 millions d’euros, ne peuvent pas circuler en Allemagne ». Une erreur réglementaire s’est glissée dans le processus : entre la commande et la livraison, Berlin a modifié les normes de sécurité, notamment le protocole de freinage d’urgence.

Thibaud Philipps, vice-président de la Région Grand Est chargé des transports, admet : « Les trains auraient dû être livrés en 2023. Malheureusement, l’État fédéral allemand a changé certaines normes. Il s’agit de quelques secondes de freinage, de toutes petites modifications », rapporte TF1 Info. Ces « quelques secondes » font pourtant toute la différence : sans validation de l’autorité allemande de sécurité ferroviaire (EBA), aucune rame ne peut circuler au-delà du Rhin.

Le coût industriel de cette erreur se chiffre déjà en millions : les trains, stationnés sur les rails alsaciens, subissent l’usure du temps sans transporter le moindre passager. Pendant ce temps, les usagers frontaliers continuent de dépendre de correspondances françaises plus lentes et plus rares.

Le poids d’un projet industriel mal synchronisé

Ce couac n’est pas seulement une question de normes : il met à nu les lenteurs d’un système binational complexe. Les trains sont techniquement prêts, mais l’industrie ferroviaire allemande et française ne partagent pas toujours les mêmes cadences ni les mêmes référentiels. Dans son communiqué du 6 novembre 2025, la Région Grand Est confirme que « des essais complémentaires sur le freinage sont demandés par l’autorité fédérale allemande » et que la validation complète n’interviendra pas avant la fin de 2025.

Ces essais retardent l’ensemble du calendrier : les premières circulations transfrontalières ne sont prévues qu’à la fin du premier trimestre 2026, avec une mise en service complète au Service Annuel 2027. Un calendrier révisé qui s’ajoute à un surcoût de plusieurs millions. La Région envisage d’ailleurs de réclamer 20 millions d’euros de pénalités à la SNCF pour « le retard accumulé », selon TF1 Info. Du côté allemand, la presse souligne que « les nouvelles rames franco-allemandes ne peuvent pas franchir la frontière malgré la participation d’ingénieurs allemands au projet ».

Paolo Garoscio

Rédacteur en chef adjoint. Après son Master de Philosophie, il s'est tourné vers la communication et le journalisme. Il rejoint l'équipe d'EconomieMatin en 2013.   Suivez-le sur Twitter : @PaoloGaroscio

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