L’industrie lourde en France est toujours à la peine, malgré les annonces du gouvernement et sa volonté de réindustrialiser la France. Preuve de cette tendance qui ne s’inverse pas : ArcelorMittal a annoncé une nouvelle vague de suppressions d’emplois.
ArcelorMittal en France : 600 postes supprimés, dividendes explosés

Le 23 avril 2025, le groupe sidérurgique ArcelorMittal a officialisé un vaste plan de suppression de postes qui touchera sept de ses sites français. En pleine santé financière, l’entreprise évoque pourtant la compétitivité européenne pour justifier ces coupes. Une décision qui suscite incompréhension, colère et inquiétude.
ArcelorMittal : l’annonce brutale d’une suppression massive d’emplois en France
C’est une annonce qui a résonné comme une claque dans les ateliers : ArcelorMittal a confirmé la suppression d’environ 600 postes en France. Les sites concernés sont : Dunkerque, Florange, Basse-Indre, Mardyck, Mouzon, Desvres et Montataire, tous regroupés dans ce que l’industriel appelle son « cluster nord ». À eux seuls, ces sept sites emploient 7 100 personnes. La coupe représente donc près de 10 % de leurs effectifs.
Le motif avancé ? Toujours le même refrain. L’entreprise invoque le « manque de compétitivité de l’Europe ». Derrière cette formule bien huilée, une stratégie bien rodée : transférer les fonctions support (RH, finances, informatique) vers l’Inde. Contactée par plusieurs médias, la direction affirme : « Aucune activité de production d'acier ne sera déplacée de l'Europe vers l'Inde dans le cadre de cette initiative » , relaye Marianne.
Mais à Dunkerque, les promesses ne suffisent plus. Le haut-fourneau est à l’arrêt depuis le 15 avril, pour trois mois de maintenance. Et malgré un investissement colossal de 850 millions d’euros par l’État dans la décarbonation du site, la confiance s'effrite.
Une série noire : près de 800 postes supprimés en six mois
Les 600 postes annoncés cette semaine viennent s’ajouter à une longue litanie de suppressions survenues en cascade ces derniers mois. En novembre 2024, les sites de Reims et Denain ont définitivement fermé leurs portes, supprimant 135 emplois. Puis, en décembre, ce sont les implantations de Valence et Strasbourg qui ont perdu chacune plusieurs dizaines de salariés.
Au total, près de 800 postes ont disparu en France en moins de six mois, sans compter les postes qui seront indirectement affectés dans les sous-traitances et les filières locales. « C’est un carnage, s’indigne Gaétan Lecocq, secrétaire général de la CGT du site de Dunkerque. C’est d’une grande violence. On a l’impression que c’est décidé à la hache, sans prise en compte des vies derrière », détaille FranceInfo. Et pour cause : ces plans sociaux à répétition interviennent dans un contexte économique bien éloigné d’une situation de crise pour le groupe.
Résultats 2024 : ArcelorMittal, un géant prospère… qui tranche
Le paradoxe est flagrant. ArcelorMittal ne perd pas d’argent, il en gagne. Pour l’année 2024, le groupe sidérurgique a enregistré un chiffre d’affaires de 62,4 milliards de dollars, et un résultat net de 1,3 milliard de dollars. En retrait par rapport à 2023, certes, mais toujours largement bénéficiaire.
Dans son communiqué financier daté du 6 février 2025, la direction vante sa capacité à générer du cash : « Nous continuons d’investir pour croître et rémunérer nos actionnaires, malgré la conjoncture difficile. Le résultat par tonne est supérieur à la moyenne pré-Covid. » L’entreprise a en effet racheté 52 millions d’actions en 2024, représentant 6,3 % de son capital, et prévoit une augmentation du dividende à 0,55 dollar par action pour 2025. Un rendement total de 8,4 % pour les actionnaires.
Mais alors, où est la cohérence ? À Dunkerque, où 3 000 salariés redoutent un futur incertain, la pilule ne passe pas. « On ne va pas se laisser crever comme ça. On est dans le Nord, on est des métallos, on ne va pas se laisser faire, » prévient Gaétan Lecocq cité par Marianne.
Industrie lourde : une stratégie européenne en panne ?
Derrière les chiffres, une réalité géopolitique et industrielle plus sombre. ArcelorMittal se désengage progressivement d’une Europe qu’elle juge « trop coûteuse, trop lente, trop rigide ». Le groupe préfère miser sur ses projets d’expansion au Brésil, en Inde, et aux États-Unis, avec des investissements ciblés dans l’électrification et la montée en gamme.
Pour l’Europe, et la France en particulier, cela signifie une double peine : désindustrialisation rampante et désillusion stratégique, malgré les milliards d’euros investis dans la transition écologique. L’entreprise promet un avenir plus vert. Mais le présent, lui, est plus terne que jamais pour les salariés des aciéries françaises.
