« Année blanche » 2027 : enfin des économies ou nouvelle fumisterie ?

Cropped Favicon Economi Matin.jpg
By Agnès C.
"Année blanche" 2027 : enfin des économies ou nouvelle fumisterie ?
"Année blanche" 2027 : enfin des économies ou nouvelle fumisterie ? - © Economie Matin

Le gouvernement laisserait entendre qu'une "année blanche" budgétaire pourrait permettre de réaliser des économies significatives en 2027. Derrière ce terme volontairement flou se cache une question brutale : la France est-elle enfin prête à dépenser moins, ou s'agit-il d'un nouveau tour de passe-passe sémantique ? Examen sans complaisance.

58,2 %

La part des dépenses publiques dans le PIB français — la plus élevée de toute la zone euro, loin devant l'Allemagne (45,1 %) ou la Suède (49,3 %).

L'"année blanche" : bonne idée ou alibi confortable ?

L'idée circule dans les couloirs ministériels avec cette prudence caractéristique qui précède les renoncements. Une "année blanche" en 2027 consisterait à geler, voire à ne pas reconduire automatiquement certaines dépenses publiques arrivant à échéance. Sur le papier, la mécanique est séduisante : plutôt que de couper dans les budgets au scalpel — exercice politiquement douloureux — on laisserait simplement mourir de leur belle mort les dispositifs non reconduits.

Sauf qu'on peut se demander si le résultat serait au rendez-vous. La France a une longue tradition de "réformes" qui ne réforment rien. Elle a supprimé la taxe professionnelle, créé la CET. Elle a simplifié les régimes de retraite, engendré un système à points qui n'a jamais vu le jour. Elle a promis de réduire le nombre de fonctionnaires, en a recruté davantage. Méfiance, donc.

Ce qui compterait vraiment, ce serait l'ampleur des économies réelles générées. Quelques centaines de millions arrachés à la marge ne changeraient absolument rien à la trajectoire d'une dette publique qui flirte désormais avec les 3 460 milliards d'euros. C'est l'équivalent de plus de 50 000 euros par Français, nouveau-né compris. À ce stade, les demi-mesures ne sont plus de la prudence : elles sont de la négligence.

Ce que "courageux" devrait vraiment vouloir dire

Comparer la France à ses voisins est toujours instructif, et toujours inconfortable. L'Allemagne a mené sa propre cure d'austérité dans les années 2000 avec l'Agenda 2010 : résultat, un marché du travail assaini, des comptes publics redressés, une compétitivité retrouvée. Le Danemark dépense certes beaucoup, mais évalue chaque dispositif avec une rigueur qui ferait pâlir n'importe quel haut fonctionnaire français. La Suisse, elle, a constitutionnalisé l'équilibre budgétaire. Résultat : une dette publique inférieure à 30 % du PIB.

En France, on préfère couper dans l'apprentissage. C'est précisément ce que révèle la revue de presse de ce 1er août : le gouvernement envisage de supprimer les financements aux centres de formation des apprentis, déclenchant la fureur des régions. Voilà un symbole désastreux. L'apprentissage est l'un des rares dispositifs publics dont l'évaluation est largement positive : insertion professionnelle, compétences, lien entreprise-école. Et c'est là qu'on taille ? Force est de constater que lorsque le moment de choisir arrive, on sacrifie l'utile pour préserver l'inutile.

2027 : l'occasion ou l'excuse de plus ?

Une élection présidentielle approche. Ce calendrier, chacun le connaît. Et chacun sait ce qu'il implique : des promesses de dépenses supplémentaires, des engagements non financés, des réformes structurelles repoussées à après. L'"année blanche" de 2027 pourrait donc n'être qu'un habillage technocratique destiné à traverser l'échéance électorale sans trop abîmer les comptes — sans vraiment les redresser non plus.

Ce qu'il faudrait, c'est un plan pluriannuel crédible, chiffré, opposable : cinq points de PIB de dépenses en moins sur dix ans, une réforme sérieuse de la fonction publique, une évaluation systématique de toutes les niches fiscales et dépenses de guichet. Pas une "année blanche". Une page blanche — sur laquelle écrire enfin une politique budgétaire adulte.

Les Français méritent mieux qu'un gouvernement qui gère les apparences. Ils méritent un État qui gère réellement.

Cropped Favicon Economi Matin.jpg

Agnès C. est une économiste libérale qui conseille dans l'ombre une large partie du personnel politique français, proposant des solutions pragmatiques et courageuses pour redresser les comptes publics.

No comment on «« Année blanche » 2027 : enfin des économies ou nouvelle fumisterie ?»

Leave a comment

* Required fields